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Marocains dans un cyber café, Rabat, 2006. CAROLINE TAIX / AFP
Marocains dans un cyber café, Rabat, 2006. CAROLINE TAIX / AFP

La Toile, maquis des journalistes marocains

Les journaux en ligne représentent l'un des derniers bastions de la presse indépendante au Maroc. Peut-être plus pour très longtemps...

L'affaire Ali Anouzla enfle: depuis plusieurs semaines, tous les projecteurs sont braqués sur l'histoire de ce journaliste marocain et directeur du site d'information Lakome arrêté pour «incitation au terrorisme». La justice lui reproche d'avoir fait un lien sur une vidéo d'Aqmi très critique à l'égard de la monarchie chérifienne.

Depuis, de nombreux journalistes se mobilisent pour demander sa libération. L'arrestation d'Ali Anouzla, décrit comme un homme intègre et professionnel, représente, selon eux, l'énième manifestation d'un royaume qui musèle la presse. Aboubakr Jamaï, co-fondateur du site Lakome, partage ce même diagnostic. Dans les colonnes de l'hebdomadaire Courrier international, il défend les choix d'Ali Anouzla. Son confrère a été arrêté pour avoir fait son boulot de journaliste: informer.

Or cela ne semble pas plaire à tout le monde. Contrairement à la presse traditionnelle «presque totalement domestiquée», les sites électroniques comme Lakomé offrent un espace ouvert à plusieurs courants idéologiques et à des sujets sensibles comme les scandales financiers, la pauvreté dans les campagnes marocaines, plaide Aboubakr Jamaï.

Pour beaucoup de journalistes, cette ouverture est menacée. Et la mise en détention d'Ali Anouzla fait office de piqûre de rappel:

«Si vous sortez des clous, voilà ce qui risque de vous arriver.» 

Cette menace, qui plane sur tout journaliste marocain, n'empêche pas l'existence de journalistes indépendants, argue le cofondateur du site Lakomé. La presse électronique, moins contraignante, a permis à des journalistes d'investir la Toile en contournant la voie royale.

«La presse électronique, pour nous, c'est notre maquis, là où nous avons trouvé refuge pour continuer à faire le travail que nous pensons être essentiel pour notre pays, témoigne Aboubakr Jamaï. A travers l'attaque contre Ali, aujourd'hui, c'est aussi cette presse électronique qui voit le jour qu'on essaie de museler.»

Lu sur Courrier international

Slate Afrique

La rédaction de Slate Afrique.

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