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Libye: forte résistance à Bani Walid, un fils Kadhafi réfugié au Niger


Des combattants du CNT libyen, le 11 septembre 2011 près de Bani Walid AFP Joseph Eid

Les combattants du nouveau régime rencontraient une forte résistance près de Bani Walid face aux troupes restées fidèles au leader libyen déchu Mouammar Kadhafi dont l'un des fils, Saadi, s'est réfugié au Niger.

Saadi Kadhafi, ancien footballeur qui a aussi dirigé une unité d'élite de l'armée, se trouvait dans un convoi intercepté dimanche par l'armée dans le nord du Niger, ont indiqué les autorités de ce pays selon qui 32 proches du leader libyen déchu sont arrivés depuis le 2 septembre.

Agé de 38 ans, Saadi s'était dit prêt le 31 août à se rendre pour "arrêter l'effusion de sang", qualifiant les rebelles de "frères". Les nouvelles autorités libyennes avaient alors dit que, s'il le faisait, elles assureraient sa sécurité.

Alors que Mouammar Kadhafi et son fils Seif al-Islam, l'un des plus influents, restent introuvables, plusieurs de ses proches et d'ex-généraux ont trouvé refuge au Niger qui a cependant dit qu'il respecterait ses engagements auprès de la justice internationale.

Deux autres des huit fils de Kadhafi -Hannibal et Mohamed-, sa fille Aïcha et son épouse Safiya avaient fui en Algérie. Ses fils, Seif al-Arab et Khamis, seraient morts.

Deux jours après la fin de l'ultimatum fixé aux pro-Kadhafi pour déposer les armes, les forces du Conseil national de transition (CNT), issu de la rébellion, n'ont encore lancé aucune offensive d'envergure, mais des combats ont eu lieu dimanche à Bani Walid (170 km au sud-est de Tripoli).

Le chirurgien Riba Ahmed, d'un hôpital de campagne proche, a affirmé à l'AFP avoir reçu 10 morts et une vingtaine de blessés. "J'ai aussi reçu un prisonnier (un soldat pro-Kadhafi, ndlr) et pour être honnête il y avait des signes de tortures, de nombreuses traces de coups sur son dos, probablement avec des bâtons", a-t-il précisé. "Je crains que l'on soit en train de remplacer un Kadhafi par un autre".

Craignant de nouveaux combats, des dizaines de civils fuyaient Bani Walid, mais beaucoup étaient bloqués, n'ayant pas d'essence pour quitter la ville en voiture, ont expliqué des habitants.

Toutefois, selon le commandant pro-CNT Abdallah Abou Oussara, les combattants n'ont pas encore reçu l'ordre de lancer l'offensive, alors que la typographie de cette ville étendue, avec ses nombreuses petites collines, rend difficile une avancée rapide.

"Bani Walid est plein d'armes, chaque maison en a. Il y a des tireurs embusqués partout qui nous empêchent" d'avancer, a raconté un combattant, Sami Saadi Abou Roueiss. Il y a aussi des faits de "trahison", "des gens prétendant être avec les révolutionnaires mais en fait ils sont avec Kadhafi".

Dimanche, une radio pro-Kadhafi avait appelé les habitants à la résistance, diffusant en boucle le même message: "Ils viennent pour nous tuer. Ils veulent répandre la corruption et la destruction. Allez-y aujourd'hui, aujourd'hui, aujourd'hui. Maintenant que vous êtes armés, il n'y a pas d'excuses. C'est l'heure du jihad".

Sur le front ouest de Syrte (370 km à l'est de Tripoli), des centaines de combattants bien armés venus avec 200 pick-up de Misrata, plus à l'ouest, ont commencé à marcher vers cette région natale de Mouammar Kadhafi, selon un journaliste de l'AFP.

"Nous avons avancé jusqu'à un endroit baptisé "checkpoint 50" (à 50 km de Syrte, ndlr). Nous l'avons conquis et capturé six pro-Kadhafi", a affirmé le commandant Omrane al-Awaib, parlant d'"une forte résistance". "Nous avons dû faire face à un déluge (de roquettes) Grad. Il y a eu aussi trois obus".

Sur le front est de Syrte, les combattants pro-CNT étaient encore à une soixantaine de km de la ville alors que les pro-Kadhafi ont lancé une attaque contre un site pétrolier près de Ras Lanouf, à l'est, tuant 12 combattants du nouveau régime selon un porte-parole des forces anti-Kadhafi.

A Tripoli, une puissante explosion s'est produite dans un grand dépôt d'armes près de l'aéroport international, blessant deux personnes.

Après l'échec de négociations en vue d'une reddition pacifique des bastions pro-Kadhafi comme Bani Walid, Syrte et Sebha (centre), le président du CNT, Moustapha Abdeljalil, avait aussi appelé ces combattants à s'unir "pour libérer les villes", au moment où 12 personnes ont été tuées dans des affrontements fratricides samedi au sud-ouest de Tripoli, premier incident du genre en sept mois de conflit.

Son numéro deux, Mahmoud Jibril, a annoncé dimanche la formation d'un gouvernement de transition d'ici "une semaine à dix jours" pour gérer les affaires du pays.

Le secrétaire général de l'Otan, Anders Fogh Rasmussen, a réaffirmé lundi que l'Alliance atlantique poursuivrait ses opérations en Libye tant que les civils seront menacés par les forces de Kadhafi.

Au plan économique, l'Organisation des pays exportateurs de pétrole a estimé dans un rapport publié lundi possible que la Libye revienne à une production à pleine capacité dans moins d'un an et demi.

La production libyenne, de 1,6 million de barils par jour avant le conflit, est tombée à quelques dizaines de milliers de barils seulement ces dernières semaines.