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Françafrique - La valse des mallettes de billets

L’héritier de Jacques Foccart accuse. Robert Bourgi, le successeur du «Monsieur Afrique» du Général de Gaulle, fait des révélations fracassantes dans le Journal du Dimanche sur les financements occultes de chefs d’Etat africains dans la politique française.

Evoquant plusieurs millions, ce dernier cite les noms de Jacques Chirac et Dominique de Villepin auxquels il aurait remis en main propre les sommes en liquides:

«Pendant trente ans, Jacques Foccart a été en charge, entre autres choses, des transferts de fonds entre les chefs d’État africains et Jacques Chirac. Moi-même, j’ai participé à plusieurs remises de mallettes à Jacques Chirac, en personne, à la mairie de Paris.»

«Avant toute chose, je veux dire que je parle en mon nom personnel, je ne suis mandaté par personne», assure Robert Bourgi, qui est devenu proche de Nicolas Sarkozy à partir de 2005 après avoir été, selon ses propres dires, «brutalement [il m’a] chassé» par de Villepin.

A l’instar de son «maître» Jacques Foccart, Bourgi organisait et assurait les livraisons d’argent en mains propres.

«Il n’y avait jamais moins de 5 millions de francs (moins d'un million d'euros). Cela pouvait aller jusqu’à 15 millions. Je me souviens de la première remise de fonds en présence de Villepin. L’argent venait du maréchal Mobutu, président du Zaïre. C’était en 1995. Il m’avait confié 10 millions de francs que Jacques Foccart est allé remettre à Chirac.»

Après la mort de Foccart en 1997, le système perdure, les remises de valises n’ont jamais cessé avec Chirac et de Villepin:

«À l’approche de la campagne présidentielle de 2002, Villepin m’a carrément demandé "la marche à suivre". Il s’est même inquiété. C’est sa nature d’être méfiant. Je devais me présenter à l’Élysée sous le nom de "M. Chambertin", une de ses trouvailles. Pas question de laisser de traces de mon nom. Par mon intermédiaire, et dans son bureau, cinq chefs d’État africains —Abdoulaye Wade (Sénégal), Blaise Compaoré (Burkina Faso), Laurent Gbagbo (Côte d'Ivoire), Denis Sassou Nguesso (Congo-Brazzaville) et, bien sûr, Omar Bongo (Gabon)— ont versé environ 10 millions de dollars (environ 7 millions d'euros) pour cette campagne de 2002.»

Bourgi charge lourdement Dominique de Villepin qui aurait été régulièrement chargé de réceptionner les sommes versées dans des conditions parfois rocambolesques.

«Un soir, j’étais à Ouagadougou avec le président Blaise Compaoré. Je devais ramener pour Chirac et Villepin 3 millions de dollars. Compaoré a eu l’idée, "connaissant Villepin comme un homme de l’art", a-t-il dit, de cacher l’argent dans quatre djembés. Une fois à Paris, je les ai chargés dans ma voiture jusqu’à l’Élysée. C’est la seule fois où j’ai pu me garer dans la cour d’honneur! C’était un dimanche soir et je suis venu avec un émissaire burkinabais, Salif Diallo, alors ministre de l’Agriculture. Je revois Villepin, sa secrétaire, Nadine Izard, qui était dans toutes les confidences, prendre chacun un djembé, devant les gendarmes de faction… Les tams-tams étaient bourrés de dollars. Une fois dans son bureau, Villepin a dit: "Blaise déconne, c’est encore des petites coupures!"»

«Au total, après qu’il eut quitté l’Élysée, j’estime avoir remis à Villepin, en direct, une dizaine de millions de dollars. Et, outre cet argent liquide, je lui ai remis des "cadeaux"…»

Des cadeaux personnels dont Jacques Chirac aurait aussi profité selon Bourgi. 

Lu sur JDD