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Vu de Tunisie : pourquoi Boutef’ joue les pacificateurs

Dépoussiérée l'histoire commune de l'Algérie et de la Tunisie. Réactivés les accords bilatéraux endormis. La sécurité à la frontière justifie tous les moyens. Regards tunisiens sur une médiation algérienne. 1-Parce ce que la situation à la frontière est préoccupante La crise intérieure en Tunisie ne doit pas être dissociée de la situation sécuritaire à la frontière. Comme le rappelle Fayçal Shérif, historien et spécialiste des questions militaires et stratégiques à l'université de la Manouba à Tunis, «la situation politique a des répercussions directes sur la sécurité à la frontière avec l'Algérie mais aussi avec la Libye». L'Algérie, qui mobilise ses hommes sur 1400 km de frontière avec le Mali, 1000 avec le Niger, 600 avec la Mauritanie, et a toutes les peines à trouver un interlocuteur en Libye pour enrayer le trafic d'armes et organiser la lutte antiterroriste sur 1000 autres kilomètres, a tout intérêt à entretenir de bonnes relations avec la Tunisie, «le seul pays de la région, finalement, avec qui elle s'entend le mieux», poursuit l'historien. Voilà pourquoi les accords sécuritaires et économiques bilatéraux, endormis depuis des années, ont été réactivés. L'ambassadeur algérien à Tunis, Abdelkader Hadjar, l'a dit dans El Khabar en début de semaine : «Nous ne cherchons pas à nous ingérer dans les affaires internes de la Tunisie, mais notre intérêt tient au fait que c'est un pays voisin et que nous avons en commun un problème de sécurité à la frontière.» La journaliste tunisienne Assia Akrouf reconnaît : «Nous avons beaucoup à apprendre de l'expérience algérienne en matière de lutte contre le terrorisme», tout en modérant : «Mais la solution à la crise que nous traversons ne peut venir que de la Tunisie et des Tunisiens. Elle ne viendra ni du Qatar, ni des Etats-Unis, ni de l'Algérie.» 2-Parce ce qu'il connaît bien BCE et Ghannouchi «Les deux pays, d'abord, ont des liens historiques. L'Algérie n'oubliera jamais la position tunisienne pendant la Révolution et même avant, ni pendant la décennie noire, rappelle Faysal Shérif. Il existe, ensuite, une relation particulière entre Béji Caïd Essebsi et Abdelaziz Bouteflika, qui sont quasiment de la même génération (le premier a 87 ans, le second, 76, ndlr). En mars 2011, le chef de l'Etat algérien avait donné à celui qui était à l'époque Premier ministre du Gouvernement provisoire tunisien, un chèque de 100 millions de dollars. Quelles qu'aient été les sympathies de Ghannouchi avec le FIS, Bouteflika connaît aussi le leader d'Ennahdha depuis longtemps, quand il était en exil à Londres.» Pour l'historien, il ne faut pas sous-estimer la dimension affective de la relation entre Bouteflika et la Tunisie. Le porte-parole de Nidaâ Tounes, Lazher Akremi, parle d'ailleurs de «l'Algérie grande s½ur, qui peut rapprocher les positions des uns et des autres».  «Il a longtemps vécu dans notre pays et il a du crédit auprès des Tunisiens.» «Il est clair que si Ghannouchi est venu pour ''rassurer'' Bouteflika, Essebsi est venu auprès de lui chercher un appui», note pour sa part Sana Farha. C'est en partie pour cette raison que la classe politique tunisienne, «qui pensait réellement que Bouteflika pouvait être le garant d'un accord entre les deux parties, a été deçue de voir qu'il s'agissait davantage d'une visite de courtoisie que d'une véritable tentative de conciliation», note Mourad Sellami, notre correspondant à Tunis. 3-Parce ce que l'Algérie joue une carte diplomatique importante Si en Tunisie, il est connu que ce n'est pas la Présidence qui gère le dossier sécuritaire mais le DRS, la classe politique se prête «au jeu diplomatique». «Car il faut bien que cette coopération soit incarnée par des hommes», analyse Faysal Shérif. Selon les observateurs tunisiens, l'Algérie sait aussi très bien quel est l'enjeu géostratégique de cette médiation et son intérêt à occuper la place pour ne pas en laisser au Qatar. Abdelkader Hadjar mène sur place d'intenses discussions avec des dirigeants de plusieurs partis politiques tunisiens ainsi qu'avec des représentants d'organisations de la société civile. «Je ne pense pas que le Qatar sera amené à jouer un rôle déterminant au Maghreb dans les années à venir, nuance Alaya Allani, spécialiste de la question islamiste au Maghreb. En revanche, l'Algérie et la Tunisie, en renforçant leur coopération militaire, apparaissent comme des partenaires privilégiés pour contrôler les mouvements djihadistes, surtout face au maillon faible qu'est la Libye.» Mohamed Bouebdelli, président du Parti républicain maghrébin, ajoute : «La Tunisie a beaucoup perdu de ce qu'elle a construit pendant soixante ans et pour nous, un sursaut national s'impose. Un dialogue national, voire international, doit s'ouvrir et je suis ravi que le président Bouteflika soit un intermédiaire. Nous ne voudrions pas que la Tunisie connaisse ce que l'Algérie a subi pendant la décennie noire.» Pour Sana Farhat, militante, «on peut dire que cette médiation a été bien accueillie avec des réserves qui ne sont pas liées à l'Algérie. Déjà, nous n'avions pas apprécié que la première rencontre entre Essebsi et Ghannouchi se tienne à Paris cet été.»

El Watan

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