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Le professeur Maurice Kamto ou l'impossible vérité politique !

Maurice Kamto à gauche et Vincent-Sosthène Fouda au sortir des urnes - le 30 septembre 2013 à Yaoundé

Quand la fin justifie les moyens et que l'éthique est à géométrie variable, la société peut s'embraser et s'autodétruire. Même les acteurs n'affectionnent pas les rôles de traîtres. Les inhibitions humaines sont de plus en plus levées et rendent extrêmement dangereuses les transactions humaines. Il ne suffit plus, quand on est un homme politique de montrer une apparence satisfaisante. Il me semble important d'être en accord avec son être intime. Cela fait trop longtemps que la vérité n'est pas dite au peuple et nous avons l'impression que c'est la norme politique dans notre pays. Rien ne justifie qu'un acteur politique de premier plan, au sortir des urnes, brandisse un pouce à la place de l'auriculaire devant des journalistes acquis à sa cause et prenne le peuple à témoin.

On entretient, par ce type de comportement, des foyers de tension, on se fabrique une stature de chef de guerre, on entretient des illusions auprès des Camerounais. Pour moi il faut un autre type de discours, un discours de vérité sur le pays. Nous sommes allés à cette élection dans la précipitation malgré les 11 mois de retard, l'élimination de nombreux candidats a été organisée dans des officines, on a présenté des individus comme des programmes politiques et aujourd'hui nous nous rendons compte de la démobilisation de la population camerounaise. Cette démobilisation n'est pas seulement dans le taux de participation, il faut aller la chercher dans le taux d'inscription sur les listes électorales. Pour un pays de 20 à 25 millions d'habitants, avoir 5 millions d'inscrits pose problème. C'est parce qu'on a entretenu des illusions auprès des Camerounais que nous avons été incapables de mobiliser, de faire prendre conscience de l'importance d'une inscription sur les listes électorales et d'aller voter le jour J.

Contre « la surenchère démagogique et tribale »

Comme beaucoup, j'écoute et je lis. Nous sommes entrés dans un « crash au ralenti » de notre pays, nous assistons à une vraie décomposition du tissu de la nation. Quand les journalistes mettent dans la bouche des politiques les mots qu'ils veulent entendre il y a problème. 15 jours pour parler du « pagne d'Amina » voilà ce qu'a été le diktat du quotidien Le Jour ; le parti au pouvoir a vu la brèche et s'y est engouffré. L'opposition n'avait guère un autre discours. Le pagne a été tourné dans tous les sens, des exégètes de la dernière heure sont venus nous confirmer le vide de proposition pour une élection pourtant attendue depuis plus de 11 mois ! Que dire de toutes les confusions des Ministres de la République qui battent campagne contre le gouvernement auquel ils appartiennent, refusent de le quitter, sont le matin en campagne contre le Chef de l'État et dans l'après-midi parlent en son nom ? Comment expliquer que le Secrétaire Général du parti des flammes se soit retranché dans l'Ouest du pays, laissant une novice diriger la campagne nationale de son parti ?
Pour moi il y a une politique pour s'en sortir, il faut définir les frontières, de l'acceptable, du permis et du non permis. La définition du vocable « opposition » que certains veulent imposer à la conscience collective est dangereuse à savoir que l'opposition est l'acceptation de tout mensonge qui vient de toute personne autre que celles qui sont au pouvoir. De tout bord que nous soyons, cette vision et cette manière d' agir nous empêchent de bâtir notre pays et, dans ce cas, la vérité ne peut se faire entendre.

Le 30 septembre, jour d'élection, les journalistes camerounais ont tôt fait de stigmatiser le manque de propositions de l'opposition pour justifier le peu d'engouement aux urnes, mais que non ! Il est bon de le dire ici ; il y a un courant qui traverse la vie politique camerounaise et qui veut appuyer le changement du pays, insuffler les réformes nécessaires sur la vérité dite au citoyen. Malheureusement, il arrive qu'on le dise avant et qu'on ne le fasse pas après. Le Cameroun est dirigé depuis trop longtemps par les mêmes individus. Parfois, ceux qui attendent sur le banc de touche ne sont que les joueurs de la même équipe au pouvoir depuis respectivement 53 ans et 33 ans. Il y a, parmi nous, des acteurs politiques qui ne souhaitent dire aux Camerounais que ce qu'il croient vrai, ce qu'ils croient facile. Personnellement, je dirai tout ce que je crois vrai, ce qui est plus difficile au risque de déplaire au peuple, au risque de le choquer, au risque même d'apparaître en désaccord avec tel ou tel de mes compagnons.

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Maurice Kamto entouré de son état-major le 29 septembre 2013 à Yaoundé

Faire la politique, au sens de s'occuper des affaires de la Cité c'est proposer un programme et des mesures à la Nation. Cela exige du citoyen beaucoup d'éthique, de fidélité à soi-même. Pour moi, la façon de faire la politique compte tout autant, sinon plus, que les propositions et les mesures proposées. Il est important que le citoyen camerounais sache observer la façon d'être et de faire de ses hommes politiques. C'est ce regard qui crée la confiance et le respect nécessaires pour être entendus et suivis. Une éthique de la politique en réalité. En cela le Professeur Maurice Kamto a failli en diffusant au sortir des urnes une photo montrant son pouce à la place de l'auriculaire droit qui était censé avoir de l'encre indélébile. Cette information-désinformation a été relayée par de nombreux journalistes qui ont fini par montrer que la frontière est tellement si mince entre le président du MRC et eux ! Ils ont donc pris fait et cause pour et dans la désinformation.

La question est ancestrale, mais toujours d'actualité. Faut-il pour autant la balayer du revers de la main ? Certains n'hésitent pas au motif que la politique n'irait pas sans quelques reniements et compromissions, s'exonérant ainsi à l'avance de leur conduite.
Depuis des années déjà dans notre pays, les « affaires » s'enchainent et la préoccupation de l'éthique semble avoir disparu, elle qui était aux premières lignes du Renouveau. Cela au nom de ce que certains appellent le réalisme ou l'efficacité, mais qui est, en fait, du cynisme (le fameux « la fin justifie les moyens »), pouvant aussi parfois masquer une vraie malhonnêteté lorsque la politique est surtout utilisée pour servir des intérêts personnels, financiers ou de carrière - ou le financement illégal des partis. Un jour, il faudra en parler dans notre pays si nous voulons retrouver un peu de crédibilité. Oui les Camerounais sont lassés de tout ceci. C'est ce qui justifie ce taux d'inscription faible et ce taux de participation approximatif. Les petites forces politiques que nous représentons n'ont pas seulement un projet qui est un « programme » ; elles ont une façon de concevoir et de faire la politique : « Moraliser » et « Rassembler » voilà pourquoi elles n'épousent pas l'attitude cavalière et mensongère du Professeur Maurice Kamto. Nous voulons nous inscrire dans une exigence de « Vérité ». Des mots, rien que des mots ? Non, parce que les mots ont un sens et qu'il vaut mieux les dire que s'abstenir. Nous n'avons pas beaucoup entendu les autres leaders politiques sur ce sujet. Mais aussi des faits. Et nous rappelions dans un précédent billet au moment même de la convocation du corps électoral que le citoyen avait un devoir, celui de juger sur les actes, en particulier ceux passés et présents lorsqu'il s'agit de décider pour choisir un député, un conseiller municipal. C'est ce qui a jadis motivé notre propre candidature déjà à la présidentielle et par la suite à la Mairie de Yaoundé 5 et aux législatives dans la Mefou et Akono, tant il nous est apparu que la façon de faire de la politique ne plaidait pas en faveur des candidats en présence. Les faits nous donnent raison aujourd'hui. J'ai pris la plume à nouveau pour dire qu'on ne pourra pas dire « on ne savait pas », « tous pareils » ou encore « on ne peut rien y faire ». La déclaration du Professeur Maurice Kamto a jeté volontairement le discrédit sur une élection où tout a été fait pour qu'il y participe, mais là est un autre débat. Derrière un sourire se cache une volonté de puissance réelle qui trouve sa racine dans la manipulation des masses.| Dr Vincent-Sosthène Fouda*

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[1] *Socio-Politologue
Président du Mouvement Camerounais Pour la Social-Démocratie

AFRIQUECHOS.CH

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