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Jaque Fourie, des Springboks sud-africains, contre le Pays de Galles à Wellington, le 11 septembre 2011. REUTERS/Anthony Phelps
Jaque Fourie, des Springboks sud-africains, contre le Pays de Galles à Wellington, le 11 septembre 2011. REUTERS/Anthony Phelps

Gare au rugby africain

Les Springboks sud-africains n'ont pas le monopole du rugby sur le continent, il faut aussi surveiller le XV namibien. Même s'ils ont, pour cette Coupe du monde 2011, hérité de la «poule de la mort».

Mise à jour du 23 octobre 2011: La Nouvelle-Zélande a remporté la Coupe du monde de rugby. Dimanche 23 octobre à Auckland, l'équipe de France a perdu 7 à 8 face à la sélection néo-zélandalaise, les All Blacks, grand favori de la compétition. Les Bleus quant à eux, disputent leur troisième finale de Coupe du monde, après avoir perdu celle de 1987 et 1999.

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Mise à jour. Le 9 octobre 2011: L'Australie s'est qualifiée le 9 octobre pour les demi-finales de la Coupe du monde, en battant (11-9) des Springboks qui quittent la compétition par la petite porte, après leur titre de 2007. L'entraîneur du XV sud-africain Peter de Villiers et son capitaine John Smit ont renoncé à l'équipe nationale.

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La grande fête du rugby mondial a débuté le 9 septembre 2011. Vingt nations s’y affrontent pendant un mois et demi, dans l’espoir de brandir, le 23 octobre, le trophée Webb Ellis. Et comme à chaque fois depuis la première édition en 1987, l’Afrique est présente, en la personne des Springboks, la redoutable équipe d’Afrique du Sud, tenante actuelle du titre. Les Sud-Africains ont d’ailleurs remporté le titre mondial deux fois.

En 1987, pour le lancement de la compétition, le tournoi est organisé en Nouvelle-Zélande et en Australie. A l’époque, seul le Zimbabwe représente le continent. Toutes les équipes viennent sur invitation, et l’Afrique du Sud de l’apartheid n’est conviée que tardivement à se rendre en Océanie —invitation qu’elle décline finalement. Quant au Zimbabwe, il se bat bien mais ne peut franchir le premier tour. En 1991, c’est encore le même pays qui vient défendre les couleurs de l’Afrique en Grande-Bretagne et en France. Sans grand succès, il est vrai.

Les Springboks, géants de l’Ovalie, étaient évidemment les grands absents de ces rendez-vous. Avec la fin de l’apartheid, l’Afrique du Sud renoue avec la famille du rugby planétaire à partir de 1992. En 1995, elle devient même le pays organisateur de l’événement et empoche son premier titre devant le président Nelson Mandela, moment immortalisé au cinéma par Clint Eastwood dans Invictus. Une deuxième équipe d’Afrique avait alors participé à l’épreuve, la Côte d’Ivoire, mais le malheureux XV ivoirien avait été laminé dès la première phase.

La Namibie dans l'ombre des Springboks

Quatre ans plus tard, en 1999, l’Afrique du Sud est de nouveau présente, accompagnée cette fois d’une nouvelle venue, la Namibie, terre de rugby qui a toujours vécu dans l’ombre de son puissant voisin. Surnommés les Welwitschias, du nom d’une plante du désert, les Namibiens, Petits Poucets du moment sont, hélas! rapidement dévorés par les ogres français, fidjiens, et même par les modestes Canadiens.

Depuis, la Namibie et l’Afrique du Sud n’ont manqué aucune phase finale de la Coupe, avec des fortunes diverses, les Springboks ayant décroché un deuxième titre en 2007 tandis que les pauvres Namibiens, eux, ne peuvent s’enorgueillir que d’un triste record, celui d’avoir pris une des pires rossées de l’histoire du sport, quand les Australiens les ont écrasés en 2003 par 142 à 0!

Cette année, les Welwitschias sont bien décidés à faire meilleure figure et leur première défaite, tout à fait honorable, face aux Fidji, semble le confirmer. En tout cas, ce joli site de fans veut y croire.

Dans l’organisation actuelle du tournoi, deux places seulement sont réservées à des pays d’Afrique. Sachant que les Springboks sont toujours qualifiés d’office puisqu’ils finissent généralement parmi les quatre premiers —quand l’Afrique du Sud n’est pas tout simplement l’hôte de la compétition— cela veut dire qu’en réalité, il ne reste qu’une place à pourvoir pour le reste du continent.

Les années qui précèdent la phase finale voient donc s’affronter plus d’une dizaine de pays au cours de matchs épiques dont le grand public ne peut malheureusement pas profiter, comme le prouve le tableau des qualifications du site officiel de la Coupe du monde. Ainsi la Namibie a-t-elle été accrochée par le Sénégal, qu’elle a battu 13-10 en 2008, menacée par la Côte d’Ivoire en 2009 (13-13), avant de se débarrasser non sans mal de la Tunisie à l’issue de deux matchs, qu’elle a remportés 18-13 et 22-10, toujours en 2009.

Il n’y a donc que deux pays d’Afrique qui prennent part à la Coupe, et il est désolant de constater que cette année, ils se retrouvent dans la même poule, en compagnie de concurrents aussi sérieux que les Fidji et le Pays de Galles, ou encore les Samoa, qui n’entendent pas faire de la figuration, au point que les commentateurs parlent de «poule de la mort». Nous avons beau les soutenir avec ferveur, nos amis namibiens semblent mal partis en si implacable compagnie.

L'Histoire sur le terrain

Les Sud-Africains n’ont, eux, pas lieu de s’inquiéter. Tenants du titre, ils n’ont pas eu besoin de se qualifier pour aller en Nouvelle-Zélande. Avec leur réputation de rouleau compresseur du rugby, ils devraient logiquement décrocher leur billet pour les quarts de finale. Et pourtant, dès leur premier match, ils se sont fait peur. Ils ont même failli faire pire. Les rudes Gallois ne se sont pas laissé impressionner, et l’affaire s’est conclue par une victoire étriquée des Boks, 17 à 16.

Dès leur première rencontre du tournoi, les Gallois sont entrés dans la légende, face à une Afrique du Sud qui, dans son histoire, a déjà sa propre légende galloise. En effet, en 1879, une nation sud-africaine s’était déjà cassé les dents sur des Gallois inflexibles. C’était pendant la Guerre des Zoulous, quand un bataillon composé principalement de Gallois avait repoussé l’offensive des Impis zoulous à la bataille de Rorke’s Drift.

Les deux camps se seraient même livrés à un concours de chants guerriers avant le début des combats. En fait, les Gallois représentaient moins de 15% des effectifs engagés, et ni eux ni les Zoulous n’ont perdu de temps à se régaler mutuellement de leurs chants virils. Mais les légendes sont toujours plus séduisantes que la réalité.

Comme celle, pour conclure sur une note un peu moins romantique, de la nation arc-en-ciel. Pour avoir vu les Springboks alignés face aux Gallois le 11 septembre, nous ne pouvons que le constater: en Afrique du Sud, le rugby reste majoritairement un sport de blancs. Peut-être les clivages liés à l’apartheid sont-ils en passe d’être surmontés, mais les Boks ne sont toujours pas l’incarnation de cette société métissée que l’Afrique du Sud rêve d’être. A la différence du XV namibien, qui paraît beaucoup plus arc-en-ciel que son voisin méridional. Raison de plus pour le soutenir.

Roman Rijka

Roman Rijka

Roman Rijka. Journaliste. Spécialiste de l'histoire militaire.

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