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L’Office central de lutte contre la corruption s’en mêle

Créé par décret présidentiel en décembre 2011 et lancé effectivement en mars 2013 à la suite de l'ouverture de son siège à Hydra, l'Office central de répression de la corruption (OCRC) a inauguré ses activité avec l'ouverture du dossier Sonatrach «pour lequel il s'est autosaisi, à la lumière de toutes les révélations publiques ayant alimenté la presse nationale et internationale sur le sujet», apprend-on de source sûre. Depuis début juillet dernier, de nombreux cadres dirigeants de Sonatrach ont été entendus par les enquêteurs sur la gestion de tous les contrats signés durant les mandats de Chakib Khelil en tant que ministre de l'Energie et en tant que président-directeur général de la compagnie. L'intérêt porte sur de nombreux contrats, notamment celui lié à la construction d'installations de traitement du gaz naturel à Rhourde Nouss (Adrar) confié au groupe canadien SNC-Lavalin, dont le chef de projet a été également entendu. Selon nos sources, les enquêteurs ont auditionné l'ancien PDG de Sonatrach, Mohamed Meziane, placé sous contrôle judiciaire dans le cadre de l'affaire Sonatrach 1 actuellement pendante au niveau de la Cour suprême, mais aussi son successeur et de nombreux anciens et actuels vice-présidents du groupe pétrolier algérien. Ayant fait l'objet de mandats de dépôt, certains d'entre eux ont été entendus par les membres de l'OCRC à l'intérieur de la prison où ils sont détenus. Les questions allaient dans le détail des conditions dans lesquelles les marchés ont été attribués à SNC-Lavalin, Saipem-Eni, mais aussi à d'autres sociétés ayant joué le rôle de sous-traitants, comme ce fut le cas d'Orascom ou encore de l'énigmatique groupe OGEC, sur lequel plane l'ombre de Chakib Khelil. Les «fuites organisées» de la justice italienne sur le dossier Saipem-ENI, en instruction au tribunal de Milan ont fait état de transactions délictueuses impliquant deux sociétés syriennes avec lesquelles Saipem a sous-traité, pour 1,5 milliard d'euros, les travaux que lui avait confiés Sonatrach en Algérie. Ces sociétés sont Lead et Ouais. «Lead est un groupe syrien qui a obtenu une commission de 850 millions d'euros versée par Saipem en Algérie. Et Ouais, qui était à la base une simple et petite société familiale de construction jusqu'en 2006, s'est subitement transformée, en 2007-2008, en société de grande envergure, à savoir Ouais Group Engineering and Contracting (OGEC), groupe d'ingénierie pétrolière basé à Dubaï et Beyrouth. Ce groupe a encaissé 623 millions d'euros de Saipem en Algérie. La moitié du capital d'OGEC appartient aux frères Bassam et Ghassam Ouais, 48% sont inscrits au nom du trésorier, prête-nom habituel de Farid Bedjaoui. Et les 1% restants appartiennent au directeur financier d'OGEC, un Italien ancien dirigeant de Saipem», ont révélé des sources judiciaires italiennes à la presse locale. En Algérie, le groupe OGEC, représenté par une jeune femme qui, dit-on, était très proche de l'ancien ministre, domicilié au Liban et à Malte, roulait sur un tapis rouge dans le secteur de l'énergie. Il était appuyé par l'ex-ministre en personne, dit-on, qui l'imposait en tant que sous-traitant à nombre de sociétés étrangères ayant décroché des contrats. Ce fut le cas d'ailleurs avec Saipem, qui procédait à des supposées surfacturations pour intégrer les commissions versées directement à Farid Bedjaoui et rapatriait l'argent de la corruption en Italie. Un «puzzle gigogne» que l'OCRC tente de reconstruire depuis déjà deux mois. Pour nos sources, il ne s'agit nullement d'un empiètement sur les prérogatives du juge d'instruction chargé du dossier au pôle pénal d'Alger, mais plutôt d'une complémentarité dans l'effort de recherche de la vérité. Le règlement qui régit cet organe permet à ses membres de s'autosaisir en exploitant les informations rapportées par la presse ou par d'autres sources, comme il peut être saisi par l'IGF, la CTRF, les services de police ou les citoyens. Il est formé par des officiers de police judiciaire, des magistrats, des greffiers et des représentants de plusieurs autres administrations. Dirigé par l'ancien procureur général d'Alger, Abdelmalek Sayeh, l'organe a pour mission la collecte, la centralisation et l'exploitation de toute information relevant de son champ de compétence, la conduite des enquêtes et la recherche des preuves sur les faits liés à la corruption. Dans le cadre de la sécurité financière, l'OCRC travaille en concertation et en coordination avec les autres organes de contrôle, tels la Cellule de traitement du renseignement financier (CTRF), l'Inspection générale des finances (IGF) et les Commissions nationales des marchés. «Son enquête sur l'affaire Sonatrach serait, selon des sources au fait du dossier, très avancée et les premières conclusions pourraient tomber dans les semaines à venir.»  

El Watan

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