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La classe politique sceptique

Mise en scène», «pièce théâtrale» «commedia dell'arte»... Les responsables politiques que nous avons contactés hier ne voient en la sortie du président Bouteflika, qui a enfin présidé un Conseil des ministres, qu'une énième man½uvre pour rester au pouvoir au-delà de 2014. Abdeslam Ali-Rachedi, président du parti non agréé Essabil, Ali Fawzi Rebaïne, président de Ahd 54, Soufiane Djilali, président de Jil Jadid et Abderrazak Makri, président du MSP, ne se font aucune illusion sur l'objectif du pouvoir. Le flou entretenu autour de la nature des «échéances politiques» devant être préparées renforce les convictions des leaders des partis politiques quant à la volonté du président Bouteflika de rester encore au pouvoir. «Je ne pense pas qu'il (Abdelaziz Bouteflika, ndlr) soit en mesure d'assumer un mandat de cinq ans. Je pense que les tenants du pouvoir vont trouver une astuce pour prolonger le mandat actuel de deux ans», a déclaré M. Ali-Rachedi, relevant que les échéances politiques évoquées dans le communiqué de la Présidence peuvent renvoyer à la révision constitutionnelle. «Pour le moment, Bouteflika ne joue pas cartes sur table, mais ce qui est sûr, c'est qu'il n'a pas envie de partir. Le fait de reprendre le contrôle du FLN prouve qu'il a l'intention de rester», ajoute-t-il, estimant que «la prorogation du mandat actuel est plus plausible». «Dans tous les cas, ce sera un non-événement parce que les candidats potentiels n'auront pas suffisamment de temps de se préparer pour l'élection de 2014, d'autant plus que la campagne électorale commencera en mars. Pratiquement tous les candidats sont exclus, donc on se dirige vers la prorogation du mandat de Bouteflika ou vers un quatrième mandat fictif. A ce moment-là, Bouteflika ne fera pas de campagne. On est déjà dans la fiction. L'image montrée à la télé n'est pas celle d'un homme qui dispose de la totalité de ses moyens. C'est carrément une mise en scène car dans l'état où il se trouve il lui sera impossible d'examiner autant de projets de loi», soutient-il.   Poursuivant son analyse, M. Ali-Rachedi relève qu'il n'y a aucune intention de changement et le maintien du statu quo sera «catastrophique pour le pays». «On risque d'aller vers une présidence virtuelle où Bouteflika restera légalement président et, en pratique, ce seront des gens de son clan qui gouverneront», a-t-il expliqué, appelant à «un changement pacifique et négocié du système». «Pas de changement en vue» Même son de cloche chez Soufiane Djilali. Selon lui, «le pouvoir joue sur le quiproquo pour ne pas dévoiler ses intentions». «On ne sait pas de quelles échéances politiques il s'agit. Bouteflika maîtrise l'art d'endormir les gens pour se maintenir au pouvoir. Il avait déjà chargé Medelci, en 2011, de faire croire qu'il n'avait pas l'intention de briguer un nouveau mandat. En 2012, il avait dit 'tab djenana'. C'est une ruse. Il ne faut pas que la classe politique et la société civile tombent dans le piège. Il faut rester mobilisés pour s'opposer au viol de la Constitution», soutient-il. Selon lui, la tenue d'un Conseil des ministres était une obligation pour éviter au pays une paralysie générale. «Je pense que cette réunion était bien plus un décor qu'une réalité. Il y avait même une humiliation dans ce jeu de commedia dell'arte», a-t-il persiflé. Ali Fawzi Rebaïne abonde dans le même sens. «Le Conseil des ministres est un bon scénario, une belle pièce de théâtre et une belle mise en scène. Si le Président dispose de toutes ses facultés, il n'y a aucune raison pour qu'il ne s'adresse pas à la nation. S'il ne s'adresse pas à la nation, c'est qu'il ne peut pas. Dans ce cas, toutes les facultés dont on parle n'existent pas. C'est dommage qu'on soit réduit à ce type de mise en scène», regrette-t-il en s'interrogeant sur les intentions du pouvoir. «Je pense qu'on s'achemine vers un remake des scénarios de 2004 et 2009. Cependant, il faut rappeler qu'il y aura, un jour ou l'autre, un après-Bouteflika. Il faut y penser dès maintenant», a-t-il lancé. Le président du MSP refuse pour sa part de s'attarder sur les déclarations des responsables du gouvernement. «La tenue d'un Conseil des ministres est ordinaire. Aussi, nous n'accordons pas beaucoup d'importance aux mots. Nous demandons des élections transparentes et libres. Et nous jugerons les faits au moment opportun», a-t-il indiqué.    

El Watan

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