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Billet d'humour côté campagne électorale au Cameroun en 2013

Dr Vincent-Sosthène Fouda Essoma

Avec le peuple camerounais, l'état-major du RDPC s'amuse comme avec un jouet. Il le tourne dans tous les sens, le fait rouler par terre, le lance en l'air et le fait retomber. Le dernier épisode en date, c'est la grande foire organisée au chef-lieu de la région de l'Ouest pour remercier le Chef de l'État pour avoir choisi Monsieur Marcel Niat Njifenji comme deuxième personnalité du pays. Il n'est pas illégitime que toute une région veuille dire merci au Président de la République. Par contre, que tout le monde soit en tenue de parti alors qu'on parle de la République voilà ce qui fait désordre. Cet état-major, toujours lui, après avoir traîné Aminatou Ahidjo partout s'apprête à conduire le Chef de l'État à Douala pour la pose de la première pierre du second pont sur le Wouri alors que partout les candidats peinent à proposer un programme. L'effigie du Chef de l'État est le meilleur slogan et le parfait programme politique à proposer au peuple.

À Mbouda, Canal 2 nous a montré les populations faméliques se jeter sur les restes de table, plus misérables que des chiens errants lors d'une réception des dignitaires du Parti des Flammes. Les T-shirts de campagne n'ont qu'une photo, celle du Président de la République, qu'un slogan : « l'émergence en 2035 ». Sur le tableau et pour ceux qui ont une lecture stratégique de la vie politique du pays, nous assistons à la convocation des figures tutélaires du Renouveau : Ahmadou Ahidjo, Paul Biya, il ne manque plus que François Sengat-Kuo.
Avec Ahmadou Ahidjo, le Parti des Flammes joue la partition de l'ouverture. Avec François Sengat- Kuo, il ressuscite son concepteur, son éminent stratège sans pour autant vouloir lui donner la place qu'il mérite dans le dispositif. Et c'est assez cruel... Parce qu'après tout, il faut se mettre à la place de ceux pour qui ces figures tutélaires ont représenté quelque chose.
Le Parti des Flammes s'autoflagelle chaque jour, et voit sous ses pieds s'effondrer tout ce sur quoi il a bâti son hégémonie : la cupidité, le mensonge, la roublardise, la prévarication. Il découvre que son histoire est une misère et que le peuple ne retiendra certainement pas grand-chose de lui. Le Président de la République est un homme seul, il porte seul sa croix et certainement avec lui va se tourner la page d'une certaine façon de faire la politique. Trahi et tué par les siens, ceux-ci ne l'écoutent plus, ne sont plus ses conseillers. Ils maquillent leurs incompétences en utilisant simplement son nom et quand ils ont à se rencontrer ce n'est pas avec lui ni autour de lui. Quand ils peuvent se présenter à lui, c'est en hommes et en femmes sérieux mais, au fond d'eux, ils savent qu'ils ont promis des choses et leur contraire, que le Président est le dernier obstacle avant le chaos programmé. Sinon, comment expliquer que dans Yaoundé VI, au mépris de toutes les civilités politiques et de la loi fondamentale, Adjessa Melingui ait été remplacé à 28 jours du scrutin ? Comment expliquer que dans la Mefou et Akono, le département qui se targue d'avoir formé 4 présidents en Afrique Centrale, Madame Rose Nguini Effa ne puisse pas tenir une seule réunion de campagne ?
La caravane du parti est partout accueillie avec des pierres et tous les militants réclament la tête de l'honorable pourtant investie par le Comité Central. Comme si cela ne suffisait pas, plus de 100 émissions radio et télé ont été stoppées durant la période électorale. Charles Atéba Eyene, le bouillant membre suppléant du Comité Centrale du Parti des Flammes, a été prié de se taire. Les journalistes sont interdits de communiquer les résultats des élections avant leur proclamation par le Conseil Constitutionnel, mieux par la Cour Suprême, au grand mépris des articles 48 de la Constitution du Cameroun ; « Le Conseil Constitutionnel veille à la régularité de l'élection présidentielle, des élections parlementaires, des consultations référendaires. Il en proclame les résultats. »

Le Code électoral est assez clair sur le sujet ;

Article 109.- Le dépouillement du scrutin et le recensement des votes se font dans chaque bureau de vote immédiatement après la clôture effective du scrutin, en présence des électeurs qui en manifestent le désir dans la mesure où la salle peut les contenir sans gêne pour le déroulement des opérations.

Article 113.- Immédiatement après le dépouillement, le résultat acquis dans chaque bureau de vote est rendu public.

Article 115.- (1 ) Les résultats du scrutin sont immédiatement consignés au procès-verbal. Celui-ci, rédigé en autant d'exemplaires qu'il y a de membres plus deux (2), est clos et signé de ceux-ci.

Il n'est pas superflu de souligner que la Constitution et le Code électoral ont été votés par un parlement entièrement acquis au Parti des Flammes ! Et le peuple dans tout cela ? Il s'en moque un peu. Il ne prend pas part à l'élection, il refuse d'assister aux meetings, il ne retire pas les cartes d'électeur et les journalistes ne savent plus où donner de la tête. Les professionnels des médias se sont convertis à « la campagne de proximité » au porte à porte, car il n'y a rien à se mettre sous la dent, rien à monter ; difficile dans ces conditions de faire son travail. Nous découvrons tous que 15 jours c'est long surtout quand on a rien à dire et que personne n'est là pour vous écouter.
Haman Adama est sortie de prison et a pris le premier vol en direction de sa Benoué natale pour secourir Aminatou Ahidjo dont la barque prend de l'eau de toute part. Les journalistes ont été priés de lui permettre de faire la Une autant que possible pour animer la galerie en attendant. À dire vrai, hommes et femmes du Renouveau d'hier, hommes et femmes du Renouveau d'aujourd'hui, je veux parler de l'UNC et du RDPC, les Camerounais n'ont pas attendu d'être invités pour les comparer. Et la comparaison n'est évidemment pas à l'avantage des seconds.
Ahmadou Ahidjo, a proclamé l'indépendance du Cameroun et a été le chantre de l'unité nationale, François Sengat-Kuo a effacé les traces de cet homme et a imposé « Pour le libéralisme communautaire » comme le seul mode de pensée politique au Cameroun. Paul Biya a dit partout qu'il voulait qu'on retienne de lui qu'il est l'homme qui a apporté la démocratie et la prospérité à son peuple mais sa « dream team » qui, un temps, eut les faveurs des Camerounais, n'est plus qu'un train de misère et un tissu d'enfermement parfois avec le secours des hommes en soutane ne sachant plus marquer la limite entre l'Église et le Conseil National de la Communication. Comme tout cela est loin, se dira-t-on. Et on a raison de se le dire. Le Parti des Flammes s'amuse, en fait, avec la nostalgie des autres, ceux qui ont aimé les années Ahidjo et ont toujours une larme à l'½il quand ils en parlent.
La conclusion à laquelle est amené l'observateur de ce jeu cruel est redoutable : l'UNC d'hier fut grande, celle d'aujourd'hui est petite. Sinon rien ne saurait expliquer que l'obscurité d'hier soit la lumière du crépuscule. Les infréquentables d'hier ne peuvent pas être les fréquentables d'aujourd'hui. Et le peuple, dans tout cela, a compris que l'avenir du pays ne saurait être avec les septuagénaires. Il faut qu'un vieillard meure en Afrique pour qu'il soit une bibliothèque et non le contraire. |Dr Vincent-Sosthène Fouda Essoma, sociopolitologue

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