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Soudan: Béchir défend la levée des subventions sur les carburants

Le président soudanais Omar el-Béchir, qui fait face à un mouvement de contestation sans précédent déclenché par une levée des subventions sur les carburants, a défendu mardi cette mesure, assurant qu'elle visait à empêcher un effondrement de l'économie.

Il s'agit de la première réaction du président Béchir, au pouvoir depuis 1989, depuis le 23 septembre, date des premières manifestations dont la répression a fait selon des ONG des dizaines de morts.

"Les dernières mesures prises visent à empêcher l'effondrement de l'économie face à l'augmentation de l'inflation et à l'instabilité des taux de changes", a déclaré M. Béchir, selon l'agence officielle Suna.

Le président a également dénoncé la "conspiration semée par des saboteurs" contre le Soudan.

Lundi, le ministre de l'Intérieur Ibrahim Mahmoud Hamed avait accusé des "organisations extérieures" de soutenir le mouvement de contestation.

"Les manifestations pacifiques sont un droit fondamental", a cependant assuré le président, tout en demandant à Dieu "d'accorder sa miséricorde aux martyrs".

Si les chiffres officiels font état de 34 personnes tuées, l'African Centre for Justice and Peace Studies et Amnesty International avancent un bilan de 50 morts, accusant les forces de sécurité d'avoir délibérément tiré sur les manifestants.

L'annonce de la levée des subventions a provoqué une augmentation de plus de 60% du prix des carburants, suscitant le plus grand mouvement de protestations depuis l'arrivée au pouvoir d'Omar el-Béchir.

C'est la dernière d'une série de mesures visant à stabiliser une économie frappée par l'inflation et la chute de sa monnaie depuis la séparation avec le Soudan du Sud en 2011.

Le Soudan peine à se remettre de cette scission, Khartoum ayant perdu une grande partie de la production pétrolière, et donc d'importantes sources de revenus.

L'inflation, qui a dépassé les 40% au début de l'année, est retombée à 22,9% en août, selon des données officielles. Mais les prix affichés sur les marchés ne reflètent en rien cette baisse, et continuent de monter.

Après les morts de ces derniers jours, c'est la colère qui domine dans la rue.

"Après la mort de ces jeunes, nous ne pouvons pas nous taire", explique Oussama Mohamed, 47 ans.

 

'Pourquoi ont-ils tué nos frères et nos soeurs ?'

 

"Nous sommes très en colère parce que les seules armes de ces manifestants, c'étaient des pierres et leurs cris", déclare Youssef Mohammed, un instituteur de 50 ans dont le frère a été tué à Omdurman, la ville jumelle de Khartoum.

"Pourquoi ont-ils tué nos frères et nos soeurs ?", demande encore Sosan Bachir, une jeune femme de 35 ans. "Après ce qui s'est passé, nous n'avons plus confiance dans le gouvernement".

Pour elle, le sang versé va alimenter de nouvelles manifestations visant à "renverser le régime".

Dans les manifestations, au milieu des cris de "liberté! liberté!" résonnaient les slogans du Printemps arabe réclamant la chute du régime, comme en Tunisie, en Egypte, en Libye ou encore au Yémen. 

Mardi, une centaine d'étudiantes de l'université pour femmes d'Ahfad, à Omdurman, ont manifesté, après avoir été dispersées la veille par des gaz lacrymogènes.

En soirée, plus d'une trentaine de véhicules des forces de l'ordre ont encerclé le siège du parti Oumma, l'un des principaux parti d'opposition, selon un correspondant de l'AFP.

Ce déploiement est intervenu alors que le chef du parti Sadek al-Mahdi s'adressait à l'intérieur à un millier de ses partisans.

Le président du Parti soudanais du Congrès a par ailleurs été arrêté, selon des responsables de cette petite formation d'opposition qui appartient à une alliance de mouvements réclamant la chute pacifique du régime. 

Selon cette alliance, trois responsables des partis Baas et communiste ont aussi été arrêtés. 

Le gouvernement a annoncé avoir arrêté des centaines de "criminels", et a expliqué qu'il avait été contraint d'intervenir la semaine dernière quand les manifestants étaient devenus violents et avaient attaqué, selon lui, des stations services et des commissariats. 

Ahmad Omer, dont le frère a été tué dans une manifestation, s'interroge. Son frère n'était pas du genre à détruire des biens publics, affirme-t-il. 

"Je crois que les gens ont le droit de manifester. Pourquoi le gouvernement leur a tiré dessus ? Et si ce n'est pas le gouvernement, alors les responsables doivent être traduits en justice".

AFP

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