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CPI: mandat contre un Kényan soupçonné de soudoyer des témoins

La Cour pénale internationale a annoncé mercredi l'émission d'un mandat d'arrêt contre un Kényan soupçonné d'avoir soudoyé ou tenté de soudoyer trois témoins de l'accusation cités au procès du vice-président kényan William Ruto, poursuivi pour crimes contre l'humanité.

La Cour soupçonne Walter Barasa, 41 ans, de corruption ou tentative de corruption de témoins dans le cadre "d'un projet criminel conçu par un cercle de membres de l'administration kényane", a précisé la CPI dans un communiqué.

Ancien journaliste ayant travaillé pour le bureau du procureur dans le cadre de l'enquête sur les violences post-électorales de 2007-2008 au Kenya, le suspect aurait proposé jusqu'à 13.000 euros aux témoins, identifiés en tant que P-0336, P-0536 et P-0256, pour qu'ils se rétractent, a indiqué la CPI dans le mandat d'arrêt. 

La Cour n'a pas précisé si les témoins avaient accepté les sommes proposées. 

Le mandat d'arrêt, le premier de la CPI pour subordination de témoins depuis son entrée en fonction en 2003, avait initialement été émis le 2 août. La Cour a décidé mercredi de lever les scellés apposés au document.

Le suspect s'est défendu des accusations portées contre lui.

"Je n'ai violé aucune loi, je n'ai pas été impliqué dans les violences, pourquoi devrais-je être arrêté?", a déclaré M. Barasa, joint par téléphone par l'AFP.

Le mandat d'arrêt "fait suite aux menaces adressées à mon encontre par un enquêteur de la CPI que je connais bien : il m'a dit que je devais admettre que j'avais été envoyé par le vice-président, mais je lui ai dit que je n'ai jamais rencontré le vice-président", a-t-il ajouté.

Le procès de William Ruto et son co-accusé, le présentateur de radio Joshua Arap Sang, s'était ouvert le 10 septembre. Ils sont poursuivis pour leurs rôles dans les violences ethnico-politiques ayant suivi la réélection contestée du président sortant Mwai Kibaki, en décembre 2007.

Ces violences, les plus graves de l'histoire du Kenya indépendant, avaient fait plus de 1.000 morts et plus de 600.000 déplacés.

M. Barasa a notamment collaboré dans le passé avec des publications du groupe Mediamax, propriété de la famille Kenyatta. Mediamax a précisé mercredi ne plus l'employer.

"Un réseau de personnes tente de saboter l'affaire Ruto"

Le témoin P-0536, une femme figurant parmi les trois personnes approchées, selon la CPI, par M. Barasa, avait été le premier témoin du procès Ruto.

Elle avait décrit le 17 septembre comment des groupes de Kalenjin, l'ethnie de M. Ruto, avaient incendié une église où s'étaient réfugiées des dizaines de personnes. Entre 17 et 35 avaient été tuées dans cet épisode, selon l'accusation.

"Il est de l'avis du procureur que les tentatives d'interférence avec les témoins de l'accusation dans le cadre du projet sus-mentionné +ont augmenté à la fois en fréquence et en gravité sur la période du 20 mai au 25 juillet+, ce qui rend l'arrestation de Walter Barasa urgemment nécessaire", ont indiqué les juges dans le mandat d'arrêt.

La question de l'intimidation des témoins empoisonne la procédure depuis le début de l'enquête en 2010 et de nombreuses accusations de pots-de-vin et intimidations ont déjà été formulées, notamment à l'encontre du gouvernement kényan.

"Les preuves montrent qu'un réseau de personnes tente de saboter l'affaire Ruto", a soutenu la procureure de la CPI Fatou Bensouda dans un communiqué, précisant que le suspect, s'il est condamné, encourt une peine de 5 ans de prison.

"Walter Barasa (...) fait partie de ce réseau, et ses actions rentrent dans le cadre d'un plan plus large sur lequel le Bureau (du procureur, ndlr) continue d'enquêter", a-t-elle poursuivi, appelant le Kenya à livrer M. Barasa à la Cour.

La CPI poursuit des responsables de deux camps qui s'étaient affrontés lors des violences de 2007-2008. Ils font l'objet de citations à comparaître et comparaissent librement.

Le procès pour crimes contre l'humanité du président Uhuru Kenyatta, qui était dans le camp opposé à celui de M. Ruto lors des élections de 2007, doit s'ouvrir le 12 novembre.

AFP

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