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Tension entre l’Egypte et la bande de Gaza

Les autorités égyptiennes accusent le Hamas, le parti islamiste dirigeant la bande de Gaza depuis 2007, et mouvement issu des Frères musulmans, de soutenir des groupes armés qui attaquent ses forces dans le Sinaï. Le Caire reproche aussi au Hamas d’avoir toujours soutenu les Frères musulmans égyptiens et d’avoir bénéficié outrageusement de leur aide durant leur année au pouvoir.

L’armée égyptienne dit être face à une insurrection armée dans le Sinaï depuis l’éviction du pouvoir de l’ex-président Mohamed Morsi et des Frères musulmans par le chef de l’armée, Abdel Fattah El Sissi.
Les attaques jihadistes se seraient intensifiées après la dispersion sanglante (près d’un millier de morts) des sit-ins pro-Morsi le 14 août. Le lendemain, la frontière avec Gaza était fermée définitivement.
Elle est actuellement ouverte quelques heures par jour pour laisser passer surtout les urgences, médicales par exemple. D’après le Hamas, seules 250 personnes sont autorisées à franchir la frontière chaque jour, contre 1200 à l'époque de Mohamed Morsi.
L’économie de Gaza souffre également. L’armée égyptienne a entamé une campagne de destruction des tunnels, qui permettent selon elle l’échange d’armes et de militants entre le Sinaï et le territoire palestinien.
Les matériaux de construction et biens de consommation manquent, à tel point qu’Israël a laissé passer du ciment pour le secteur privé, paraît-il pour la première fois depuis le début du blocus.
L’armée égyptienne détruit aussi des habitations le long de la frontière (soupçonnées d’abriter des tunnels ou des militants). Elle a promis de verser des compensations aux personnes injustement touchées, et a démenti le Hamas qui l’accuse de vouloir créer une zone-tampon vide autour de la frontière.

Le 15 septembre, le porte-parole de l’armée égyptienne a précisé que des grenades saisies sur les militants portaient le nom des Brigades Qassam (les brigades du Hamas), et aussi que des explosifs avaient été trouvés le long de la frontière, alors que le Hamas devrait veiller à la sécurité de son voisin.

Le Hamas dément…

De son côté, le Hamas, par la bouche de son porte-parole Ihab Al-Ghussein, assure que les accusations, officielles ou officieuses, de l’Egypte, sont sans fondement et « démonisent la bande de Gaza et le Hamas ».
Il laisse même échapper une pique à l’égard de son vieux rival politique, le Fatah, qui conserve le pouvoir en Cisjordanie, en suggérant que c’est peut-être ce dernier qui fait parvenir les grenades estampillée Qassam, dans le Sinaï. D’autres théories veulent que le mouvement Tamarod, égyptien à l’origine, mais qui a inspiré, quoique à plus petite échelle, des groupes d’autres pays arabes, comme la Tunisie qui a aussi un parti d’islam politique à sa tête, ou comme dans le territoire palestinien de Gaza, soit en fait une partie d’une stratégie de renversement des régimes islamistes. Le Tamarod gazaoui fait signer des pétitions contre le Hamas et prévoit une manifestation pour le 11 novembre, date anniversaire de la mort de Yasser Arafat. Le Fatah (parti dirigeant en Cisjordanie) et l’Egypte tenteraient de concert de renverser le Hamas. Les partisans de cette hypothèse disent que les coprps d’Etat égyptiens ont toujours préféré discuté avec l’Autorité Palestinienne de Mahmoud Abbas plutôt que de parler directement officiellement avec le Hamas des problèmes de Gaza. Ils en prennent pour preuve la visite de ce début de mois du Ministre des Affaires étrangères à Ramallah, sans contacter officiellement du moins, Gaza, ou un porte-parole du Fatah disant qu’après tout si pour revenir à Gaza il faut y aller à dos de tank égyptien, pourquoi pas – il aurait en fait démenti ces propos un brin cavaliers pour dire plus sobrement que les changements intérieurs en Egypte laissent envisager une influence sur le cas de la bande de Gaza. A propos de tanks égyptiens, certains auraient fait une incursion surprise et éclair dans la bande de Gaza, ou auraient seulement dépassé une barrière mais sans entrer sur le territoire lui-même – le Hamas nie toute incursion.

…et tente d’apaiser l’Egypte

Ismaël Haniyyeh, le Premier Ministre Hamas dans la bande de Gaza, a dit récemment qu’il était hors de question de considérer qui que ce soit d’autre qu’Israël comme ennemi, même si le pays est traité injustement (destruction des tunnels de contrebande par l’Egypte alors que la frontière est également fermée notamment).


Dans la vidéo ci-dessus, à la minute 1:40, un porte-parole du Hamas est interrogé par un présentateur égyptien de la chaîne Dream, qui lui dit en substance: « Tous ces Palestiniens arrêtés en Egypte, partisans de Morsi qui sont-ils? ». Le porte-parole, Moussa Abou Mazrouq, répond que : « Pas un seul membre du Hamas n’a été arrêté, tué ou blessé dans tous les événements récents en Egypte. [...] Notre seul ennemi est Israël et personne n’attaque ou ne dit un mot contre l’armée égyptienne. » L’hôte égyptien n’a pas l’air convaincu.

Quant à certaines mosquées de Gaza qui auraient pu inciter à voir d’un mauvais ½il la chasse aux islamistes en Egypte, rebaptisée chez les sympathisants islamistes « guerre contre l’islam », elles ont été priées de modérer les propos de leurs imams, afin de ne pas irriter davantage le voisin égyptien.

Gaza et l’Egypte, une histoire compliquée

L’Egypte administrait la bande de Gaza de 1948 à 1967.
Par la suite, les relations ont toujours été ambiguës entre l’Egypte et les Palestiniens: officiellement, les Egyptiens soutiennent complètement les Palestiniens. Officieusement, l’Egypte ne sait plus trop quoi faire, entre l’attentisme généralisé des pays arabes, et son propre traité de paix signé avec Israël, afin de récupérer le Sinaï, à la fin des années 1970.
Le Caire ne s’entend pas bien avec le Hamas, arrivé au pouvoir à Gaza en 2007. Pendant l’attaque israélienne « Plomb durci » de 2008-2009, l’Egypte avait complètement fermé sa frontière avec Gaza. Les Palestiniens les plus géographiquement proches de l’Egypte sont les Gazaouis. Les Palestiniens vivant en Egypte témoignent souvent ressentir un certain racisme, des préjugés venant des médias égyptiens: les Palestiniens essaieraient de profiter des autres Etats arabes, les Gazaouis seraient tous des terroristes qui en fait seraient alliés avec Israël (Hamas-Iran-Israël, combinaison infernale, l’Axe du mal version égyptienne).

A l’époque du soulèvement contre Moubarak, la rhétorique officielle rejetait la responsabilité de l’agitation sociale à un complot entre l’Iran-Israël- Hamas-Hezbollah. Le Hamas était accusé d’avoir participé à l’évasion de prison des Frères musulmans, notamment Morsi et Chater. Aujourd’hui les mêmes accusations ont le vent en poupe dans tous les médias égyptiens.

Sous Mohamed Morsi, les relations diplomatiques se sont légèrement réchauffées, mais les analystes disaient que les Frères n’osaient pas trop en faire, de peur de s’attirer les foudres de la communauté internationale et davantage d’inimitié de la part des corps d’Etat. Lors de l’attaque israélienne de la fin 2012 sur Gaza, le premier ministre égyptien s’est tout de même rendu en personne dans le territoire palestinien.
L’armée s’était déjà mise à détruire les tunnels sous Morsi. Peut-être l’armée agissait peut-être de son propre chef, ou avait-elle ordre de faire quelque chose pour récupérer les responsables de l’attaque meurtrière contre des soldats égyptiens l’été 2012, juste après l’arrivée au pouvoir de Morsi. D’après les forces de sécurité égyptiennes, les coupables s’étaient réfugiés dans la bande de Gaza.

En tout cas la rhétorique égyptienne officielle d’aujourd’hui accuse Morsi d’avoir été trop proche de son allié islamiste le Hamas. Il aurait fourni gaz et électricité pour rien à la bande de Gaza, les coupures d’électricité, les pénuries de gaz, d’essence, en étaient prises pour preuve. Ajourd’hui après l’éviction de Morsi, il y a toujours des coupures d’électricité en Egypte, mais personne ne s’en soucie.

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