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Drapeau amazighe / Reuters
Drapeau amazighe / Reuters

Tribune: les rapports compliqués de l'Europe avec la culture amazighe

Si l'Union européenne veut donner un sens à son accord d'association avec le Maroc, elle ne doit plus ignorer les Amazighs.

Le Maroc est le pays du Maghreb le plus gâté par l’Europe. Il jouit d’un «statut avancé» avec l’Union européenne et bénéficie, à ce titre, de mannes financières importantes.

Depuis son accord d’association en 2000 et jusqu’à maintenant, le Maroc s’est déclassé de la 123e à la 130e position de l’IDH (Indice de développement humain du PNUD), pénalisé par le secteur de l’éducation, l’alphabétisation et de la santé. 

Or, c’est précisément dans ces secteurs que l’UE a le plus investi. Dans le domaine de la santé elle a dépensé, en dix ans, environ 2,2 milliards de dirhams et dans celui de l’éducation, 2 milliards dirhams.

Comment se fait-il que malgré cette aide financière, sans parler de celle de la Banque mondiale, ces secteurs ne s’accompagnent pas de résultats positifs, n’améliorent pas le développement humain, ni ne renforcent la «transition démocratique» du pays, comme en témoignent les données suivantes: les ONG nationales et internationales (Amnesty International, Human Rights Watch…) présentent des bilans de plus en plus sombres de violations des droits humains. Pire, un des sondages financés par les soins de l’UE, à savoir «Migrations et compétences», révèlent que 42% des Marocains veulent quitter le pays pour émigrer vers l’Europe.

La «politique d'arabisation»

Tout cela revient en grande partie à la faillite du système éducatif, basé sur «la politique d’arabisation», que le roi du Maroc a, enfin, explicitement reconnu lors de son discours du 20 août dernier. Le défunt islamologue amazigh Mohamed Arkoun l’avait bien prédit, le système éducatif marocain (et par extension nord-africain) produit de l’ignorance. Pourquoi?

La réalité est toute simple, mais personne ne veut la voir, vu qu’elle contredit les considérations idéologiques des politiciens «tiers-mondistes» du sud de la Méditerranée. Le Maroc, ainsi que l’Algérie, la Tunisie, la Libye ou la Mauritanie, ne sont pas des pays «arabes», mais des pays «amazighs», par la terre et par l’histoire. 

Certes, ils sont des pays africains qui se sont enrichis par des apports de l’Afrique subsaharienne, des apports sémitiques (juifs), phéniciens, romains, vandales, byzantins, arabes, turcs et européens, mais ils sont et resteront toujours des pays amazighs!

Pourtant, les politiciens s’obstinent à les assimiler à une identité importée du Proche-Orient. Au lieu de généraliser l’enseignement des langues maternelles et autochtones, à savoir le tamazight et le darija, et qu’elles soient à la base des manuels pédagogiques de l’alphabétisation des adultes, comme le préconise le brésilien Paolo Freire, l’Etat marocain, comme le reste des Etats de Tamazgha, continue à maintenir cette politique idéologique rétrogade «d’arabisation», qui véhicule des valeurs en contradiction totale avec les valeurs autochtones amazighes.

Généralisation du tamazight

Il sied de rappeler, que la violence dans la culture amazighe est bannie, mais malheureusement certains manuels financés en partie par l’argent des contribuables européens diffusent, par exemple, ceci: «Les infidèles parmi les gens du livre, ainsi que les  “Associateurs” iront au feu de l’Enfer, pour y demeurer éternellement. De toute la création, ce sont eux les pires» (Réf.: Alqiraâ min ajl altamkin, minhaj ataqwin al asasi lilkibar, kitab almuta3alim, Direction de la Lutte contre l’Analphabétisme, Rabat 2011). Un autre exemple, celui des femmes: l’école marocaine véhicule l’idée selon laquelle l'arrivée de l'islam en Afrique du Nord, les ancêtres des populations d’aujourd’hui étaient des «sauvages» et que le sort de leurs femmes était similaire à celui réservé aux femmes en Arabie. Elle inculque aux enfants qu'au temps de la Jahilia, les Arabes enterraient des filles vivantes, alors qu’en Tamazgha, tout à fait au contraire, des femmes tenaient les rênes du pouvoir telles Tin Hinan ou la Kahina.

Ainsi, au moment où on attendait la généralisation de l’enseignement de la langue amazighe, vue qu’elle est reconnue langue officielle du pays depuis le 1 juillet 2011, le ministère de l’Education nationale, continue à envoyer de nouveaux professeurs en Europe pour enseigner, uniquement, la langue arabe.

Le ministère des Affaires islamiques fait la même chose en envoyant des imams arabophones et à faire comme si la langue amazighe ne faisait pas partie de l’identité plurielle des Marocains et qu’elle n’est pas capable de véhiculer l’enseignement religieux, dont le rite malékite, le plus modéré des interprétations islamiques a été diffusé un peu partout grâce aux imams amazighs… Ce qui a pour conséquence l’exportation de la politique de déracinement culturel et linguistique des Marocains à l’étranger et la continuité à l’approfondissement de leur crise identitaire .

Déracinement culturel

Les jeunes enfants hollandais d’origine amazighe, par exemple, mal intégrés à l’école du pays d’accueil, qui ignorent tout de leur identité, de leur histoire, et de leur civilisation, en leur imposant une autre langue qu’est l’enseignement de la langue arabe, qui de même ignore tout de leur culture, arrivent à devenir des jeunes sans identité claire; ils ne savent plus s’ils sont Hollandais, ou Arabes, ou Amazighs.

Des jeunes perdus, rebelles qui terminent dans les milieux de la délinquance où une minorité devient prédisposée à se radicaliser en faveur du salafisme, avec des pétrodollars qataris et saoudiens aidant, et à s’impliquer de plus en plus au sein des mouvements djihadistes. Le travail de Manuel Llamas, intitulé Melilla y el islamismo (Atanor ediciones, Madrid 2011) est très éloquent à ce sujet.

En définitive, la solution à la crise identitaire des jeunes Nord-Africains et à la profonde faillite de l’école marocaine existe bel et bien et au sein même du propre Etat marocain, afin de les immuniser du danger de toute dérive obscurantiste, de bien réussir leurs études et d’intégrer le marché de travail.  Le concept des écoles citoyennes Medresat.com de la Fondation BMCE (que l’ex-président américain Bill Clinton avait salué) vient de décrocher l’un des meilleurs prix mondiaux, choisi parmi 500 projets, celui du World Innovation Summit for Education, en se basant sur l’enseignement trilingue au primaire, en innovant dans la pédagogie de la langue autochtone amazighe; cela devrait inspirer toutes les écoles publiques et privées nord-africaines, et par extension, les écoles européennes à forte  fréquentations d’enfants d’origine marocaine et  de Tamazgha.

Rachid Raha, journaliste marocain et président de la Fondation Montgomery Hart des études amazighes. Il a aussi présidé le Congrès mondial amazigh.

Rachid Raha

Rachid Raha est un journaliste marocain et président de la Fondation Montgomery Hart des études amazighes. Il a aussi présidé le Congrès mondial amazigh.

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