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SNC-Lavalin tente de redorer son blason

Eclaboussée par une série de scandales en Algérie, en Libye et au Bangladesh, inscrite par la Banque mondiale sur la liste noire des entreprises interdites, SNC-Lavalin, ce géant québécois de l'ingénierie et de la construction se déploie depuis quelques mois pour montrer patte blanche et redorer son blason à travers un vaste programme de mise en conformité, dans l'espoir de décrocher le statut de leader en matière de lutte contre la corruption. Son implication dans l'affaire Sonatrach, à travers les activités suspectes de son ancien responsable, Ryad Benaïssa (très proche de la famille de l'ancien dirigeant libyen Mouammar El Gueddafi) et les relations qu'il entretenait avec l'ancien ministre de l'Energie, Chakib Khelil, par le biais de son «ami» Farid Bedjaoui, ont eu raison de sa réputation au point de perdre d'énormes marchés, notamment en Algérie, où il est interdit de toute soumission publique. L'arrestation, il y a près d'une année par les autorités suisses de Ryad Benaissa avait provoqué un séisme au sein de la compagnie, la poussant à entreprendre «un véritable nettoyage au karcher» en mettant fin aux fonctions du PDG ainsi qu'à certains vice-présidents et directeurs exécutifs. La multinationale ne s'est pas arrêtée aux sanctions ; elle a fait appel à un pool d'une trentaine de «Monsieur Propre», dirigés par deux «grosses cylindrées» connus dans le milieu des affaires sous le qualificatif de «Messieurs Anticorruption» : Andreas Pohlmann et Stefan Hoffmann-Kuhnt, deux Allemands à l'origine de la politique de «mise en conformité» menée par le groupe Siemens en 2007, après les affaires de corruption qui l'ont éclaboussé. Sollicité par la multinationale canadienne, le duo s'attelle à remettre de l'ordre dans la gestion de SNC-Lavalin, à travers la mise en place de «nombreuses procédures» ayant permis «de livrer aux autorités canadiennes» les principaux dossiers liés à la corruption. Parmi ces derniers, ceux relatifs aux activités de Ryad Benaissa et ses relations avec la famille de l'ancien dirigeant libyen, Mouaamar El Gueddafi, mais aussi avec Chakib Khelil et Farid Bedjaoui. Dans sa tournée qui l'a mené le week-end dernier dans l'ensemble des pays de la région MENA (Afrique du Nord et Moyen-Orient), Stefan Hoffmann-Kuhnt, chef du programme de conformité, surveillance et rapport, a choisi Alger comme première escale. Accompagné de deux vice-présidents du groupe SNC-Lavalin, Charles Olivier Bernard (chargé des affaires juridiques) et Charles Chebl (chargé des infrastructures et de la construction) il a accepté de dévoiler les raisons de son déplacement en Algérie, qui entre dans le cadre de la formation de son personnel en Algérie (avant de s'envoler vers les autres pays) mais aussi quelques détails sur la nouvelle politique du groupe. Même si, officiellement, cette visite (de 24 heures) est effectuée dans le cadre du programme de formation et de mise en conformité que le groupe a lancé au profit de l'ensemble de son personnel à travers le monde, comme il a bien voulu nous l'expliquer, il n'en demeure pas moins qu'elle intervient au moment où l'entreprise canadienne se trouve au centre de nombreux scandales de corruption ayant éclaboussé certains de ses dirigeants en Algérie, en Libye et au Bangladesh. Dans un entretien qu'ils ont bien voulu nous accorder, Stefan Hoffmann-Kuhnt et ses accompagnateurs évoquent la stratégie mise en place par le groupe pour redorer son blason à travers de nouvelles procédures anticorruption et espérer ainsi être «dans un avenir proche une référence en matière de probité».