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Benkirane 2 ou l’exception marocaine…

Le « Printemps arabe » et ses avatars politico-institutionnels ont, semble-t-il, vécu, comme le démontrent clairement le renversement par l'armée du président élu Mohamed Morsi en Egypte cet été et la promesse arrachée au parti Ennahda de quitter le pouvoir en Tunisie avant la fin de la semaine prochaine.

Pourtant, les Frères musulmans égyptiens et leurs « correspondants » tunisiens avaient chacun accédé à la responsabilité exécutive à la faveur de victoires incontestables lors d'élections libres et démocratiques, ou du moins, attestées comme telles par des observateurs aussi attentifs qu'impartiaux.

Mais en Egypte comme en Tunisie, « les frères » furent très vite accusés de mettre en oeuvre des agendas cachés « d'islamisation forcée » de la société, en plus de grave incompétence au niveau de la problématique sociale et économique…

Il n'est donc pas déplacé de poser aujourd'hui la question de la pérennité de «l'expérience PJD» au Maroc alors que l'annonce du gouvernement Benkirane remanié se fait très proche, et que se multiplient les critiques, largement justifiées, contre l'immobilisme et l’inefficacité de l'équipe qui a conduit les affaires du Royaume depuis les élections législatives de novembre 2011.

C'est, d'ailleurs, pour essayer de contrer ce genre d'amalgame (ou de rapprochement) que le premier responsable du Parti de la Justice et du Développement a martelé, lors d'un meeting dimanche dernier à Casablanca, que son parti devait sa place à la tête de l'exécutif et sa position de première formation politique du pays aux urnes, soulignant ainsi toute sa légitimité démocratique.

 

Ave Abdelilah, morituri te salutant…

 

Mais Abdelilah Benkirane est trop fin politique pour ne pas comprendre que « l'aventure » de la coalition gouvernementale qu'il dirige depuis près de deux années pourrait arriver à son terme avant la fin de la présente législature. Ou, au moins, se poursuivre cahin caha, fortement plombée par les assauts de plus en plus nombreux des diverses forces d'opposition qui, l'une après l'autre, retrouvent quelque vigueur et l'écoute des milieux populaires…

N'est-ce pas le cas avec la victoire du candidat istiqlalien lors du «derby» de Moulay Yacoub, mais surtout le comeback réussi de l'Union socialiste sur la scène revendicative avec le succès du meeting de Rabat dimanche dernier ? Sans omettre le PAM, qui, plus discret dans ses manifestations publiques, travaille « au corps » plusieurs régions du pays, plaçant ses hommes en position avantageuse dans la perspective d'élections futures, qu'elles soient communales ou législatives (anticipées).

Le Royaume, qui a traversé de façon aussi originale que maîtrisée les épisodes mouvementés sous d'autres cieux du « Printemps arabe », ne s'emploiera donc pas à reprendre à son compte les scénarii à l'égyptienne ou à la tunisienne.

Chez nous, globalement, le calme et la sécurité publique règnent, l'économie tourne aussi bien que le permettent la conjoncture internationale et ses effets locaux, les mouvements sociaux n'expriment pas de ras-le-bol généralisé et l'opinion publique se passionne surtout pour l'élection du prochain président de la Fédération de football ou l'interpellation de deux jeunes « mélangeurs de salive ». N'étaient-ce d'ailleurs les réseaux sociaux et quelques portails comme www.lnt.ma, ces émules de George Brassens seraient encore embastillés à Nador !

 

Mais on sait également que la conjoncture, faite de difficultés notamment budgétaires et financières de l'Etat, exige la prise de décisions fermes et impopulaires dans le champ des réformes structurelles. La fiscalité, directe et indirecte, les caisses de retraite, l'imposition du secteur agricole, la baisse des subventions allouées à la compensation, sont des priorités dont l'urgence n'est plus à souligner, au point où certains présentent comme alternative à ces réformes le retour sous la tutelle du FMI et de la Banque Mondiale, véritables fourches caudines du nom de Programme d'Ajustement Structurel, de sinistre mémoire…

Voilà pourquoi, même si « l'expérience Benkirane » est sévèrement jugée aujourd'hui, alors qu'On la considérait comme la seule planche de salut à la fin de 2011, elle sera reconduite, amendée certes grâce à l'apport du RNI, pour les quelques mois à venir.

Le temps de faire porter à Abdelilah Benkirane, son parti et les formations engagées dans cette galère, tout le poids de l'impopularité qu'engendreront les réformes évoquées plus haut.

Un scénario « soft » que nous envieraient certainement bien des Tunisiens et des Egyptiens qui ne peuvent, eux, se prévaloir de «l'exception marocaine»…

 

Fahd YATA

moustache7

La Nouvelle Tribune

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