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N'gugi Wa Thiongo, Nairobi (Kenya), 2007 / Reuters
N'gugi Wa Thiongo, Nairobi (Kenya), 2007 / Reuters

Prix Nobel de littérature: pourquoi si peu d'Africains depuis 1901?

La vraie surprise de 2013 serait la distinction du romancier kényan et kikuyuphone N'gugi Wa Thiongo.

Mise à jour du 10 octobre à 13h02 — Le comité Nobel a désigné la romancière canadienne d'expression anglaise Alice Munro, prix Nobel de littérature 2013.

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Les supputations vont bon train, et depuis le début de la semaine des Nobel, le 7 octobre, chacun y va de son pronostic quant au successeur du Chinois Mo Yan, prix Nobel de littérature en 2012.

Si, selon toute vraisemblance, la distinction sera faite le jeudi 10 octobre, le nom du futur lauréat est quasiment impossible à deviner. Pourtant, les bookmakers et autres observateurs voient le romancier Japonais Haruki Murakami remporter l’honorable distinction. Mais, cela ferait que deux auteurs d’une même région (l’Asie, en l’occurrence) auront remporté le prix deux années consécutives. Ce qui, pour les spécialistes ès-Nobel est rarissime. Ainsi le nom de Philiph Roth est évoqué pour être le prochain américain, après Toni Morrison, il y a 20 ans, à être nobelisé.

Mais quid de l’Afrique dans tout cela? Les pronostics sont peu généreux lorsqu’il s’agit de possibles lauréats. Pour l’heure, seul le Kényan N'gugi Wa Thiongo est cité. Cet immense écrivain de 75 ans a ses chances, au même titre que tous les autres. Et si c’était la surprise de 2013, se demande d’ailleurs Le Figaro.

La carrière de N’gugi Wa Thiongo commence avec la pièce de théâtre The Black Hermit, en 1963. Opposant marxiste dans son pays, il rejette le christianisme et son nom de baptême James Ngugi pour prendre un nom kikuyu (son ethnie d’origine, d’où N’gugi Wa Thiongo) en 1967. La même année, il cesse d’écrire en anglais pour le faire dans sa langue maternelle. Son abondante production littéraire lui vaudra plusieurs fois la prison. Le romancier devient en 1992, professeur de littérature comparée à New York. Son œuvre porte principalement sur l’importance des langues africaines dans l’éveil de la mémoire du continent.

Autre «favori africain» pour le Nobel de littérature 2013, l’Algérienne Assia Djebar. En 2009 déjà, son nom faisait partie des «favoris». Si le choix est porté sur elle, Assia Djebar serait la première femme arabe à recevoir ce prix. Elue à l’Académie française en 2005, elle figure parmi les auteurs les plus influents du Maghreb. Son œuvre porte sur l’émancipation de la femme, et comme elle le dit elle-même, elle écrit «comme tant d’autres femmes écrivains algériennes, avec un sentiment d’urgence contre la régression et la mysoginie».

L’on pourrait en évoquer bien d’autres encore, même parmi les moins célèbres et les plus jeunes, comme la nigériane Chimamanda Ngozi Adichie. Si cette brillante romancière, native du sud-est du Nigeria, devenait le prochain Nobel de littérature, presque 30 ans après le tout premier africain à le recevoir, nous aurions toutes les raisons de nous réjouir.

En effet, depuis que l’écrivain nigérian Wole Soyinka est rentré dans le saint des saints en 1986, seulement trois autres Africains ont pu avoir cet honneur (et l’on décerne les Nobel depuis 1901, tenez-vous bien). Pour l’heure donc, ils sont seulement quatre avoir reçu ce prix sur le continent: John Maxwell Coetzee (Afrique du Sud, 2003), Nadine Gordimer (Afrique du Sud, 1991), Naguib Mahfouz (1988, Egypte) et donc Wole Soyinka, en 1986.

Raoul Mbog

Raoul Mbog

Raoul Mbog est journaliste à Slate Afrique. Il s'intéresse principalement aux thématiques liées aux mutations sociales et culturelles et aux questions d'identité et de genre en Afrique.

 

 

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