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Situation humanitaire catastrophique, Bossangoa (nord-ouest RCA) / AFP
Situation humanitaire catastrophique, Bossangoa (nord-ouest RCA) / AFP

Centrafrique: l'urgence, c'est aujourd'hui

Pour mettre un terme à la crise humanitaire, il faut élargir le mandat de l'ONU, estime Christine Lazerges, la présidente de la CNCDH.

Tous les observateurs et acteurs de terrain s’étant rendus en République centrafricaine depuis le coup d’Etat militaire de mars 2013 tirent la sonnette d’alarme. Mais les médias relaient peu l’information et la communauté internationale semble encore bien loin d’être décidée à passer à l’action… Mais qu’attendons-nous?

Qualifiant la situation politique et sanitaire du pays de «somalisation», les plus hauts fonctionnaires de la Commission européenne sont pourtant en alerte depuis des mois, multipliant les déplacements et les interviews dans l’espoir que l’opinion devienne plus favorable à une prise de position des Etats membres en faveur d’un déploiement des différentes agences des Nations unies ou d’une quelconque intervention dont la forme reste pour l’instant à définir.

Scenario catastrophe

Il faut dire que les faits relatés par les rares organisations non gouvernementales encore présentes sur le terrain (plusieurs attaques ont été menées contre des ONG dans la capitale au cours de ces derniers mois) ou dans les témoignages recueillis par des correspondants des médias sont alarmants: pillages, viols et exactions, enrôlements massifs d’enfants-soldats (au moins 3.500), la liste est longue.

En parallèle, l’absence de police et d’armée régulière est pour beaucoup dans l’incapacité de l’Etat à contrôler le territoire et assurer la sécurité des 4 millions et demi d’habitants… tout laisse à croire qu’en l’absence d’une décision d’intervention de l’ONU —via des aides financières, un mandat élargi du bureau de l’ONU sur place, voire une opération de maintien de la paix— la situation continuera à se dégrader à une vitesse vertigineuse.

Certes ce type de mandat implique une contribution des pays membres de l’ONU pour financer l’opération, mais ce mécanisme a fait ses preuves et il permettrait de rétablir progressivement un Etat de droit, d’apaiser les tensions, afin de préparer un retour de la démocratie en favorisant ainsi la mise en place d’élections transparentes.

Pour l'heure, il s’agit avant tout d’assurer la sécurité des populations, et d’assurer progressivement le retour du personnel humanitaire sur l’ensemble du territoire. Car en parallèle de la montée en puissance et en nombre des groupes armés, des soldats enrôlés au sein de la Séléka, la République centrafrique s’enlise dans une crise sanitaire sans précédent (20% des services de santé sont opérationnels).

Urgence humanitaire

Le constat est chaque jour plus lourd: les violations massives et systématiques des droits de l’homme, qui constituent des crimes de guerre et contre l’humanité, font actuellement l’objet d’une enquête de la Cour pénale internationale.

L’insécurité, ennemi principal du rétablissement d’une certaine forme d’équilibre, empêche notamment l’accès aux soins des populations dans les campagnes, raisons principale de l’aggravation du bilan sanitaire dressé par le CICR (Comité international de la Croix Rouge) et l’UNICEF (Fonds des Nations unies pour l’Enfance).

Outre l’urgence humanitaire, sanitaire, économique et politique de la RCA, ce sont les pays voisins qui pourraient à leur tour subir les ondes de choc de cet Etat laissé à l’abandon.

En effet, les personnes déplacées officiellement 400.000 déplacés internes et près de 63.000 réfugiés selon l’OCHA (le Bureau des Nations unies pour la coordination des Affaires humanitaires) affluent vers les pays frontaliers, se tournant notamment vers la République démocratique du Congo, le Tchad, le Cameroun et le Congo, risquant d’être eux-mêmes déstabilisés.

Actions diplomatiques

La France, un des seuls pays européens à dénoncer la situation critique de la République centrafricaine,  s’apprête à présider, aux côtés des Nations unies et de l’Union européenne, une réunion ministérielle sur la situation dans ce pays, en marge de l’Assemblée générale des Nations unies. Son objectif est avant tout pédagogique: sensibiliser les pays membres, dresser un état des lieux et faire connaître les faits. En bref, alerter l’opinion.

Si cet exercice de communication est fructueux, il restera encore à réussir à réunir suffisamment de fonds pour permettre l’éventuelle adoption d’une résolution renforçant le mandat et les ressources de la Mission internationale de soutien à la Centrafrique (Misca) afin de ne pas laisser le pays partir à la dérive.

S’il est à prévoir que la route va être longue pour arriver au Conseil de sécurité, elle l’est malheureusement d’autant plus pour permettre aux acteurs humanitaires d’atteindre le cœur du pays...

Christine Lazerges, présidente de la CNCDH (Commission nationale consultative nationale des droits de l'homme)

Christine Lazerges

Christine Lazerges est présidente de la CNCDH (Commission nationale consultative des droits de l'homme), l’institution nationale de promotion et de protection des droits de l’homme française.

Par ses avis, ses études et ses recommandations, la CNCDH assure, de manière indépendante, un rôle de conseil et de proposition auprès du gouvernement en matière de droits de l’homme, de droit international humanitaire et d’action humanitaire tant sur le plan national qu’international. Elle appelle en outre l’attention du gouvernement et du Parlement sur toute mesure lui paraissant de nature à favoriser le respect des droits de l’homme.

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