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Entretien (presque) imaginaire avec le Président syrien, Bachar Al-Assad

Docteur en sciences politiques et spécialiste du Maghreb, Naoufel Brahimi El Mili est l'auteur d'interview(presque) imaginaires d'acteurs politiques du monde arabe. Pour Algérie-Focus.com, il croque Abdelaziz Bouteflika et d'autres dirigeants dans le monde. Naoufel Brahimi El Mili a aussi publié aux éditions Max Milo en 2012 « Le printemps arabe, une manipulation ? ».

La maladresse française et les hésitations américaines ont permis à la Russie d'exprimer son génie diplomatique. Il en a résulté que le président syrien est (provisoirement ?) sauvé. Ce dernier se lance dans une guerre de communication. Bachar Al-Assad reçoit de nombreux journalistes, français, américains, turcs russes évidement...J'ai jugé utile de profiter de sa disponibilité pour lui poser quelques questions. La crise n'est pas encore résolue, loin de là, mais le spectre de la troisième guerre mondiale s'éloigne. Face à Bachar Al-Assad qui me regarde avec des yeux malicieux, visage reposé et prolongé par une paire d'oreilles étendues. Est-il à l'écoute ?

Moi : Monsieur le Président, êtes-vous aussi serein que vous en avez l'air ?

Lui : Serein, pas complètement tant que je ne mets pas un terme à ces attaques terroristes, mais je vais bien merci. Vous me voyez, je suis en plein c½ur de Damas à mon bureau d'où depuis peu, je jouis d'une vue dégagée, bien dégagée. Voyez par vous-même, contrairement à Hitler, je ne suis pas dans un Bunker ! Alors quand John Kerry imite lamentablement Harlem Désir (ancien de touche pas à mon pote et qui veut bombarder les anciens pots) et parle de Munich cela me fait rire. Toutefois, mon seul point commun avec le Führer, tous les deux à des moments différents bien sûr, nous avons paradé sur les Champs Elysées. Plus sérieusement, qu'on ne cesse de galvauder les comparaisons erronées avec Hitler, ce sont ces djihadistes sanguinaires qui incarnent le nazisme du XXIème siècle.

Moi : Vous bénéficiez d'une résolution onusienne qui vous permet de gagner du temps mais votre pouvoir n'est plus légitime.

Lui : L'entêtement doublé de la précipitation du président français, François Hollande, ont permis à mon ami Vlad (Vladimir Poutine) de donner une leçon de droit international à la France, aux Etats-Unis. La Russie attachée au respect du droit ne m'inquiète donc pas du tout. Sur le plan intérieur, je n'exclus pas de me représenter aux prochaines élections présidentielles et le peuple syrien (du moins ce qui en restera) jugera souverainement.

Moi : Vous êtes omniprésent sur les médias or jusqu'à présent votre communication s'apparentait plus à la propagande, aviez-vous fait appel à une société spécialisée dans la communication ?

Lui : Cette fois-ci j'ai renoncé au « savoir-faire » français. Il est vrai que j'avais payé une boite de communication française dans le passé pour faire oublier l'épisode « Hariri ». Ainsi mon épouse Asma a même fait la Une de Vogue et autres magazines tendances. Mais lors de cette crise parmi mes communicants bénévoles, j'ai TF1 et Fox News. La chaine française a diffusé un reportage sur les tribunaux islamiques qui apparaissent ici et là dans mon pays. Fox News a aussi diffusé l'appel d'un GI américain qui déclare : «  je ne me suis pas engagé dans l'armée américaine pour combattre aux cotés d'Al Qaida en Syrie ». Et ce juste avant le 11 septembre.

Moi : Vous clamez votre innocence quant à l'usage des armes chimiques contre votre population mais les services occidentaux ont démontré votre responsabilité.

Lui : Oui c'est vrai que je détiens des armes chimiques, essentiellement livrées par la Russie et la Grande Bretagne. Ceci dit, les experts démontrent que ces armes redoutables ont été utilisées mais sans en désigner fermement les auteurs. Du coup, les services français ont construit un argumentaire en s'inspirant de l'inimitable rhétorique de Nabila, cette héroïne de la téléréalité : « Allo, Allo tu es dictateur, tu es en guerre, tu as des armes chimiques et tu t'en sers pas ? Allo, Allo».

Moi : Etes-vous certain du soutien indéfectible de la Russie ?

Lui : Oui mais je ne suis pas le seul, par exemple lors d'une manifestation à Paris pour la paix en Syrie, il y avait mes portraits et des drapeaux russes. Mes points communs avec Poutine sont nombreux, outre les relations historiques qui lient nos deux pays. Notre haine des islamistes n'a d'égale que notre soif du pouvoir. Souvenez-vous de la prise d'otage de l'école à Beslan, le 1er septembre 2004, les terroristes tchétchènes ont été décimés notamment avec des roquettes incendiaires. C'est chimique non ? Auparavant lors de la prise d'otage dans le théâtre de Moscou, en octobre 2002, toujours par des terroristes islamistes, les forces spéciales russes avaient introduit un agent chimique (à ce jour inconnu) dans la ventilation du théâtre. Personne n'avait osé alors défié Poutine, alors que lors des deux opérations militaires russes, il y avait plus de morts que pendant la journée du 21 aout dernier. Personne en France n'avait déploré « ces Tchétchènes que l'on abat ».

Moi : Quelles sont vos dispositions vis-à-vis de Genève II ?

Lui : Je confirme, je suis ouvert au dialogue mais je refuse toute condition préalable telle que ma démission. En plein combat une démission est un acte de lâcheté. Mais je veux aussi construire la paix et préserver l'environnement, je m'engage à ne pas utiliser les armes chimiques qui seront détruites pas des experts qui sont déjà sur le sol syrien.

Moi : Bombarder des civils c'est aussi un acte de lâcheté ?

Lui : Je reconnais des bavures ici et là, le contexte est confus, mon armée est de moins en moins organisée, je souffre de défections. Pour ces raisons je cherche une solution politique dont les bases ont été établies à Genève entre John Kerry et Serguei Lavrov. C'était une rencontre importante, la preuve : Laurent Fabius n'y était pas. Aussi à l'ONU, lors de l'assemblée générale, mon ami Rohani, président iranien était la grande vedette, même François Hollande a demandé de le rencontrer.

Moi : votre pays est en état de décomposition avancée, comment faites-vous pour analyser la situation et faire de la prospective ?

Lui : Je lis régulièrement Gérard de Villiers qui dans ses SAS livre analyses et informations pertinentes. A titre d'exemple le double volume du « Chemin de Damas », l'auteur raconte le complot ourdi par la CIA six mois en avance. J'ai pu anticiper.

Moi : Merci Monsieur le Président.

Lui : Comme il a dit lui : qui va à Damas perd sa place.

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