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-Blacklistée depuis quelques mois, Snc-Lavalin est au centre de nombreux scandales liés à la corruption. Quel est son devenir en Algérie ? Il faudrait peut-être expliquer ce qui s'est passé à propos de cette décision. Il y a eu un malentendu. Une des nombreuses filiales du groupe a eu des problèmes au Bangladesh ; elle a été citée dans un marché financé en partie par la Banque mondiale. Raison pour laquelle cette institution l'a blacklistée. Des mois plus tard, nous apprenons par les médias que le groupe SNC-Lavalin a été interdit de toute soumission par les autorités algériennes. Pourtant, officiellement, nous n'avons rien reçu de la part de celles-ci et aucune de nos doléances n'a trouvé de réponse. -Vos projets en Algérie se terminent vers la fin de l'année. Qu'allez-vous entreprendre si vous ne pouvez plus faire d'affaires ? Nous ne voulons pas nous placer dans cette optique. Notre politique, c'est justement d'expliquer notre position et de convaincre les autorités que SNC-Lavalin d'il y a une année n'existe plus. Nous sommes très attachés à l'Algérie et notre relation avec elle est très particulière. Nous ne pensions pas qu'un jour nous serions dans l'obligation de partir. Sachez que notre premier marché à l'extérieur du Canada a été obtenu en Algérie dans les années 1970. Nous traversons une période difficile, mais nous avons un devoir envers les pays qui nous ont fait confiance. Nous pensons que les portes du dialogue ne sont pas totalement fermées et nous espérons que les nuages se dissiperont très rapidement. Ce qui s'est passé avant relève du passé, nous voulons regarder vers l'avenir. -Le tribunal de Milan a fait état de nombreuses informations accusant Ryad Benaïssa d'avoir utilisé la corruption pour obtenir des marchés dans le secteur de l'énergie. Qu'en est-il de l'enquête menée actuellement au Canada ? Sachez que dans cette affaire, nous avons été les premiers à déposer plainte. C'est dans le cadre de la politique de mise en conformité que nous avions mis en lumière un certain nombre d'anomalies de gestion. Nous avons fait appel aux autorités compétentes en la matière pour élucider ce qui s'est passé, avant que l'affaire ne soit remise à la justice. Nous ne pouvons pas en dire plus parce que l'enquête n'est toujours pas achevée. Pour nous, tout cela est derrière. Nous devons penser à l'avenir de la compagnie. Notre politique d'opérer un changement radical a été le fruit d'un effort consensuel des membres du conseil d'administration, du président de cette haute instance et de tout l'exécutif. La mise en conformité est une nécessité absolue. Le premier responsable du groupe, Bob Card, a été clair, il veut que la compagnie devienne une référence en matière d'éthique et de conformité dans le secteur de l'ingénierie et de la construction. Nous avons commencé par réviser le code d'éthique du groupe, une sorte de manuel anticorruption. Dans ce document de 24 pages, il est par exemple fait obligation à tout employé de la compagnie d'avoir l'accord préalable, s'il veut offrir à des fonctionnaires ou à des partenaires d'affaires des cadeaux excédant une valeur symbolique, des repas dont la valeur dépasse celle d'un repas de travail ordinaire, des activités de divertissement, des voyages ou de l'hébergement. Toute faveur doit avoir un objectif commercial légitime. Il faut noter que ce manuel met en garde contre les risques de corruption que présentent les commandites et les dons de bienfaisance. De ce fait, il interdit à tous les employés d'offrir, de promettre ou d'effectuer des dons s'ils ont pour objet de s'assurer un avantage déloyal. Nous avons également interdit tout paiement de facilitation qui permettait avant d'obtenir ou d'accélérer l'exécution d'un marché, et mis sous surveillance les agents commerciaux et les intermédiaires qui doivent être bien choisis et bien formés. Même nos partenaires seront bien choisis. Il n'est plus permis de s'allier à des sociétés ou des entreprises qui ont un passif douteux. En plus de ce manuel, tout un programme de mise en conformité est en cours d'exécution. Il repose sur trois piliers : la prévention à travers de nouvelles procédures de gestion ; la communication qui doit permettre le bannissement du mensonge ; la formation du personnel sur le nouveau processus de gestion. -Voulez-vous dire que les anciennes méthodes de gestion ont facilité les affaires de corruption qui ont éclaboussé la compagnie ? En fait, le problème réside dans le processus de gestion du groupe. Il fallait tout revoir et installer des mécanismes de transparence et surtout de veille qui permettent d'éviter tout acte de corruption. Avant, nous n'avions pas ce genre de procédures. Ce qui a exposé la compagnie à des actes non conformes à l'éthique. Depuis un an et demi, nous nous sommes engagés à devenir leader en matière de conformité. Nous sommes en train de discuter avec d'autres sociétés leader dans le domaine et qui sont passées par ces étapes pour arriver à la tolérance zéro face à la corruption. Il est important que nos partenaires sachent ce que nous faisons et, surtout, sachent que SNC-Lavalin a totalement changé de cap. -Pensez-vous que ces procédures de mise en conformité pourront vous protéger de la corruption politique, c'est-à-dire cette entente entre les plus hautes autorités du pays pour vous octroyer des marchés au détriment d'autres soumissionnaires pour des raisons d'Etat ? En fait, il n'y a pas que les procédures de mise en conformité. Il y a aussi les hommes qu'il faut à la place qu'il faut. Le choix des cadres dirigeants est très important. La probité et la compétence doivent être les plus importants critères sur lesquels doit reposer leur recrutement. Et il n'y a pas que cela. Il faudra avoir des mécanismes qui permettront l'évaluation de leur performance et du respect des normes d'éthique. Il est très important qu'un responsable se sente comptable vis-à-vis de ceux qui l'ont nommé.  

El Watan

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