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Tripartite : le patronat veut remettre sur la table les points négligés

Gouvernement, syndicats et patronat algériens se retrouveront jeudi 10 octobre pour une nouvelle tripartite. Très attendue par les travailleurs, cette rencontre ne semble pas promettre des changements. C'est un simple forum économique qui aura lieu et si décisions il y aura, elles risquent de ne pas voir le jour. Flash-back sur les mesures déjà prises, mais  jamais appliquées.     Pas trop d'illusions à se faire pour cette nouvelle tripartite. Deux problèmes peuvent constituer des obstacles. D'abord, le Premier ministre voulait apaiser le climat social en annonçant que les syndicats autonomes et d'autres associations à caractère économique pourront y participer. Une annonce qui n'a pas plu à certains membres du patronat qui veut négocier seul. Ensuite, les décisions annoncées lors des deux dernières tripartites, tenues en mai et septembre 2011, ne sont pas toutes appliquées. Il n'y a pas encore de consensus entre les différentes organisations patronales sur la  nécessité de les remettre sur la table des négociations. En 2011, 200 mesures sont prises notamment sur la fiscalité des entreprises et leur engagement à recruter dans le cadre de contrats de pré-emploi moyennant l'aide de l'Etat. Deux ans plus tard, seulement quelques mesures ont pu voir le jour.  Le patronat prépare actuellement un rapport d'évaluation des deux précédentes tripartites. Peu enthousiaste, il dit être «déçu» quant à l'état d'avancement de ces différentes mesures. Ainsi quel état des lieux dresse-t-on ? «Moins de 30% des décisions sont réellement appliquées et les autres traînent toujours», déplore Abdelaziz M'henni, président de la Confédération des industriels et des producteurs algériens (CIPA). «Des difficultés sont encore enregistrées pour le rééchelonnement des dettes des entreprises. C'est la décision la plus importante, mais pour les autres,  nous n'en avons pas vu la couleur. Pas de facilitation, pas de disponibilité de foncier...», déplore Réda Hamiani, président du Forum des chefs d'entreprises (FCE). La plus importante décision qui pouvait donner espoir aux entreprises de se régénérer était le rééchelonnement de leurs dettes bancaires. Absence Une mesure qui est finalement appliquée au cas par cas, mais qui ne fait pas le bonheur de l'ensemble du monde économique. «Nous contestons la méthode de son application. Nous considérons qu'il y a eu de la ségrégation», affirme M. M'henni. Un fait contredit par une source bancaire qui affirme qu'il s'agit réellement «d'un vrai plan de sauvetage de beaucoup d'entreprises. Quelque 400 entreprises sont censées être touchées par cette décision, première du genre. Le programme est structuré et les critères définis, reste alors l'appréciation qui se fait au cas par cas. Il ne s'agit pas d'une application automatique». Combien d'entreprises ont pu bénéficier de cette mesure ?  Pas de statistiques précises, même si le Forum des chefs d'entreprises a lancé un sondage pour mieux cerner leurs données. Au niveau de la banque, on affirme qu'«un grand nombre d'entreprises qui ont présenté leur candidature ont fait l'objet d'une décision. Le programme de sauvetage des PME privées est mis en place et appliqué rigoureusement, mais pour certains il faut attendre. C'est le premier plan de cette envergure et coûteux pour les banques». Pour le rééchelonnement, le patronat ne lâche pas. Le président de la CIPA affirme qu'il fera l'objet de rediscussions et sera remis sur la table des négociations lors de la prochaine tripartite. «Il est question de revoir tous les points qui sont restés sans application depuis deux ans», lance-t-il. Car, dénonce M. M'henni, «les banquiers ont eu carte blanche de faire ce qu'ils veulent. Nous plaidons pour que toutes les entreprises soient concernées par cette mesure. Elles doivent être toutes considérées comme sinistrées.  Pour sauver l'outil de production nationale,  nous demandons d'avoir des banques d'accompagnement qui prennent le risque au même titre que l'opérateur. Nous revendiquons les 200 points et leur application». Une démarche pas très appréciée par Réda Hemiani : «Pour cette nouvelle rencontre, le patronat compte mettre en avant 94 mesures. Elles seront discutées et remises sur la table et éventuellement, il y aura retour sur les mesures non appliquée,s même si je ne suis pas partisan de mettre la pression sur le Premier ministre en lui demandant des comptes sur la situation précédente, d'autant plus qu'il montre sa disponibilité de rediscuter et de négocier.» Renégocier   S'agissant des autres décisions, même constatation. C'est un «fiasco total», estime M. M'henni. Il explique que les points les plus intéressants, qui redémarreront la machine industrielle et faciliteront le travail aux entreprises, ne sont pas appliqués. «Sans surprise, c'est le problème majeur de ce pays. Le discours n'est jamais suivi d'actes sur le terrain. Il y a eu absence de texte d'application. L'Etat ne nous fait toujours pas confiance», explique encore M'henni. «Toutes les mesures concernant l'encouragement et l'accompagnement pour les exportations hors hydrocarbure n'ont vu aucun début d'application, à l'exemple du Fonds de soutien aux exportations», annonce Mohamed Bennini, expert en commerce extérieur et ancien directeur général de l'Agence nationale de promotion du commerce extérieur (Algex). Concernant l'amélioration et l'efficacité des systèmes des abattements sur les charges patronales, le patronat affiche son insatisfaction. «Nous demandons une amnistie et la levée des aberrations et des faux pièges sur cette mesure. Nous allons en débattre lors de la prochaine tripartite. On ne sait pas pourquoi on traîne. Pas d'amélioration de l'environnement de l'entreprise, absence d'accompagnement par les banques... Il n'y a eu jamais d'aide. Une aide réservée plutôt aux importateurs ! Nous demandons un éclaircissement de cette situation floue. Les banques donnent malheureusement de l'argent aux affairistes. Nous sommes en train de perdre notre indépendance économique», déplore M'henni. Syndicats autonomes Les syndicats autonomes appelés à participer à cette nouvelle rencontre «gêneront» les discussions qui  s'étaleront essentiellement sur des dossiers économiques. Contrairement aux tripartites des années précédentes, cette fois-ci, la réunion s'achèvera en fin de journée et les parties ne passeront pas en revue les dossiers durant la nuit. Le Premier ministre avait annoncé, il y a quelques semaines que la tripartite sera élargie à d'autres organisations et syndicats autonomes. Mais le patronat veut se concentrer et ramener le gouvernement à mieux négocier avec lui sur des dossiers purement économiques. Les syndicats autonomes ou toute autre nouvelle organisation économique sont les bienvenus en tant qu'observateurs. Si Rachid Malaoui du Snapap affirme son intention de ne pas participer par principe, étant donné que jamais une tripartite n'a arraché des acquis pour les travailleurs et qu'il n'a pas été avisé à temps pour mieux se préparer, le Syndicat national des praticiens de  santé publique (SNPSP) s'affiche plutôt intelligent. Pas de boycott, il participera même en tant qu'observateur. Meziane Meriane, représentant du Syndicat national de l'enseignement secondaire et technique (Snapest), s'accroche à l'article 87 bis, même si officiellement il ne sera pas discuté. Cependant, il prépare des dossiers sur l'industrie agroalimentaire (IAA) en affirmant qu'il «faudrait réfléchir pour trouver des mécanismes nécessaires pour augmenter la productivité, encourager la consommation nationale en améliorant la qualité et en surtaxant les produits d'importation». Il évoque aussi «la révision du barème des impôts des fonctionnaires qui payent plus que les riches commerçants».

El Watan

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