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Une lettre au Maroc

Par Leila Zizi

 

Cher pays,
Aujourd’hui je t'écris cette lettre car je ne sais plus où donner de la tête. Je ne sais plus à qui m’adresser et je ne sais plus par où commencer.
Apres un voyage d’un mois à perdre dans des villes d’autres pays. Je reviens, à peine le temps de sentir ta poussière que je suis dégoûtée.
En arrivant, j’apprends qu’une personne très chère a passé 48 heures dans un commissariat et qu’elle se présente dans les jours qui viennent devant le procureur car elle a osé être avec son « ami », « copain », fiancé, … (je m’en fous de l'appellation), un homme en pleine journée et en présence d’une troisièmement personne, dans un appartement.
Je pense que c’est comme ça que tu fous la vie de tes enfants en l’air. Tu as ce don de t’attarder sur des futilités et une humilité à considérer ton temps comme dérisoire.

A peine sorti dans la rue, le jour de mon arrivée, j’essaye de traverser une double voie.
Je dis « j’essaye » car j’ai cherché un passage piéton sur le 2eme plus grand boulevard de Kenitra en vain. Alors, je reprends mes leçons d'école et je regarde à droite et à gauche. Une bicyclette venant de gauche, sur une voie sensée ramener les voitures de droite, me percute. Le conducteur a le culot d’hausser le ton et m’engueuler.
Une voiture de police était de passage, -je ne sais pas quel miracle- je l’arrête et je décide de porter plainte. La foule se constitue, et quand je me retourne pour demander qui avait vu ce qui s'était passé, car j’avais besoin de témoins, la foute regarde le ciel, et un homme me réponds: « on ne peut pas lui faire ça, il a des enfants ».

Alors, cher Maroc, tu fais passer devant un procureur une femme qui a commis le crime d'être avec amis chez elle, et n’est pas criminel un homme qui blesse une femme sur la voie publique et qui l’insulte.

Maroc, il a suffi que je passe encore quelques jours dans tes bras pour en apprendre des choses. J’ai appris que ton roi avait offert au maliens un service de chirurgie.
Ne penses-tu pas, naïvement que tes enfants, tes adultes et tes seniors en ont plus besoin que des relations bilatérales.

J’ai appris aussi, que la synagogue de ma ville est mise en vente. Le seul édifice qui rappelle aux gens qu’ils ne sont pas seuls sur terre. Car je te signale que cette ville, n’abrite aucune salle de théâtre, aucune salle de cinéma, aucune maison d’art, … RIEN.

Et aujourd’hui, j’apprends que tu mets en prison un journaliste qui a publié une vidéo existante. Un journaliste qui a publié une vérité. Une vérité qui ne te plait pas, certes. Je te signale que tu mets derrière les barreaux un homme qui a fait son travail.

Aujourd’hui si je te raconte mes maux, c’est pour que tu comprennes pourquoi je ne t’aime plus.
Que je n’arrive plus à t’aimer. J'ai même commencé à te haïr. Je te hais depuis que ta matraque a atterrit sur mon dos, je te hais au point de vouloir vomir ton amour. Car je te hais d’amour.

Cordialement

 

Lien vers le blog de Leila Zizi

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