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Algérie: la relance de l'économie passe par l'industrie

La relance de l'économie algérienne, lourdement dépendante des hydrocarbures, passe nécessairement par un redressement du secteur industriel délaissé, selon le gouvernement et des experts.

Le secteur de l'industrie "ne représente plus que 4% du PIB contre 25% environ au milieu des années 1980", note l'économiste Abdelatif Rebah.

Pour lui, la croissance "rachitique (0,8%)" de ce secteur s'explique par des décennies de désinvestissements et des vagues de restructurations et de dégraissages qui ne pouvaient aboutir à un autre résultat.

"La relance de l'économie nationale passe par le redressement industriel. Nous n'avons pas le choix", estime le député et membre de l'Union générale des travailleurs algériens (UGTA), Smail Kouadria, dont l'instance s'apprête à participer jeudi avec le patronat à une réunion tripartite annuelle organisée par le gouvernement pour relancer l'économie nationale.

M. Rebah rappelle qu'au cours de la période d'industrialisation, "de 1969 à 1978, les investissements se sont multipliés par 15 tandis que le ratio investissement/PIB se hissait à 45% entre 1968 et 1980".

Cette industrialisation a donné naissance aux grands pôles industriels d'Arzew et de Skikda (pétrochimie), d'El Hadjar (sidérurgie), Rouïba (mécanique) et Sidi-Bel-Abbès (machinisme agricole et électronique) qui ont assuré au pays un savoir-faire dans de nombreux domaines et permis la création de 1,4 million d'emplois, principalement dans l'industrie, ajoute-t-il, précisant que c'était le fruit d'une volonté politique de s'industrialiser.

Des décennies plus tard, cette volonté politique d'industrialisation revient.

Au Conseil des ministres du 29 septembre, le président Abdelaziz Bouteflika a estimé que "l'émergence d'une base industrielle nationale moderne et compétitive passe nécessairement par le soutien de l'Etat à l'entreprenariat et à la promotion de l'investissement".

"L'Algérie a enregistré beaucoup de retard"

Le Premier ministre Abdelmalek Sellal a abondé dans le même sens, en affirmant que "la seule solution aujourd'hui est de se lancer dans la concurrence et la production industrielle et agricole (...) L'Algérie a enregistré beaucoup de retard dans ces domaines par rapport aux années 70".

Selon le député Kouadria, "il s'agit de revenir à la démarche des années 70, avec une nouvelle vision".

Si à l'époque 100% de l'équation était publique, la démarche d'aujourd'hui devra inclure le secteur privé, algérien comme étranger. Le tout accompagné par un allègement des procédures et l'acquisition de nouvelles technologies, estime-t-il.

Pour Abdelatif Rebah, "la réindustrialisation de l'Algérie est d'abord et avant tout une question de volonté politique et de vision stratégique. Le marché est incapable de penser l'industrie de son propre mouvement, et de la penser dans une perspective d'émancipation nationale". 

Or, "les enjeux de l'industrie sont trop importants pour l'avenir du pays pour être livrés au jeu désordonné des forces du marché et aux humeurs et aux caprices de la mondialisation", selon lui.

M. Rebah plaide donc en faveur de "la centralisation des décisions industrielles stratégiques dans les mains de l'Etat" et du "recours aux entreprises publiques dans les secteurs à risques et les secteurs structurants". Pour lui, il est impératif de s'inscrire dans le long terme planifié en combinant mesures d'incitation et contraintes.

Et M. Sellal de rappeler qu'un pays dont l'économie est fondée sur les hydrocarbures "n'ira pas trop loin".

L'Algérie peine en effet à sortir, 50 ans après son indépendance, de sa dépendance aux hydrocarbures qui représentent 97% des exportations.

"Pour relever le défi de la réindustrialisation, l'Algérie dispose de l'atout de ses ressources humaines jeunes et instruites: sur 100 actifs, 13 ont un niveau d'études supérieures, le taux étant de 33,1% chez les femmes et de 9% chez les hommes", plaide M. Rebah. La jeunesse est la principale victime du chômage qui touche 21,5% des moins de 35 ans, selon les derniers chiffres du Fonds monétaire international (FMI), contre une moyenne nationale de 10%.

AFP

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