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jean Ping arrive au Sommet de l'Union africaine, à Kampala, Ouganda, le 26 juillet 2010. REUTERS/STR New
jean Ping arrive au Sommet de l'Union africaine, à Kampala, Ouganda, le 26 juillet 2010. REUTERS/STR New

Jean Ping, un homme bardé de certitudes

De deux choses l’une. Soit Jean Ping est un adepte de la méthode Coué, soit il ignore ce qu’est le mot doute. En tout cas, c’est le sentiment qu’a donné le président de la Commission de l’Union africaine lors de son passage à Paris le 7 septembre 2011.

Mise à jour du 16 juillet 2012: Le Gabonais Jean Ping a finalement été battu dans la course à sa réelection pour la présidence de la Commission de l'Union africaine. La Sud-Africaine Nkosazana Dlamini-Zuma, 63 ans, actuelle ministre de l'Intérieur et ancienne ministre des Affaires étrangères, a été élue le dimanche 15 juillet, à Addis Abeba, en Ethiopie, par 37% des voix au quatrième tour.

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Lors de sa conférence de presse longue de près de 90 minutes, Jean Ping, le président de la Commission de l’Union africaine (UA) a fait preuve d’une déconcertante autosatisfaction, s’évertuant à tresser des lauriers tous azimuts à l’UA. Non, elle n’a pas eu tout faux dans la gestion de la crise libyenne. Non, elle n’a pas été totalement marginalisée par la communauté internationale.

«Nous avons eu tort d’avoir eu raison trop tôt»

«Si nous avons commis des erreurs, c’est à vous les médias de les révéler», a-t-il répondu à SlateAfrique. Manière de signifier qu’il n’en voit aucune.

«L’Union africaine a réagi dès le 10 mars, bien avant l’adoption par le Conseil de sécurité de la résolution 1973 le 17 mars, en proposant une feuille de route en cinq points qui excluait Mouammar Kadhafi: la cessation immédiate des hostilités, un gouvernement d’union nationale, la démocratisation, l’établissement d’un État de droit, le lancement d’un dialogue entre toutes les parties libyennes et la facilitation de l’acheminement de l’aide. Seule la Turquie en avait fait autant, avec des propositions proches des nôtres».

Soit. Mais quand on rappelle à l’ancien chef de la diplomatie gabonaise que cette feuille de route a été sèchement rejetée par le Conseil national de transition (CNT), il ne se démonte et réplique sans rire:

«Aujourd’hui, ceux qui n’avaient aucune feuille de route et avaient choisi une autre voie [allusion à peine voilée aux pays de l’Otan] se tournent vers nous. Nous avions eu tort d’avoir eu raison trop tôt».

«Jamais l’Afrique n’avait organisé un tel sommet»

Et pourquoi l’UA continue-t-elle à tergiverser pour reconnaître le CNT, alors que plus de vingt de ses États membres l’ont déjà fait? Sa réponse claque:

«Parce qu’elle exige au préalable un certain nombre de garanties, dont un gouvernement représentatif de toute la Libye qui se désolidarise des agressions et des assassinats des noirs»

Même autocongratulation sur la gestion de la famine dans la Corne de l’Afrique:

«Jamais», s’est-il enthousiasmé, «l’Afrique n’avait organisé un tel sommet […] Cela fait chaud au cœur de voir un tel élan de solidarité.»

Et qu’importe si sur les 2 milliards de dollars (1,46 milliards d’euros) de besoins évalués par l’ONU, le continent africain n’offre à ce jour qu’une maigre enveloppe de 381 millions. Et ne lui dites surtout pas que l’Afrique aurait pu manifester beaucoup plus tôt sa solidarité:

«Vous reprenez les arguments de nos détracteurs», réplique-t-il malicieusement.

Traduisez: ceux des médias en général, occidentaux en particulier, qui passent leur temps à «déformer» les positions de l’Union africaine. Tout juste Jean Ping a-t-il confessé un petit couac sur la Côte d’Ivoire:

«Tout le scénario postélection a été élaboré par l’Union africaine. Notre volonté était de sauver à la fois la démocratie et la paix. Pour la démocratie, ça été fait, puisque nous avons reconnu très rapidement la victoire d’Alassane Ouattara. Mais nous avons n’avons pas réussi à éviter la guerre».

Alpha Oumar Konaré, son prédécesseur à la présidence de la Commission, pour éviter que l’Union africaine ne retombe dans les travers de sa sœur aînée, la peu crédible OUA (Organisation de l’Unité africaine), voulait la réformer au pas de charge, quitte à bousculer ses vieux caciques. Son tempérament, son activisme et son franc-parler exaspéraient au plus haut point ses anciens pairs. Mais avaient donné plus une grande visibilité à la nouvelle institution panafricaine.

«Avec lui, rien ne changera avant 2012»

Aux yeux des chefs d’État africains, la Commission est considérée comme un banal secrétariat exécutif. L’ancien président malien Konaré, qui en avait assez de jouer les rois sans couronne, souhaitait la voir disposer d’un vrai pouvoir. Un peu à l’image de la Commission européenne, dont la fonction principale est de proposer et de mettre en œuvre les politiques communautaires. N’ayant pas obtenu gain de cause, il a fini par rendre son tablier à la fin de son premier et unique mandat, début 2008.  

Jean Ping lui a succédé le 1er février à la suite d’un intense lobbying de l’ancien chef de l’État gabonais, Omar Bongo Ondimba. Lors de son élection, ses détracteurs murmuraient qu’avec lui, les chefs d’État africains s’étaient acheté à bon compte une tranquillité d’au moins cinq ans. Et ont parié que «rien ne changera avant 2012».

Pari gagné. Avec cet homme élégant et pétri de bonnes manières, plus rien ne bouge. La modification du statut de la Commission tant souhaitée par Alpha Oumar Konaré? Tombée aux oubliettes. Tout comme les réformes urgentes réclamées par des experts indépendants après un audit sur le fonctionnement de l’institution et dont les extraits avaient fuité dans la presse à la veille du sommet des chefs d’État africains à Addis Abeba, en février 2008. Un document pourtant effectué un an plus tôt à la demande de l’UA après le sommet d’Accra et dans lequel les carences criantes et l’impéritie de l’institution panafricaine avaient été mises en évidence sans détour.

Jean Ping, l’immobiliste

Son énergie, Jean Ping préfère la consacrer à son exercice favori: tirer à boulets rouges sur ceux qu’il appelle les «détracteurs de l’Afrique», comprenez les Occidentaux.

Il faut dire qu’en matière d’immobilisme, il a été à bonne école. Né le 24 novembre 1942 à Omboué, petite localité du sud de Port Gentil, la capitale économique du Gabon, ce docteur en économie de l’université de Paris I Panthéon (France), a été quasi sans discontinuer ministre de 1990 à 2007, sous l’interminable règne d’Omar Bongo.

Fonctionnaire international à l’Unesco à Paris en 1972, il devient délégué permanent du Gabon de 1978 à 1984 auprès de l’organisation internationale. En 1984, il tape dans l’œil d’Omar Bongo, qui fait de lui son directeur de cabinet jusqu’en 1990, année au cours de laquelle il entame un long parcours gouvernemental. Détenteur du stratégique portefeuille des Mines, de l’Énergie, et des Ressources hydrauliques d’avril 1990 à juin 1991, puis d’août 1992 à mars 1994, il tisse des liens d’amitié dans les milieux pétroliers, notamment dans le monde arabe.

De mars à octobre 1994, il hérite du non moins prestigieux portefeuille des Affaires étrangères. Poste qu’il retrouve en 1998, avec cette fois le rang de ministre d’État. Il étoffe un peu plus son carnet d’adresses et peaufine son image d’homme moderne, ouvert sur le monde.

Résultat: de 2004 à 2005, il devient président de la 59e Assemblée générale de l’ONU. Son heure de gloire.

Sauf énorme surprise, avec le tombereau de fleurs qu’il s’applique à jeter avec zèle à l’UA, il sera probablement reconduit l’année prochaine par les chefs d’État africains à la présidence de la Commission, pour un nouveau bail de quatre ans.

Valentin Hodonou

 

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Valentin Hodonou. Journaliste béninois. Spécialiste de l'Afrique.

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