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Assassinat de Chokri Belaid : Mise en cause des autorités


Ce matin à Tunis se tenait une conférence de presse de IRVA, l’Initiative pour la Recherche de la Vérité sur l’Assassinat de Chokri Belaid, le 6 février 2013 et Mohamed Brahmi, le 25 juillet. Alors que l’on apprenait au courant du mois de septembre que les autorités tunisiennes avaient reçu une note de la part de la CIA indiquant un possible attentat contre Mohamed Brahmi, les déclarations du président de IRVA, Taieb Aguili ne font qu’accabler les autorités ainsi que Ennahdha, le principal parti au pouvoir.

Les autorités tunisiennes mise en cause

Ce matin au centre ville de Tunis, la salle qui accueillait la conférence de presse de l’IRVA était pleine à craquer. Responsables politiques, membres de la société civile et citoyens sont venus en masse pour entendre les déclarations de Taieb Aguili, président de l’IRVA. Après des mois de recherches, il a voulu rendre public les éléments en sa possession.

Il y a un peu plus d’un mois, le ministère de l’Intérieur organisait une conférence de presse durant laquelle il faisait part des avancées de son enquête sur l’assassinat de Chokri Belaid, avançant noms et détails sur les événements. Le public restait sceptique. L’enquête parlait en effet des exécutants sans remonter la piste des commanditaires.

Taieb Aguili est allé plus loin aujourd’hui, mettant directement en cause les autorités tunisiennes, responsables par leur laxisme des deux assassinats politiques d'après lui. Des hauts cadres du ministère de l’Intèrieur ainsi que des proches du parti Ennahdha sont directement impliqués, selon lui.

IRVA a pu se procurer des documents de l’enquête en cours au sein du ministère de l’Intèrieur et a notamment expliqué que prés de 15 jours avant l’assassinat de M. Belaid une enquête avait été faite sur une voiture suspecte qui surveillait son domicile. Le propriétaire de la voiture était connu des autorités. L’existence d’une menace était donc avérée. Pourtant rien n’a été entrepris pour contrer les agissements suspects des personnes impliquées dans l’assassinat.

Sept mois plus tard le même scénario se reproduit. Quelques temps avant l’assassinat du député Mohamed Brahmi les autorités tunisiennes avaient reçu une note de la part de la CIA indiquant des risques d’assassinats. Cette fois encore les autorités n’agissent pas.

Pour l’IRVA il y a clairement une volonté politique derrière ces événements. C’est le deuxième point développé par l’IRVA ce matin. En effet les hauts cadres du ministère de l'Intérieur mis en cause ont tous été promus par Ennahdha et des personnes en lien avec le mouvement extrémiste Ansar Chariaa, et impliquées dans l’assassinat, sont proches du parti Ennahdha, a expliqué Taieb Ellegui.

La vérité sortira-t-elle un jour ?

Les déclarations d’aujourd’hui, basées sur des documents du dossier d’enquête ainsi que sur des documents de l’enquête du ministère de l'Intérieur qui ont fuité, témoignent de l’implication du parti Ennahdha. Officiellement il semble donc difficile de connaître la vérité, c’est ce qu’explique Saïda Garache, avocate :

La vérité ne sortira pas officiellement aujourd’hui, avec le gouvernement actuel. Ce gouvernement n’acceptera jamais de dire son implication dans ces assassinats.

Mahmoud Barroudi, député de l’opposition, pense lui aussi qu’il est difficile d’avoir une réponse officielle sur les événements et sur les commanditaires, l’Etat étant directement impliqué pour lui.

Des révélations qui peuvent avoir des conséquences politiques importantes

L’assassinat de Chorki Belaid a été réfléchi d’un point de vue politique et d’un point de vue de l’agenda. C’était une cible particulière. Il était la voix la plus structurée, une voix qui dérangée beaucoup. Il avait une grande capacité à unir, il avait de l’ambition, il était dévoué… je ne peux pas croire qu’il s’agit d’un acte isolé de la part d’un groupe extrémiste

déclare Saida Garrach.

Si il s’agit d’un crime d’Etat, comme semble vouloir le sous entendre de nombreuses personnalités il est claire que la situation ne va pas s’apaiser. Et la mise en avant de l’aspect politique de l’affaire n’arrange rien.

Voilà deux mois qu’une grave crise politique secoue le pays. Une tentative de dialogue national a lieu. Or les informations révélées aujourd’hui implique le parti Ennahdha, dont des membres ont déjà commencé à défendre dans les médias aujourd’hui. Le parti Ennahdha a publié un communiqué dans lequel il déclare que les accusations portés par Taieb Aguili sont faites pour porter atteinte au dialogue national et que ces fausses allégations sont faites pour porter préjudices au parti Ennahdha.

Pour Mahmoud Barroudi il faut une démission immédiate du parti Ennahdha :

C’est une évidence. Il faut des répercussions politiques. Il doit aussi y avoir des répercussions judiciaires, ce qui risque d’avoir comme conséquence un retranchement d’Ennahdha et également une crise sécuritaire.

Le parti Ennahdha est en voie de trouver un accord sur la démission du gouvernement avec l'UGTT mais rien d'officiel n'a été annoncé pour l'instant.

Hier le siège de l’Union Générale des Travailleurs Tunisiens, partie prenante dans les négociations politiques, a été placé sous protection policière suite à des menaces. Aujourd’hui c’est l’avenue Bourguiba, là où avait lieu la conférence qui était le lieu d’un déploiement de forces de l’ordre. Dans la salle de conférence de nombreux politiques et acteurs de la société civile, sous protection policière, étaient présents. Depuis le mois d’août, 600 policiers ont été déployés pour protéger les personnalités dans le pays. Malgré la tension un rassemblement a eu lieu sur l’avenue Bourguiba après la conférence. Huit mois après l’assassinat de Chokri Belaid les citoyens continuent à demander des comptes au gouvernement.


Vidéo : Courrier de l’Atlas

Sana Sbouai

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