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Sénégal: en Casamance, la mangrove reboisée fait revenir la faune

Des crabes zigzaguent entre les trous et racines des palétuviers dans une forêt touffue au bord du fleuve en Casamance, dans le sud du Sénégal, sur un site où le reboisement de la mangrove fait revivre la faune.

"Tout ce que vous voyez là a été replanté. Avant 2006, il n'y avait pas un seul arbre", affirme le militant écologiste et ministre sénégalais Haïdar El Ali, à Tobor, un village proche de Ziguinchor, principale ville de Casamance.

Il montre des palétuviers en échasse bordant une rive du fleuve Casamance que son association, l'Océanium, a replantés. Objectif: faire revenir ces arbres de mangrove qui, selon les spécialistes, sont en recul avec les "coupes abusives, la sécheresse et la salinisation".

A Diakène Diola, village proche de la Guinée-Bissau voisine, "il n'y avait plus rien depuis les années 1960-1970. La replantation a ramené la mangrove", indique Siméon Diatta, le chef du village en désignant la verdure près du fleuve.

A quelques encablures de là, un autre village: Diakène Ouolof. Là aussi, "tout était mort", dit Mariama Tine, une habitante.

Depuis 2006, le reboisement a fait renaître 12.000 hectares de mangrove au Sénégal, dont l'essentiel en Casamance, mais aussi dans le nord et le centre du pays, selon les chiffres officiels.

"Je suis frappé du succès extraordinaire que représente cette initiative. C'est l'endroit au monde où on a le plus replanté de mangrove. C'est l'équivalent de 24.000 terrains de foot sur l'ensemble du Sénégal et plus que la superficie de la ville de Paris", a affirmé le ministre français chargé du Développement, Pascal Canfin, qui a visité des sites de reboisement en Casamance vendredi.

"Un patrimoine des villageois"

 

"Avec le reboisement de la mangrove, la faune est revenue", fait remarquer Albert Seydi, un responsable local de l'Océanium à Tobor.

"Avec le retour de la mangrove, on pêche beaucoup de poissons et d'huîtres. Les femmes les revendent et gagnent beaucoup d'argent", avance Siméon Diatta, de Diakène Diola.

"La mangrove a arrêté l'avancée du sel (en faisant barrage à l'eau salée) et nous avons pu récupérer des rizières. Auparavant, on n'avait pas de poissons mais on commence à en avoir et avec beaucoup d'huîtres et d'arches", des espèces récoltées et ensuite commercialisées par les femmes, explique Mariama Tine de Diakène Ouolof.

Cette initiative "est un modèle pour le Sénégal, l'Afrique et le monde. C'est à la foi de la protection de l'environnement et du développement économique", estime M. Canfin.

La mangrove, des végétaux se développant en milieux maritime et fluvial, est importante pour la reproduction de la faune aquatique et pour l'approvisionnement en produits forestiers et halieutiques.

Pour Mamadou Faye Badji, gardien de mangrove à Tobor, cet écosystème est aussi utile pour le culte: "Chez les diolas (une des principales ethnies de Casamance), les totems sont dans la forêt. Si les forêts ne sont pas denses, ils ne vont pas rester".

"La mangrove est devenue le patrimoine des villageois qui dénoncent les pilleurs auprès de la gendarmerie", affirme Haïdar El Ali, ministre de la Pêche.

Mais "les dégâts sur la mangrove sont énormes. Ce qui reste à faire est important mais c'est un travail continu", dit un responsable local du ministère de l'Environnement sous couvert d'anonymat.

Le long de la route menant vers la vallée de Marsassoum, une zone voisine de Ziguinchor, et tout autour des casiers agricoles, pour la culture du riz, dont la culture est séculaire dans la région, des souches de palétuviers abondent.

Si le reboisement de la mangrove fait revivre la faune, certains estiment qu'il détruit la riziculture.

L'enseignant Pape Chérif Bertrand Bassène se demande s'il faut se féliciter du "travail écologique" avec ce reboisement ou "renvoyer" ses initiateurs à leur "méconnaissance des traditions (locales) qui résulte en une politique qui fait violence à cette civilisation du riz", dans une tribune au journal sénégalais Le Quotidien.

Selon lui, ce reboisement "a pour conséquence inéluctable la désaffection des jeunes Casamançais à l'égard des activités traditionnelles comme la riziculture" et fait revenir la mangrove que les populations locales "ont toujours abattues pour les transformer en rizières".

 

AFP

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