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Centrafrique: des paysans en armes face aux anciens rebelles Seleka

Armés de fusils artisanaux, de machettes, ou de simples gourdins, ils se disent prêts à "mourir" pour défendre leurs villages : exaspérés par les exactions sans fin des combattants de l'ancienne rébellion Séléka, des paysans ont formé des groupes d'auto-défense près de Bossangoa, dans l'ouest de la Centrafrique.

"Nos femmes et filles sont violées (...) Ils nous ont tout pris, même nos semences, et on n'a plus rien à manger. Nos enfants n'ont pas d'eau potable. Nous vivons dans la brousse comme des animaux", raconte à l'AFP, la voix mêlée de colère et de peur, un de ces villageois - sous couvert d'anonymat - qui a rejoint un "groupe d'auto-défense" formé par des paysans.

Bossangoa est la région d'origine de l'ex-président François Bozizé, renversé le 24 mars par les rebelles de la coalition Séléka dirigée par Michel Djotodia, qui a pris le pouvoir. Depuis, les témoignages d'exactions perpétrées par les ex-rebelles ne cessent de s'accumuler et vendredi le nouveau président a ordonné la dissolution immédiate du Séléka.

Mais à Bossangoa et dans ses environs, les combattants étaient toujours bien présents en début de semaine.

"Nous souffrons sur notre propre terre et nous ne pouvons tolérer cela, c'est pourquoi nous nous sommes révoltés. On combat les éléments du Séléka, et même tout de suite on vient de les mettre en déroute. On veut le retour de l'ancien président", ajoute le paysan de ce groupe d'auto-défense, surnommés les "anti-balaka" ("anti-machette").

Depuis dix jours, la région de Bossangoa vit sous haute tension. Les 8 et 9 septembre, des affrontements entre des forces du nouveau régime et des partisans auto-proclamés du président déchu avaient déjà fait près de 100 morts, selon la présidence.

Selon les ONG humanitaires environ 18.000 personnes ont fui leurs villages pour se réfugier dans la ville de Bossangoa.

Règlements de compte religieux

Les rues de la ville sont désertes. Certains quartiers du centre dévastés. Les toits des maisons ont brûlé, témoignant des dernières violences qui s'y sont déroulées. Livrés à eux-même, les habitants se sont terrés.

Les réfugiés chrétiens occupent l'église catholique, les musulmans l'école. Les éleveurs peuls de la région, musulmans eux-aussi, ont choisi de rester à l'écart et se sont rassemblés sur l'aérodrome.

Car le conflit tourne au règlement de compte entre les chrétiens et la minorité musulmane. D'un côté, les Séléka - dont le chef Michel Djotodia est le premier président musulman du pays - sont accusés de violences et de pillages sur une population locale très majoritairement chrétienne.

De l'autre, milices pro-Bozizé et les groupes d'auto-défense, dont beaucoup appartiennent à l'ethnie gbaya comme l'ex-président, se vengent sur les familles musulmanes.

Ils n'hésitent plus non plus à tendre des embuscades aux combattants Séléka le long de la route menant à Bangui.

"Il s'agit d'un ras-le-bol des uns et des autres qui se déploie à travers des groupes d'auto-défense. Ils n'ont pas beaucoup d'armes (...) mais il va falloir entrer en dialogue avec eux, donner l'opportunité à tous ces gens là de s'exprimer", explique à l'AFP l'archevêque de Bangui, Mgr Dieudonné Nzapalainga, qui s'est rendu dans la région.

"Qu'on arrête de les piller, qu'on arrête de les voler, qu'on arrête de les maltraiter, de les humilier", plaide-t-il. Mais il n'a guère d'interlocuteurs en face de lui. Il n'y a plus aucune autorité civile dans la ville. 

L'impossible tâche des humanitaires

Le seul chef de la place est le commandant local des Séléka, le "colonel" Mahamat Salleh. Il menace de conduire de nouvelles représailles: "les militaires vont prendre leurs responsabilités pour mettre un terme à ces excès de zèle de ces groupes armés". Il dit avoir perdu la trace d'environ 500 de ses hommes, sur les 1.200 combattants sous ses ordres.

Les humanitaires qui n'ont pas fui se disent débordés par le nombre de cadavres et de réfugiés. "Nous avons trouvé beaucoup de corps dans la brousse, dans des maisons abandonnées, dans la rivière", explique le président de la Croix-rouge à Bossangoa, David Namgbeama, précisant qu'ils ont déjà inhumé une centaine de civils.

"Notre base a été complètement pillée, nos matériels emportés, même les sacs avec lesquels nous enterrons les morts et les brancards", ajoute-t-il.

Selon lui, de nombreux morts "servent de nourriture aux porcs parce qu'on n'a pas pu travailler à cause des menaces des éléments du Séléka (...) Quand on sillonne la ville à la recherche des corps pour inhumer, ces éléments nous menacent, ou tirent parfois sur nous".

AFP

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