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Trois questions d’El Watan aux directeurs de parcs nationaux

Tayeb Kerris. Directeur du Parc national de Gouraya (Béjaïa) : «Les parcs nationaux sont en difficulté à cause de leur mode de gestion»     - Les premiers parcs nationaux algériens voient le jour en 1983 à la faveur de la première loi sur l'environnement du 5 février 1983. Quel bilan faites-vous de ces 30 années d'existence par rapport aux objectifs assignés aux parcs nationaux ?   Les parcs nationaux n'ont pas réussi à ce jour à atteindre l'objectif principal qui leur a été assigné, à savoir freiner les dégradations causées à la biodiversité. Le couvert végétal, toutes espèces confondues, a considérablement diminué par le fait des incendies à répétition et les défrichements licites ou pas. A cela est venue s'ajouter la fréquentation par le public, en progression constante, devenue une problématique source de dégradations multiples et tout particulièrement les ordures. La présence de carrières, de décharges publiques et l'extension anarchiques des zones d'habitation ont accentué la dégradation de l'écosystème, notamment des paysages d'une grande valeur esthétique.   - Comme partout ailleurs dans le monde, on n'arrive pas non plus en Algérie à enrayer l'érosion de la biodiversité. Quelles sont les pertes, les dégradations les plus importantes constatées dans le parc ?   Avec les plans de gestion qui constituent un acquis majeur, les Parcs nationaux pourront jouer un rôle plus important en tant que zones-pilotes pour la conservation, la mise en valeur et le développement de la biodiversité en Algérie. A la condition que les moyens nécessaires leur soient accordés et leurs énormes besoins en formation spécialisée satisfaits.   - Quelles sont, selon vous, les raisons pour lesquelles les parcs nationaux rencontrent tant de difficultés pour s'affirmer comme instrument d'aménagement du territoire pour la conservation de la nature ?   Les Parcs nationaux rencontrent d'énormes difficultés dans leur gestion à cause du manque de moyens juridiques, humains et matériels.     Kaddour Hacène. Directeur du Parc national de Taza (Jijel) : «Il y a d'abord une absence totale de culture environnementale»     - Les premiers parcs nationaux algériens voient le jour en 1983 à la faveur de la première loi sur l'environnement du 5 février 1983. Quel bilan faites-vous de ces 30 années d'existence par rapport aux objectifs assignés aux parcs nationaux ?   La stratégie de gestion a bien évolué ainsi que la dotation en moyens matériels et humains. L'élaboration des plans de gestion - le quatrième du genre est en cours - a permis la révision continue de la gestion et l'amélioration des plans d'action quinquennaux. Actuellement, notre approche, qui se veut participative, mise sur le principe «gagnant-gagnant» pour l'adhésion des populations du parc, des partenaires sectoriels et des réseaux sociaux à la gestion de ce territoire. Pour mémoire, le 28 août 1923 est la date du premier arrêté gouvernemental de création du parc national de Dar El Oued et Taza, modifié par celui du 3 septembre 1927.   - Comme partout ailleurs dans le monde, on n'arrive pas non plus en Algérie à enrayer l'érosion de la biodiversité. Quelles sont les pertes, les dégradations les plus importantes constatées dans le parc ?   Au PN Taza, il y a une amélioration des données sur la biodiversité. Nous avons dénombré à ce jour 1765 espèces alors qu'il n'y en avait que 760 de connues au moment du classement. Nous progressons sur la connaissance de la biodiversité,  notre biodiversité, sans pour autant signaler des pertes. Le lynx, par exemple, est supposé disparu alors qu'il est signalé dans l'ouest de la wilaya, y compris au PN Taza. La connaissance de la biodiversité est un travail colossal que nous essayons d'assurer avec nos partenaires universitaires, les laboratoires de recherche et les études menées dans le cadre de l'élaboration des plans de gestion.   - Quelles sont, selon vous, les raisons pour lesquelles les parcs nationaux rencontrent tant de difficultés pour s'affirmer comme instrument d'aménagement du territoire pour la conservation de la nature ?   Il y a d'abord une absence totale de culture environnementale en Algérie. Ensuite, les activités autorisées ou tolérées par le plan de gestion doivent être accompagnées de projets alternatifs générateurs de revenus pour les riverains. On doit pouvoir assurer le retour économique en valorisant les produits écologiques tels que les paysages ou les produits de terroir pour l'écotourisme. Les autres partenaires sectoriels doivent comprendre et intégrer ces mécanismes et ces concepts. Il y a un processus de consultation, de concertation et de formation qui est lancé au PN Taza.   - Est-ce que l'intégration de la zone marine au Parc national de Taza est un avantage national et ou régional et pensez-vous que son classement est imminent ?   L'importance avérée du patrimoine écologique, paysager et marin qui vient compléter celui de la partie terrestre fait que le parc a imposé sa valeur à l'échelle méditerranéenne. Le PN Taza a avancé sur le projet de classement, qui bute maintenant sur la mise en place des commissions nationale et de wilaya qui doivent valider le classement.

El Watan

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