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Le président rwandais Paul Kagame interpellé sur les droits de l'Homme à Paris


Les présidents français et rwandais Nicolas Sarkozy et Paul Kagame à l'Elysée le 12 septembre 2011 AFP Thomas Coex

Deux organisations non gouvernementales ont interpellé lundi le président rwandais Paul Kagame sur la situation des droits de l'Homme au Rwanda, au deuxième jour d'une visite symbolique et controversée à Paris, dominé par un déjeuner avec son homologue français Nicolas Sarkozy.

"Il n'y a que Human Rights Watch qui ne voit jamais de progrès au Rwanda" et "nous allons continuer à faire de notre mieux pour notre peuple", a lancé le président rwandais lors d'une conférence à l'Institut français des relations internationales (Ifri).

Lors d'une séance de questions-réponses, un représentant de l'ONG HRW avait demandé à Paul Kagame ce qu'il comptait faire en matière de droits de l'Homme, citant la détention d'opposants politiques à son régime. Un membre de Reporters sans frontières (RSF) a enchaîné en évoquant la fermeture temporaire de journaux et des journalistes tués ou devant fuir le pays.

"Je ne comprends pas de quoi vous voulez parler", a répondu le président Kagame, en déniant à ces organisations le droit de s'ériger en professeurs des droits de l'Homme dans son pays.

Au cours des dernières années, les organisations de défense des droits de l'Homme ont à plusieurs reprises critiqué l'évolution du régime rwandais vers l'autocratie.

"Au Rwanda, la situation des droits de l'Homme demeure extrêmement préoccupante et les violations ont culminé lors de la dernière campagne électorale", avait ainsi souligné vendredi la Fédération internationale des ligues des droits de l'Homme (FIDH).

Des experts ont par ailleurs noté que les Etats-Unis, préoccupés par le même sujet, avaient pris leurs distances avec Kigali sous le deuxième mandat présidentiel de Paul Kagame.

La première visite en France du président tutsi depuis le génocide de 1994 vise à parachever une réconciliation avec Paris, après un déplacement à Kigali de Nicolas Sarkozy en février 2010. Le président français avait alors reconnu une "forme d'aveuglement" de la France pour n'avoir pas "vu la dimension génocidaire" du régime rwandais hutu d'alors, avec qui Paris entretenait des liens étroits, notamment sur un plan militaire.

La venue en France de Paul Kagame se heurte toutefois à des remous au sein de la classe politique -le chef de la diplomatie française Alain Juppé a opportunément choisi un déplacement en Asie pour ne pas rencontrer le président rwandais- et chez les militaires français, toujours accusés par Kigali d'être impliqués dans des massacres de Tutsi il y a 17 ans.

L'ex-ministre de la Défense Hervé Morin a regretté lundi que Paul Kagame n'ait pas fait sa "part du chemin" vers la réconciliation. "Recevoir M. Kagame n'était pas nécessaire", a-t-il dit à l'AFP.

Les familles des trois Français membres de l'équipage de l'avion de l'ex-président rwandais hutu Juvénal Habyarimana, tués avec lui dans un attentat en avril 1994, ressentent de leur côté "un certain sentiment de malaise au regard de cette visite officielle", selon l'Association française des victimes du terrorisme (AFVT).

"Nous travaillons ensemble pour voir comment échapper à l'Histoire, pour avancer", avait expliqué dimanche Paul Kagame, lors d'une rencontre avec la diaspora rwandaise. En reconnaissant que "cette visite ne fait pas plaisir à un certain nombre de personnes", la présidence française avait souligné elle aussi que Nicolas Sarkozy voulait "tourner la page des relations douloureuses de la France avec le Rwanda".

Paul Kagame devait achever son séjour mardi par une rencontre avec le patronat français.