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La lente agonie des parcs nationaux

Ballottés cycliquement entre la Direction générale des forêts, le ministère de l'Agriculture, le ministère de l'Environnement et le ministère de la Culture, les parcs nationaux se perdent dans les méandres de leur non-gestion par l'Etat. Un patrimoine inestimable tombe en désuétude dans la quasi-indifférence générale. Depuis 1983, avec la promulgation de la première loi sur l'environnement (5 février 1983), l'Algérie s'est pourvue de 11 parcs nationaux dotés de statuts et de structures de gestion. Ils totalisent un peu plus de 53 218 237 ha, soit 23,75% du territoire national, dont 53 000 000 ha pour les deux seuls parcs sahariens du Tassili et de l'Ahaggar, soit 23,68% de l'Algérie, ce qui laisse à peine 0,08% pour les parcs du Nord, y compris le dernier-né, Djebel Aïssa, dans l'Atlas saharien, au nord-est de Aïn Sefra (Naâma). Classé en 2003, la structure de gestion de Djebel Aïssa tarde à venir et c'est la Conservation des forêts de Naâma qui le gère à distance. Les parcs du Nord, à prédominance forestière, sont un peu perdus en ce moment entre la Direction générale des forêts, le ministère de l'Agriculture et, à un moindre degré, le ministère de l'Environnement. Les parcs nationaux sahariens relèvent, eux, du ministère de la Culture pour l'immense patrimoine culturel qu'ils renferment. Ils sont tous, malgré leur différence biogéographique, leur imbroglio institutionnel et leur organisation interne issus du même texte de création : le décret n° 83-458 du 23 juillet 1983 fixant le statut-type des parcs nationaux. Il y a tout juste 30 ans. Les aires protégées, dans lesquelles figurent en tête les parcs nationaux à côté de toute une panoplie d'autres espaces protégés (réserves, zone sauvages et autre aires naturelles) existaient chez nous bien avant 1983. Un siècle avant la colonisation française, les premiers explorateurs européens avaient préconisé de protéger des sites, parmi lesquels celui d'El Kala, où ils parlent d'un «pur émerveillement». L'administration coloniale ne se décidera qu'en 1912 à lancer un réseau d'aires protégées avec, entre 1924 et 1932, la création de 14 parcs nationaux où seront menées quelques opérations de conservation comme la mise en défens. Ils seront déclassés à l'indépendance. Mais à quoi correspond un parc national et que se cache-t-il derrière cette dénomination ? Pendant longtemps les concepts, les définitions et les caractéristiques ont été laissés aux promoteurs, qu'ils soient publics et gouvernementaux, ou aux fondations et organismes privés. Il y en a d'immensément vastes et des minuscules, selon la superficie des pays et dans lesquels on peut exercer toutes sortes d'activités ou, à l'opposé, y interdire toute présence humaine. 3181 aires protégées en 2003 En 2003, la liste des Nations unies comptait plus de 100 000 aires protégées dans le monde dont 3181 parcs nationaux qui couvraient une superficie égale à celle de l'Europe, soit près de 5 millions de kilomètres carrés. C'est à cette date aussi que l'Union internationale pour la conservation de la nature a jugé utile de mettre de l'ordre en proposant une classification des aires protégées en 7 catégories. Le Parc national, qui vient en troisième position après les Réserves intégrales, prend la définition d'«une aire protégée gérée principalement dans le but de protéger les écosystèmes et à des fins récréatives. C'est une portion de territoire classée par décret à l'intérieur de laquelle la faune, la flore et le milieu naturel en général sont protégés des activités humaines. Leur intérêt peut être aussi touristique. Les parcs nationaux partagent en fait la mission de protéger la nature sauvage pour la postérité et comme un symbole de fierté nationale» (UICN 2003). La première réserve est née aux Etats-Unis où Abraham Lincoln déclare, le 30 juin 1864, terrain public inaliénable la vallée du fleuve Yosémite en Californie. Cependant, c'est Yellowstone, créé le 1er mars 1872, toujours aux USA, qui doit être considéré comme le premier parc national au monde. Il a été suivi par le Parc national royal australien en 1879. En 1983, les parcs nationaux algériens avaient pour missions «la conservation de la faune, de la flore, du sol, du sous-sol, de l'atmosphère, des eaux, des gisements de minéraux et de fossiles et en général tout milieu présentant un intérêt particulier tels la préservation de ces milieux contre toutes les interventions artificielles et les effets de dégradation naturelle susceptible d'altérer son aspect, sa composition et son évolution et l'initiation et le développement d'une infrastructure touristique dans la zone périphérique. Ils sont en outre chargés d'observer et d'étudier le développement de la nature et de l'équilibre écologique et de coordonner toutes les études entreprises au sein du parc». Depuis février 2011, la nouvelle loi 11-02 relative aux aires protégées dans le cadre du développement durable indique que «le parc national est un espace naturel d'intérêt national institué dans le but de protéger l'intégrité d'un ou de plusieurs écosystèmes. Il a pour objectif d'assurer la conservation et la protection de régions naturelles uniques, en raison de leur diversité biologique, tout en les rendant accessibles au public à des fins d'éducation et de récréation». La différence ? Pas évidente ! Le premier texte est plus ferme sur les interventions et donne de la contenance à la dégradation, en nommant sans détour toute forme d'altération des milieux naturels. Le second introduit la notion écologique d'intégrité des écosystèmes, mais sans aller jusqu'à celle, juridique, de l'intégrité du territoire qui marque bien, elle, sa différence en matière d'aménagement du territoire. Dans les faits, et pour se conformer à un modèle international, le nouveau texte réduit à trois le nombre de types de zones d'un parc national alors que l'ancien texte les avait fixées à cinq. Des études sont d'ailleurs en cours pour actualiser le zonage de certains parcs algériens. Plusieurs espèces disparues Cependant, ce qu'il faut retenir de cette révision imposée par les lignes directrices de la Convention sur la biodiversité (CDB), c'est la réaffirmation que les parcs nationaux sont les seuls lieux de conservation dite in situ  (sur site) de la diversité biologique. C'est dire tout le rôle qu'ils jouent pour l'avenir de l'humanité. C'est ce que rappelle avec force un rapport du ministère de l'Environnement qui indique qu'«en matière de conservation de la nature, les parcs nationaux constituent l'ossature fondamentale de la conservation in situ». Mais que s'est-il vraiment passé durant ces trente ans ? Indéniablement, de gros efforts ont été déployés pour développer les structures technico-administratives qui ont été renforcées en moyens humains et financiers et encadrées par de la réglementation, de la formation, de la recherche scientifique et de la sensibilisation. «Mais pendant le même laps de temps s'est opérée une régression généralisée de la biodiversité. Notre patrimoine naturel a été dilapidé par la dégradation des milieux avec les incendies de forêts, le surpâturage, l'urbanisation anarchique et la pollution», note un rapport d'expertise du ministère de l'Aménagement du territoire, de l'Environnement et de la Ville (Matev 2009) sans donner plus de détails sur les espèces disparues, même s'il est une évidence que la disparition des habitants entraîne systémiquement celle des espèces qu'ils abritaient. Sur le plan institutionnel, les PN, qui sont des établissements publics à caractère administratif (sauf les parcs sahariens qui sont passés «office» en 1987), sont écartelés entre plusieurs clochers même s'ils ont officiellement une seule tutelle. En effet, la biodiversité est gérée sans coordination officielle et souvent en conflit par le ministère de l'Agriculture, la Direction générale des forêts (DGF), l'Agence nationale de la nature (ANN) dans un secteur et le Matev avec le Centre national de développement des ressources biologiques (CNDRB) et la direction générale de l'environnement (DGE) dans un autre. Ainsi, les parcs nationaux semblent avoir atteint l'objectif principal qui leur a été assigné, à savoir freiner les dégradations causées à la biodiversité, soulignent encore des expertises des deux camps, Agriculture et Environnement, avec comme arbitre ceux de la Recherche scientifique. Et dans ce registre, les universitaires aiment à rappeler que le seul et formidable acquis des parcs nationaux est immatériel avec le nombre de travaux de recherche, mémoires d'étudiants, thèses et études qui y ont été menés et de la sorte faire considérablement progresser les connaissances. Les perspectives d'avenir sont nombreuses, mais taxées d'ambitieuses au vu des conditions organisationnelles et institutionnelles, pour ne pas dire de gouvernance, qui caractérisent notre pays et sans lesquelles tout projet d'avenir qui table sur la durée est oblitéré. Il y a des politiques, des stratégies, des programmes, des plans et des actions projetés, mais tous exigent un strict respect des mesures édictées et de la réglementation, mise à mal comme dans le cas le plus connu : celui de l'autoroute qui traverse le Parc national d'El Kala.                 

El Watan

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