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Carnets De Tunisie (Partie I)

Au début de la dernière grande métamorphose de sa vie, lorsque, quittant le giron de “Nation of Islam“, il créa sa propre organisation associative militante qu’il voulut voir s’inscrire dans une plus grande orthodoxie au regard des préceptes islamiques qu’il croyait avoir (re)découverts à l’issue de son pèlerinage à La Mecque, Malcolm X déclara qu’il souhaitait avant tout travailler en direction du peuple auquel il appartenait, les Noirs Américains qui souffraient des discriminations flagrantes d’une partie de l’Amérique blanche des années 1960. Certes ! Il dit, cependant, accepter toute aide provenant de personnes appartenant à des peuples d’autres couleurs voulant apporter toute leur bonne volonté. Il n’empêche ! Sa priorité allait d’abord vers son propre peuple, qui avait tellement souffert qu’il avait besoin qu’on luttât corps et âme pour lui !

Malcolm X traduisit ainsi dans une action politique concrète le fait que l’homme est certainement cette créature qui, même s’il appartient à une unique espèce de semblables individus s’étant déployée sur les quatre coins du globe, évolue d’abord en fonction des liens, forts ou faibles, qu’il tisse d’avec la matrice qui l’a vu naître puis grandir, c’est-à-dire sa propre famille, sa propre tribu, son propre peuple. Autrement dit, il s’agit là de la reconnaissance d’une des sanctions de Dieu pour chacune de ses créatures humaines : elles sont toutes amenées à se mouvoir dans un milieu culturel propre (famille, religion, peuple, langue, nation…), indépendant de tous les autres “contextualisants” existant de tout temps sur cette planète pour chaque individu. La langue, les traditions, les ancêtres, les pratiques culturelles, les proverbes et les maximes, les usages et les coutumes, de tout cela, l’homme s’en fait le réceptacle conscient ou inconscient, avant, à son tour, en fonction de son contexte, de sa foi, de son éducation et de son tempérament, dont le cocktail et l’incidence sont toujours uniques par rapport à tous autres individus, de le transmettre ou non, de le vivifier ou de l’oublier, de le mettre sur un piédestal ou de le minimiser et d’y apporter les caractéristiques qu’il souhaite.

Appartenant à une double culture par la décision de Dieu, c’est avec liberté et responsabilité que j’ai choisi, tout en ne sacrifiant rien de ce que je dois à la culture française, tolérante et rationnelle dans son essence, de faire état de celle qui est mienne, au propre, comme au figuré d’ailleurs, la culture tunisienne.

C’est pourquoi c’est avec plaisir que j’invite tout lecteur à prendre connaissance de ces mots, de ces carnets de Tunisie, racontant, quasiment au jour le jour, au fil de mon séjour dans le pays de mes ancêtres, mon périple tunisien de deux semaines. Je veux être en effet de ceux qui, dans une longue suite de chaînes humaines pensantes, souhaitent apporter un témoignage de ce dont j’ai été témoin, ici en l’occurrence de ce qui se pratique et se sent, de ce qui se voit et se dit, dans mon pays de sang et de coeur. Je veux faire honneur à ce verset suivant : “Par le témoin et par ce dont on témoigne” (Coran, s. 85, v. 3).

L’arrivée à l’aéroport de Tunis-Carthage

Tout a commencé par les suites rocambolesques de mon arrivée à l’aéroport de Tunis-Carthage, le 9 août 2013. Ayant loué une voiture (climatisée bien sûr !, la chaleur d’été d’Afrique du Nord pouvant friser l’étouffement), je m’apercevais que le loueur que j’avais sélectionné sur Internet n’avait plus de comptoir depuis fort longtemps. J’avais beau courir d’agence de location en agence de location (elles sont innombrables, car entre les Rent a Car, Budget et Camelcar, on en compte des dizaines), personne ne semblait s’apitoyer ni sur mon sort ni de l’affolement évident qui commençait tout doucement à poindre en moi à l’idée que j’avais dû me faire avoir “comme un bleu”, moi le professionnel du tourisme. Accompagné de mon épouse tunisienne qui vint me recevoir, avec tout son amour, à l’aéroport, nous n’eûmes droit qu’à un conseil : se rendre à l’Office du tourisme qui tenait une permanence.

Nous y allons alors. Nous y rencontrons un homme et deux femmes. Nous leur faisons donc part de la situation, confusément, car notre esprit ne saurait faire preuve de clarté face à ce qui nous semblait être une évidente arnaque ; esprit d’ailleurs désarçonné par l’attitude clairement désinvolte des agents censés pourtant nous apporter toute l’aide nécessaire.

Voilà un premier caractère national tunisien que je souhaite éclaircir, si ce n’est dénoncer, tellement y faire face est pour le moins déconcertant quand, en retour, on n’éprouve que de l’amour pour la patrie. C’est cette façon sensiblement hautaine qu’a parfois le Tunisien quand il est en position de ce que j’appellerais “médiateur référent”, celui auquel on fait appel pour être guidé au plus juste dans les inextricables méandres à emprunter obligatoirement si l’on veut solutionner un problème quelconque apparu sur le sol tunisien, ici la location d’une voiture introuvable. Dénoncer est en réalité un grand mot car mon esprit conciliateur, signe sans doute d’une maturation philosophique incomplète, me fait me poser toute une litanie de questions afin de dédouaner l’âme tunisienne de ces méfaits présumés. Cette désinvolture suprême, à jamais inattaquable car pouvant très facilement se transformer en une colère noire et hystérique si on la provoque, est-ce l’expression d’un dégoût de l’immigré qui lui même sait se rendre désobligeant dans son attitude parfois irrespectueuse des m½urs locales, ou bien la révélation des seuls constats qui vaillent dans une telle situation : nous nous affolons pour rien, ils le savent, ne nous le disent pas forcément, ne souhaitant pas s’engager dans une explication complexifiée par le fait que nous ne maîtrisons aucunement les clés obscures et subtiles de la langue tunisienne ? Ou bien est-ce la paranoïa de l’occidentalisé, habitué à un cadre dit “civilisé”, lequel, confronté à un autre type d’organisation dont il n’en comprend pas la sève, ne veut y voir que sa position de floué, au point d’influencer son jugement sur ses interlocuteurs de quelques instants ? Ou, enfin, est-ce simplement psychologique, auquel cas rien de socio-culturel ne permettrait d’expliquer une analyse finalement faussée de la situation ?

Toujours est-il que nous le trouvâmes, le loueur en question, après de longues minutes d’attente angoissantes, et l’intervention toujours aussi désinvolte d’apparence mais très précieuse car profondément désintéressée du bureau d’information, qui le fit appeler par l’universel système de communication à grande échelle dans un aéroport, les annonces au micro.

Ezzouhour, Tunis

Nous voilà donc en route ! Direction, la famille et la maison d’enfance de ma mère. Que de réflexions analytiques poussées envahissent mon esprit forgé dans le cap Nord-Ouest de l’Europe lorsque je les rencontre et les côtoie, quand je discute et que je vis avec eux l’espace de quelques heures ou de quelques journées, ces membres de la famille de ma mère !

Ils habitent dans une des extensions urbaines populeuses de Tunis-Ouest, dans le quartier d’Ezzouhour, à deux pas du Bardo. Une zone “pavillonnaire” comme tant d’autres qui se sont créées dans les faubourgs de la capitale, où ceux qui en ont eu les moyens y ont acheté une maison. Un quartier dont l’espace est plat et horizontal, sauf les minarets des mosquées. Il s’étend sur de vastes hectares où règnent les habitations qu’on aurait sans doute voulues à l’origine individuelles mais qui, du fait de la culture dominante dans le pays, forgée par une tension évidente entre le sens de la famille élargie et la pression du cadre de la famille nucléaire, et accentuée par l’éclat morose de la pauvreté ambiante, sont devenues des sortes de mini-immeubles familiaux, où le moindre espace est partagé sur plusieurs étages entre les héritiers qui y fondent leur propre foyer. Quelques mosquées, une ribambelle de petits commerces dont la devanture n’est que le percement dans la cloison extérieure des maisons et où une myriade de produits en tout genre est proposée, des terrasses de café que seuls les hommes fréquentent pour y tromper leur ennui, tous ces éléments éclairent quelque peu des rues mal tamisées par des lampadaire laissant à peine la lumière électrique jaunâtre faire sa besogne du soir. La nuit fraîche venue, une ambiance estivale alourdie le jour par la chaleur écrasante du soleil s’estompe tout doucement pour laisser la place à la légèreté bienvenue de la brise de l’obscurité. Quelques chaises de jardin posées à même les trottoirs défoncés, des carafes et des bouteilles d’eau glacée, des graines de tournesol disposés dans un cône de papier-journal et dont les déchets parsèment le sol, des enfants qui tournoient autour des adultes qui discutent de sujets mondains, avant que leurs cris et leurs pleurs résonnent aux quatre coins du quartier, tous ces éléments sont des traces de vie obligées de ces types de quartiers. C’est dans celui de Ezzouhour et dans cette famille maternelle qui y habite que je passai mes premières heures, une fois atterri mon avion en provenance de France.

Tout en me gaussant d’être parmi les miens grâce à l’utilisation de l’arabe dialectale (quoique avec des fautes grossières de prononciation qui trahissent mon origine), de faire partie de ce moule, d’y rire et d’y pleurer, d’y boire et d’y manger comme tous avec délectation, ce qui est toujours un plaisir non feint pour mes hôtes ainsi que pour moi-même, je ne peux réfréner mon inclination perpétuelle à la distanciation face à l’événement en train de se produire. Comme tout au long de ma vie, contexte tunisien ou pas d’ailleurs, c’est comme si j’étais fidèle à cette citation de Jean-Jacques Rousseau, lorsqu’il se dépeignait lui-même dans ses Confessions (1782) : “ce c½ur (…) m’a jusqu’au bout mis en contradiction avec moi-même, et a fait que l’abstinence et la jouissance, le plaisir et la sagesse, m’ont (…) échappé“.

Mais cette distanciation, que me révèle-t-elle ? Tout plein de choses, d’idées, de réflexions qui farfouillent dans mon cerveau. D’abord, celle la plus évidente et la plus dure à la fois : quoique vivant dans la société de l’abondance de l’Occident, je ne peux sortir ces gens de la pauvreté et de la dure épreuve de leur vie. Car, pour moi-même, les épreuves de ma propre vie en Occident sont d’une certaine rudesse. M’ayant, pour l’instant, pas indiqué le moindre horizon tangible vers lequel mon être devrait se tourner sans hésitation aucune (même si ma conviction islamique tend à me donner la certitude de l’au-delà sur lequel je ne doute pas un seul instant), mon destin ne m’a, en effet, jamais laissé le loisir de la construction de l’avenir. Par conséquent, il ne m’a pas accordé celui de gérer l’avenir de mes semblables en Tunisie. Cela est douloureux de voir les siens s’échiner durement à la tâche, sans jamais pouvoir rien y faire, et même, en se sentant coupable de l’avoir oublié le long d’une vie occidentale confortable…
Pourtant, deuxième sentiment qui fait toujours suite à celui précité, l’admiration chasse cette rage devant l’injustice terrestre apparente. Ces gens-là, en effet, ils ne flanchent point ! Gardant, semble-t-il, leur foi en l’Unique, ils ne désespèrent pas de la miséricorde de leur Créateur. Sans utilisation de la raison pour ressentir leur foi et la partager, ils font partie de ce que Averroès avait appelé le “commun du peuple” (Discours décisif sur l’accord de la religion et de la philosophie, 1179). Ils n’ont guère besoin de chercher une interprétation d’un verset du Coran dont le fond serait caché pour vivifier leur foi, déjà éclatante de vérité. On pourrait même jusqu’à dire qu’ils sont la foi elle-même. Sans explication aucune, elle leur est évidente. Alphabétisés grâce à Bourguiba et à son action décisive, ils ne ressentent pas l’envie de confronter leur spiritualité à leur intellect, pourtant en état de marche grâce à l’éducation. Est-ce donc à dire que l’éducation n’est pas aussi décisive qu’on le croit dans la guidance vers Dieu ? Peut-être que oui, dans le sens où si l’éducation peut donner ce qu’on appelle en islam des causes à la croyance en Dieu, seul notre Seigneur a en charge la guidée vers Lui, et il ne se sert pas que de l’éducation pour ce faire…Bref, les habitants de Tunis-Ouest (et de beaucoup d’autres secteurs du pays), lorsqu’ils croient, ne se servent pas forcément des leçons apprises à l’école pour grandir leur foi, ce qui constitue une radicale différence avec la France d’aujourd’hui, alors que la France d’Ancien Régime, dans laquelle la croyance en Dieu était naturelle, se rapprocherait plus de cet état d’âme tunisien.

Ces membres de la famille de ma mère, ils ont l’air fatalistes face au destin qui est le leur. C’est qu’ils ont compris le peu d’importance de cette vie d’aujourd’hui par rapport à celle de Demain. Ils ne font donc qu’avancer jusqu’à la mort, sans jamais en parler, car ils acceptent la sentence divine énoncée à l’avance à leur encontre. Attention ! Ils ne sont pas saints ces gens-là de Tunisie. Je les aime, mais parfois ils sont violents. Je les admire mais il leur arrive de mentir. Ils méritent peut-être que je les vouvoie, tant il se dégage d’eux une respectabilité inexprimable, mais ils usent et abusent de ce que j’appellerai des “techniques stratégiques de situations”, dignes des plus grands généraux, pour gérer leur quotidien et leur environnement social qu’ils cherchent à égayer.

Et ma venue dans cette circonstance, quelle aubaine ! Ainsi pour les enfants auxquels je ne souhaite qu’anticiper les demandes non encore exprimées faute d’avoir vaincu la barrière de la honte, ou encore pour les tantes qui tentent de m’attirer dans leur “tentes” (leur foyer nucléaire à l’intérieur de la maison-immeuble familiale), afin de me “tenter” dans l’accomplissement d’un rituel lorsqu’on est en visite familiale, le repas. Il faut en avoir des réserves pour pouvoir, de maisonnée en maisonnée, accepter tous les mets servis, toujours fortement épicés, traditions tunisiennes obligent !

Béja

Mais c’est déjà l’heure de s’en aller. Direction Béja, ville centre du Nord-Ouest tunisien de laquelle est issue la souche familiale paternelle. Avant de poursuivre, il faut que je vous raconte, chers lecteurs, mon épouse. Elle est ma cousine germaine, le plus sûr dépôt que j’ai envisagé, en mon sens, pour m’assurer un avenir stable et radieux. Cette certitude, je veux m’y accrocher du plus profond de mon âme, en me disant par la même occasion que Dieu Lui-même me l’a présentée à moi sous son nouveau jour d’épouse aimante après qu’elle fût, toutes ces années durant, une cousine espiègle et joueuse.

C’est donc naturellement que je me rends chez Nadia (c’est son prénom), pour passer ma première nuit tunisienne. Une aimable tribu que celle qui a vu naître et grandir Nadia. Ses parents, ce sont ma tante, demi-s½ur agnatique de mon père, et son mari qui, du piédestal sur lequel je l’avais placé, plus jeune, lorsqu’il dirigeait une équipe de contrôleurs dans une société régionale de transport en commun, ce qui lui valut d’ailleurs de faire passer sa famille ainsi que lui-même, d’une relative pauvreté à une tout aussi relative aisance, du piédestal donc sur lequel je l’avais placé, en est descendu pour tomber dans les profondeurs de la misère humaine, du fait d’une maladie terrassante. Celle-ci s’est manifestée subitement deux ans auparavant. Il en souffre énormément, est devenu faible et doit rester alité le plus clair de son temps, tandis que son épouse témoigne encore aujourd’hui devant Dieu et devant les hommes de son amour dévoué en lui prodiguant les soins nécessaires à son bien-être, si tant et qu’il y en ait une dans une telle convalescence qui n’en est plus une, lorsque l’on reste cloîtré chez soi avec une attente, non angoissante semble-t-il, de la mort. Elle a l’air plutôt sereine, cette attente, et laisse donc le loisir à ses innombrables filles, les s½urs de mon épouse, de mener une bonne vie conjugale en dehors du foyer familial.

L’homme de la maison, quant à lui, mon cousin, celui que j’ai toujours vu depuis mon enfance comme étant une créature n’étant jamais surpris des coups du sort de la vie et semblant avoir cette faculté de guider ses semblables vers le mieux par ses connaissances affectives de l’existence, n’est plus celui qu’il avait été. Père de famille, il s’occupe de son fils de quatre ans de manière admirable. Mais n’ayant pu trouvé une stabilité raisonnable dans cette Tunisie de la détresse, il ne peut faire guère plus que le traîner d’endroits en endroits de fréquentation. Lui apprenant sans doute ainsi les tours et détours à adopter ici-bas pour toujours réussir à s’en sortir, il ne lui permet pas de connaître le cadre adéquat à une croissance saine de corps et à une maturation profonde de l’esprit. Et il en est conscient…

Béja ! Une ville de l’hinterland tunisien, loin de la mer, loin du tourisme de masse, loin de tout ! Une position géographique, au sein d’une cuvette naturelle, qui se transforme en fournaise les journées d’été, ne laissant le vent pénétrer l’aire urbaine qu’après des détours obligés entre les sommets des montagnes et collines l’enserrant, donnant ainsi le temps au soleil de littéralement chauffer à blanc, de sa lumière aveuglante, tout mouvement d’air. A l’inverse, cette même position géographique accentue la fraîcheur de la nuit, lorsque les phénomènes venteux, prisonniers des parois de la cuvette, se laissent finalement littéralement tombés en son centre, permettant à l’homme de reposer son esprit devant l’édifiant plafond stellaire, magnifiquement décoré de multitudes d’étoiles scintillantes, ce qui en accentue ainsi la clarté éclatante.

Béja ! Une ville centre d’une campagne environnante située dans une région particulièrement importante pour le pays car lui fournissant une bonne part des stocks de céréales, de viande de mouton, de fruits et légumes et de tout un tas d’autres denrées alimentaires.

Béjà ! Il faut les voir ces collines, devenues nues et jaunies la récolte ayant été effectuée, s’étendre en pentes douces et harmonieuses autour de la ville, et que l’on peut observer grâce aux perspectives laissées par les interstices ouverts des rues et ruelles.

Béja ! Une ville à l’âme sans pareille. S’il existe un endroit en Tunisie qui garde ô combien vivaces ses traditions, ce serait la ville de mon père. L’une de celle-ci ? Ce que l’on nomme ici la ‘aguira, suite de cérémonies festives que l’on donne pendant l’un des moments de la célébration d’un mariage qui court, ici, sur plusieurs jours. Une troupe musicale composée d’un joueur de mezzoued, instrument traditionnel dont le son qui s’en échappe fait étrangement penser à la cornemuse écossaise, tandis que les deuxième et troisième des trois jouent du tambourin. Derrière eux, des animaux loués, le plus souvent un cheval orné de draps et monté d’un palanquin brodé de décorations colorées dans lequel prend place la future épouse. Un taureau, que l’on sacrifiera ensuite, accompagne le cortège, dans lequel on peut aussi y voir, appareillés d’une mode sans doute d’influence berbère, un chameau et/ou un âneton.

De ma vie, à chaque fois que j’ai assisté à l’une de ces fêtes données à même la rue, j’ai toujours eu du mal à contenir mes larmes, la vue de ce spectacle me transportant dans mon enfance lorsqu’en famille nous séjournions, le plus souvent possible, deux mois l’été en Tunisie . C’est comme si je dialoguais avec moi-même, plus jeune, à travers les âges. Et que l’enfant que j’étais, pourtant révolu à tout jamais comme s’il n’avait jamais existé sauf dans les souvenirs de ceux qui l’ont connu, me disait d’aimer ce qu’il ne savait pas encore apprécier à sa juste valeur, dénué qu’il était de la profondeur d’esprit que je tente de m’inculquer à moi-même. Un dialogue avec soi riche d’enseignements, forçant l’homme à se dire qu’il n’est non pas seulement ce qu’il est présentement, mais qu’il représente surtout une somme d’expériences le menant jusqu’à ce qu’il a atteint en degrés. Cependant, tout au long de sa vie, il reste de même nature : mortel sans savoir quand il quittera ce monde, il ne doit cesser de parfaire son horizon spirituel avant que de véritablement mourir. Une ‘aguira dit en effet tout cela à un homme déraciné qui l’a connue tout jeune…

Il est temps que je vous raconte le autres endroits du Nord de la Tunisie que j’ai sillonés, mon épouse m’accompagnant, grâce à ma voiture de location…

A suivre

Nawaat

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