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Soudans: depuis la partition, la région d'Abyei reste explosive

A Abyei, les tensions ne sont jamais retombées depuis la partition du Soudan, alors qu'une nouvelle fois la perspective d'un référendum d'autodétermination s'éloigne, le risque d'un embrasement de cette petite région revendiquée par Khartoum et Juba est aujourd'hui réel.

La région, grande comme le Liban et prise en étau entre le Soudan et le Soudan du Sud, a perdu depuis longtemps son intérêt stratégique: le pétrole y coulait autrefois en abondance, mais les puits s'assèchent. Le paysage alterne bâtiments décrépis aux murs criblés d'impacts de balle, héritage des décennies de guerre civile Nord-Sud, et végétation brûlée par un soleil de plomb.

L'intérêt que portent les deux capitales à ce territoire infesté d'armes est surtout symbolique et affectif: une bonne partie des actuels dirigeants du Sud - d'ex-rebelles au temps des affrontements armés contre Khartoum -, comme du Nord en sont originaires.

En janvier 2011, quand les Sud-Soudanais ont voté leur indépendance du Nord, un autre référendum d'autodermination aurait dû se tenir à Abyei, comme le prévoyait l'accord de paix de 2005 qui avait mis fin au conflit civil. 

Mais le scrutin n'a pas eu lieu, en partie en raison d'un désaccord entre Khartoum et Juba sur le corps électoral, et les troupes soudanaises ont envahi la zone, y restant jusqu'en mai 2012.

La population sédentaire d'Abyei est essentiellement sud-soudanaise, issue de l'ethnie Ngok Dinka, une branche des Dinka dont fait partie le président sud-soudanais Salva Kiir. Mais de nombreux semi-nomades arabophones du Nord, les Misseriya, y viennent faire paître leurs bêtes.

En mai, le chef des Ngok Dinka, Kual Deng Majok, a été tué à Abyei dans une attaque déclenchée par des Misseriya. Un Casque bleu, parmi les quelque 4.000 déployés dans cette zone, a également péri dans les affrontements. Salva Kiir et son homologue soudanais Omar el-Béchir avaient dû intervenir pour calmer le jeu.

Conflit à grande échelle?

"La situation sécuritaire et le statu quo à Abyei sont de plus en plus intenables", estimait en septembre le secrétaire général de l'ONU, Ban Ki-moon.

Pour sortir de l'impasse, l'Union africaine (UA) avait proposé que le référendum d'autodétermination se tienne en octobre. Mais l'échéance ne sera pas tenue.

"Il y a peu de chance qu'un référendum (soit organisé) dans un avenir proche", notait récemment le groupe de recherche suisse indépendant Small Arms Survey, soulignant que Khartoum n'avait pas pour habitude de céder aux pressions de l'UA.

Face à cette impasse, le risque est aujourd'hui de voir les Ngok Dinka ou les Misseriya déclarer allégeance, unilatéralement, soit à Juba soit à Khartoum. Et qu'un nouveau conflit Nord-Sud ne reprenne à Abyei, avant de potentiellement s'étendre.

"Dans l'atmosphère de tension croissante, un nouveau report du référendum d'autodétermination, attendu depuis longtemps, pourrait (...) déclencher des violences à grande échelle", avertissait récemment l'ONG américaine Enough Project. 

En septembre, les ministres des Affaires étrangères des deux pays se sont rencontrés dans le cadre de médiations de l'ONU et l'UA. Une nouvelle fois, ils ont appelé à "un accord acceptable mutuellement" sur Abyei.

Les Ngok Dinka, qui contrôlent actuellement de facto Abyei, refusent la création d'une administration conjointe de la zone avec les Misseriya, à moins que le référendum n'intervienne simultanément, craignant selon Small Arms Survey que "la question de l'avenir politique d'Abyei soit indifininiment reportée".

Khartoum, de plus en plus sous pression à domicile depuis des manifestations sans précédent contre le prix du pétrole, s'oppose de son côté à tout référendum qui ne permettrait pas aux Misseriya semi-nomades, donc non résidents permanents à Abyei, de voter.

La région est pour l'heure encore calme.

Mais certains à Juba "pensent qu'un affrontement armé entre Misseriya et Ngok Dinka est très probable, et que cela pourrait replonger le Soudan et le Soudan du Sud dans une guerre plus vaste", avertit l'expert John Ashworth.

AFP

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