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Brazzos Moango :

Brazzos Moango lors de notre entretien|Photo : AEM

Parmi les musiciens qui avaient agrémenté la Table Ronde de Bruxelles qui avait décidé de l'indépendance de la RDC, seuls Brazzos et Petit Pierre sont encore en vie. Les deux musiciens avaient joué à la fois à la sortie officielle d'African Jazz en 1953 et à celle de l'OK Jazz en 1956. Rencontre avec Moango Armand dit Brazzos, né le 21 avril 1934 à Kinshasa, mémoire vivante de la musique congolaise des deux rives.

AFRIQU'ÉCHOS MAGAZINE (AEM) : C'est en autodidacte que vous avez débuté en musique...

BRAZZOS MOANGO(B.M) : J'ai commencé à apprendre la guitare très jeune lorsque j'étais à l'école. Mon père travaillait à Thysville, l' actuelle Mbanza-Ngungu et chaque mois il m'envoyait 500 francs et c'était beaucoup d'argent à l'époque. Avec cet argent, j'ai acheté une guitare. Il y avait à l'époque un guitariste centrafricain, Elenga Zacharie, qui jouait de la guitare hawaiienne. Je le regardais jouer et j'essayais de l'imiter. C'est comme ça que j'ai appris à jouer, sans maître. Un jour, je l'avais amenée à l'école et pendant la récréation, nous sommes allés, avec des amis, nous cacher vers le Jardin botanique de la Procure de Missions. Le père directeur nous a surpris et nous avons été renvoyés de l'école. Les parents des autres enfants sont venus plaider la cause de leurs rejetons, le mien a refusé car il qualifiait la guitare d'un instrument de voyous. J'ai donc chômé une année. Un jour, j'ai rencontré un de mes amis qui s'appelait Shango, son père était le tenancier d'Isoke Bar, il étudiait à la colonie scolaire de Boma. Je l'ai suivi à Boma pour m'inscrire. Hélas, je suis arrivé trop tard. Je suis allé voir mon oncle qui était charpentier à Mbata Kiela, le séminaire où feu Cardinal Malula et l'ancien président de la République Kasa-Vubu avaient étudié. Il m'a inscrit à Kangu à quelques kilomètres de Mbata Kiela.

AEM : Un autre jeune à votre place aurait renoncé ?

B.M :Non, je me suis accroché et j'ai fini ma formation en 1950 puis j'ai regagné Léopoldville (aujourd'hui Kinshasa). Une fois, en me promenant au centre-ville, j'ai vu un attroupement de gens. Je me suis rapproché pour m'informer. Les gens déposaient les dossiers pour le test d'engagement. J'ai participé au test à l'issue duquel seules deux personnes furent retenues : Papa Bondjufe et moi. Je n'ai travaillé qu'une année et la seconde, j'ai été contacté par Grand Kallé pour rejoindre les nouvelles éditions CEFA (Compagnie d'enregistrement folklorique africain). J'ai eu la chance de rencontrer Bill Alexandre, élève de Django Reinhardt, un des plus grands guitaristes de tous les temps. Personne ne l'a égalé sur la vitesse d'exécution malgré qu'il n'avait que deux doigts, ayant perdu les trois autres dans un accident. Il a commencé à nous apprendre les notions de la guitare c'est-à-dire les accords et les harmonies. Parmi les quatre apprentis, j'étais le seul qui retenais facilement les leçons. C'est pourquoi, il m'a surnommé Brazzos qui veut dire « bras aux os » qui retiennent facilement. Je suis resté à CEFA de 1952 à 1953.
Un jour, de retour de service, un ami m'aborda pour m'informer que les Éditions Loningisa de Papa Dimitriou avaient besoin de moi. J'y suis allé et j'ai trouvé là-bas Ganga Edo, Célestin Kouka, Pandi, Delalune, Nino Malapet, Vicky Longomba, Franco, Rossignol, Dessoin. Ils jouaient dans le groupe Lopadi (Loningisa ya papa Dimitriou).
Lorsque Papadopoulos créa les Éditions Esengo, un grand nombre de ces musiciens rejoignirent cette écurie : Nino, Pandi, Rossignol, Essous, Dewayon, etc. Nous avions continué à jouer à OK Bar de monsieur Oscar Kashama. Affranchis de la tutelle de Papa Dimitriou, on cherchait une appellation à donner à notre orchestre. Papa Oscar nous a trouvés en train de discuter et nous suggéra de mettre simplement OK Jazz. C'est comme ça que nous avons adopté ce nom. La sortie officielle eut lieu au Home des Mulâtres le 6 juin 1956. Et parmi les fondateurs, il y a Edo Ganga, Célestin Kouka, Delalune, Franco, Vicky, Dessoin et moi.

AEM : Quel genre de musique jouiez-vous ?

BM : Notre spécialité à l'époque était la rumba, c'est ce que nous jouions tous ; mais lors d'une foire qui eut lieu au Stade Tata Raphaël, on a amené des chansons latino-américaines. Et à partir de là, nous avons adopté cette musique en incorporant dans nos répertoires des chants de Boléro, Cha Cha Cha, Tango, Charanga, etc.

AEM : Comment étaient vos rapports avec Franco ?

Il était mon jeune frère du quartier et on a grandi ensemble. Déjà très jeune, il fabriquait des tambourins à l'aide de peaux, avec la sève du gros arbre du manioc qu'il badigeonnait au ventre et qu'il attachait autour de grosses boites de lait et des baquettes faites de bouts de bâtons enduits de boules de goudron aux extrémités. Il composait déjà des morceaux pour se moquer de nos adversaires lors des parties de football.
Son destin changea lorsqu'ils sont allés habiter sur la rue Bambili dans la même parcelle que Dewayon. Il chantait et jouait les maracas dans le groupe de Dewayon. Entre-temps, il apprenait seul à jouer de la guitare. Et c'est lorsqu'il croisa Lwampasa sur la rue Lokelenge qu'il améliora son art. Et Bowane l'a amené à Loningisa où je l'ai rejoint. Il était un maître et il possédait une technique inégalable, propre à lui. C'est ce qui a fait qu'il s'était imposé dans un milieu composé des musiciens plus âgés que lui. Mais en grandissant, il a pris de la stature et commencé à s'imposer : sa politique consistait à inciter les autres à quitter l'orchestre par ses agissements. C'est comme ça qu' il est resté seul maître à bord de l'OK Jazz jusqu'à sa mort. Suite à son arrestation en 1959 pour avoir roulé sans permis de conduite et suite au départ de nos amis de Brazzaville, je suis allé chez Tshibangu chercher Mujos, Bolhen, Tshiamala et Simon Moke pour renforcer l'orchestre.

AEM : Avez-vous été aussi victime de ses méthodes pour se séparer des musiciens ?

B.M : Bien sûr, à plusieurs reprises d'ailleurs. La première, en 1960, lors de l'invitation à la Table Ronde de Bruxelles. Les politiciens avaient demandé à ce que les musiciens congolais viennent agrémenter leurs soirées. L'idée était de constituer un orchestre mixte entre les musiciens de l'OK Jazz et ceux de l'African Jazz. Vicky et moi avions donné notre accord, mais Franco avait refusé d'être sous les ordres de Kabasele, il avait décliné l'offre. Au retour de la Table Ronde, nous avions voulu regagner l'OK Jazz, Franco s'est opposé catégoriquement à notre réintégration. De l'autre côté, Kabasele avait abandonné la musique pour la politique, il était devenu directeur de cabinet du ministre de l'Information Kashamura. À cause de son absence, les mélomanes désertaient les concerts. Face à la situation, Nico est allé former son aile avec son frère Dechaud. D'un côté, l'orchestre qui nous avait amenés en Europe ne jouait plus, de l'autre Franco ne voulait plus de nous dans l'OK Jazz. Que faire ? Nous avions alors décidé de créer l'orchestre Negro Succès avec Vicky Longomba et j'ai récupéré les musiciens que nous avions engagés à l'absence de Franco notamment Bolhen, Djeskin, Pinock. Nous avons été rejoints par Gaspy, Samy, Alphonse le Brun, Dignos et André Menga. Le départ des musiciens de Brazzaville et la création de Negros Succès avait été un coup dur pour l'OK Jazz qui commença à battre de l'aile.

AEM : Vous aviez, juste après, réintégré l'OK Jazz, que s'est-il passé par la suite ?

B.M : Face aux déboires de l'OK Jazz, Vicky et moi avons été interpellés par les politiciens qui nous tenaient pour responsables de cette situation. Nous leur avions expliqué que nous étions virés et qu'en plus de cela, le vide laissé par nos amis n'a jamais été comblé. Ils ont mis le paquet et nous sommes allés contacter nos amis : Edo et Delalune ont accepté mais Célestin avait décliné l'offre. C'est comme ça qu'ils ont réintégré l'OK Jazz en 1962 et que l'on retrouva au chant Vicky, Kwamy et Edo ; Franco, Delalune et moi aux guitares. Nous sommes allés à Bruxelles pour des enregistrements. J'y suis resté presque dix ans avant de quitter définitivement l'orchestre.

AEM : Que s'était-il passé ?

B.M : En 1973, j'occupais les fonctions de secrétaire général et chef d'orchestre de l'OK Jazz. Sur invitation du président Mobutu, nous avons été conviés à jouer devant tous les corps constitués le 24 décembre 1973 à la veille de la fête de Noël. Pour nous remercier, le Président Mobutu avait demandé qui était le chef d'orchestre. Franco m'avait présenté et le président m'avait remis une enveloppe au nom de sa femme pour fêter Noël. Une fois sortis, en cours de route, Franco me demanda d'ouvrir l'enveloppe afin de connaître la somme remise. J'étais stupéfait par son acte et j'ai laissé faire. Il a pris la moitié de l'argent et nous a laissé la moitié pour la partager entre vingt personnes. Cela m'a dégouté et j'ai claqué définitivement la porte. À partir de cette date, j'ai arrêté de jouer pour de bon. |Propos recueillis par Herman Bangi Bayo (AEM), Kinshasa, RDC

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