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un délai aux allures de mission impossible

Les ambitions affichées par le gouvernement sont jugées «démesurées» par de nombreux experts. Urgence. Le gouvernement s'engage à réaliser 230 000 logements AADL en 24 mois, soit 115 00 par an. Un programme ambitieux pour l'Algérie dont la capacité de réalisation actuelle ne dépasserait pas les 80 000 logements par an (source : ministère de l'Habitat). Mieux, le gouvernement veut accroître la capacité de réalisation de logements en Algérie à 270 000 unités par an pour atteindre l'objectif assigné au secteur de livrer 1,2 million de logements à fin 2014. Les chiffres s'alignent et trahissent des ambitions qualifiées de «démesurées» par de nombreux professionnels. Le gouvernement s'engage ainsi à construire, en moyenne, 9583 logements AADL par mois. Plus de 319 par jour. Un défi colossal qui se heurte à la réalité du terrain. «Nous n'avons pas d'entreprises de réalisation nationales ou étrangères qui puissent assurer cette production en Algérie et, quand bien même il y en aurait, les paiements dans les normes ne suivent pas, les lourdeurs administratives bloquent et l'encadrement technique pose un sérieux problème», tranche Abdelhamid Boudaoud, président du Collège des experts architectes. Les déficits soulignés sont nombreux : disponibilité foncière, manque de main-d'½uvre, lourdeurs administratives, transport des matériaux, leur disponibilité effective etc. Pour l'expert, «l'initiative et l'ambition affichées par les autorités sont louables, mais la réalité du terrain est incompatible avec les chiffres avancés». Son constat est amer : «Le gouvernement est encore une fois dans l'effet d'annonce», ce qu'il trouve regrettable. Les autres professionnels du secteur ne sont pas moins sévères. Ambitions démesurées Leurre. De l'avis de Mezine Belkacem, secrétaire général de l'Association générale des entrepreneurs algériens (AGEA), chef d'entreprise exerçant dans le domaine de la construction depuis plus de 25 ans, «l'Algérie dispose peut être des moyens financiers et matériels nécessaires, mais le secteur de la construction est miné par deux points noirs : la main-d'½uvre et l'administration défaillante qui constituent un véritable frein». Pour lui, il est impossible de réaliser 100 000 logements par an sans avoir réglé ces problèmes. Ce qui rejoint la proposition de M. Boudaoud, du Collège des experts architectes, qui insiste sur le lancement d'«une stratégie d'ensemble, d'un bonne expertise du foncier». Il préconise de «cartographier les communes, auditer l'AADL, les OPGI, les centres de formation, déterminer toutes les attentes, commune par commune et prendre en charge tous les problèmes qui minent le secteur avant de se lancer dans de tels projets». Un défi difficile à relever dans l'urgence. Qualité. Les délais annoncés seraient intenables. Mezine Belkacem, de l'AGEA, en veut pour preuve son expérience du terrain. «Je parle en tant qu'homme de terrain, nous souffrons cruellement du manque de main-d'½uvre en général et encore plus de main-d'½uvre spécialisée. Et les lenteurs bureaucratiques n'arrangent rien. La plupart des chantiers sont actuellement à l'arrêt. C'est dire qu'il est difficile de croire que nous pourrons réellement accroître nos capacités de réalisation. A moins d'oser importer de la main d'½uvre...» Et si c'était possible ? Halim Faidi, urbaniste, premier prix national d'architecture 2012, veut bien donner le bénéfice du doute aux autorités. «C'est une équation complexe qui implique plusieurs paramètres dont la disponibilité du foncier, des matériaux de construction, etc. Je veux bien croire qu'ils puissent tenir leur promesse dans les délais.» Mais il met en garde : «Tant qu'on a des pétrodollars, on peut toujours s'acheter des cages à poules mais on ne peut pas pour autant construire des villes parce que pour produire un environnement urbain, il faut de l'intelligence et celle-ci n'est pas en vente libre.» Quand bien même le gouvernement réussirait dans l'urgence à construire ses logements, se poserait alors la question de la qualité (qualité du logement et qualité du cadre de vie qu'il assurerait). Ce sera, à coup sûr, «loin de toute harmonie et d'un savoir vivre ensemble», tranche encore Halim Faidi. Une autre histoire.

El Watan

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