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Le Sénat dans l'impasse : Et si Tiao et Bongnessan tiraient les conséquences ?

Cette fois-ci, le Blaiso national ne veut pas de la césarienne pour faire naître le Sénat. Les marches et contremarches, les levées de boucliers des évêques, le boycott de son allié l'ADF/RDA, les pressions d'anciens camarades ont fini par le dissuader d'un forcing. Et c'est tant mieux pour la paix sociale et la cohésion nationale. Seulement, il hésite encore à renoncer totalement au projet. Il continue de demander au gouvernement de « poursuivre les négociations » avec les toutes composantes de la société. Et si le problème est aussi l'incapacité de ce gouvernement à convaincre avec son machin de Sénat ?

En effet, depuis le lancement des fameuses réformes proclamées par le Blaiso avant même sa réélection de décembre 2010, les personnes commises à la tâche ont tout mis en ½uvre pour ne pas associer toutes les couches de la société burkinabè.

D'abord, pour aller au Conseil consultatif sur les réformes politiques (CCRP), le Bobognessan Arsène Yé ne s'est pas trop foulé la rate pour convaincre l'opposition politique officielle. Du moins, lorsque celle-ci a posé sa condition qui était et qui est toujours l'exclusion de l'article 37 de la Constitution de toutes velléités de modification, on a préféré l'écarter carrément du processus, sans autre forme de procès. Comment un gouvernement responsable, qui dispose d'une Loi sur le statut de l'opposition et qui consacre des centaines de millions de francs à cette institution, peut-il aller à des réformes politiques sérieuses sans cette couche de la société dans laquelle des millions de Burkinabè se reconnaissent ? Si ce n'est un mépris, ça y ressemble fort. La preuve est que le même gouvernement s'est fabriqué au propre comme au figuré une opposition factice pour atteindre ses fins. La supercherie s'est poursuivie jusqu'au blocage du Sénat parce qu'on continuait de faire croire que le CCRP était parvenu à des « décisions consensuelles ». Soit. Mais peut-on encore brandir un « consensus » que le gouvernement a obtenu dans la division et l'exclusion ?

En 2011, il pouvait encore se targuer d'avoir une opposition réduite à sa portion congrue d'une dizaine de députés à l'Assemblée nationale. Ce qui ne fait aucunement d'elle une quantité négligeable. Lorsqu'elle est passée à une trentaine de parlementaires et des centaines d'élus locaux, la logique aurait voulu que le gouvernement ait un peu plus d'égard vis-à-vis de l'opposition. Mais non. Le comble, c'est qu'il est allé chercher des partis dits d'opposition, qui n'ont d'autre mérite que d'avoir participé au CCRP, pour composer l'actuelle équipe avec le giga-parti au pouvoir et ceux de la majorité présidentielle. A moins de vouloir cacher le soleil avec une main, l'actuel gouvernement de Lucky Luc devrait savoir qu'en agissant ainsi contre le bon sens, il fonçait tôt ou tard sur un chemin sans issue. Et ce qui devait arriver arriva avec la tentative de mise en place du Sénat.

On n'a pas besoin d'un dessin pour comprendre que le gouvernement actuel -avec la bénédiction du président lui-même- est à l'origine de ce Sénat mort-né qu'il hésite pourtant à enterrer élégamment et courageusement. Le processus qui a conduit à ce machin-là est mal parti. Il faut donc se pourvoir autrement plutôt que de chercher à recoller des morceaux. C'est surtout de la responsabilité du ministre d'Etat chargé des Réformes politiques de montrer à ses patrons de PM et de PF que la man½uvre ne marchera pas parce que le processus est mal parti.

Au lieu de continuer à répandre au sein de l'opinion nationale et internationale que les gens ne veulent pas aller à la table du Sénat, les trois mousquetaires gagneraient plutôt à reconnaître que le processus des réformes politiques en général et la mise en place du Sénat en particulier n'ont pas suivi les règles dignes d'un Etat qui se veut démocratique. Ils ont voulu procéder beaucoup plus par la ruse que par la raison et le respect de leurs interlocuteurs de l'opposition véritable. En clair, il y a beaucoup plus de choses à reprocher au Blaiso national et à son gouvernement qu'à l'opposition qui n'est que doublement victime de son exclusion du processus des réformes et considérée à tort comme l'empêcheur de tourner en rond.

Car, en réalité, le gouvernement ne fait que tourner en rond depuis 2011. Avec nos maigres ressources, il a réuni 500 personnes logées, nourries et perdiemées à Ouagadougou pour le CCRP. Sans compter le budget du ministère d'Etat en charge des Réformes politiques. En plus, ce ministère ne rate pas l'occasion d'organiser des tournées à l'intérieur du pays, toujours aux frais de la princesse. Tout récemment, il a réuni son fameux Comité de suivi et d'évaluation. Or, aussi longtemps que le problème de fond -celui de l'exclusion de l'opposition et d'une bonne partie de la société civile- n'était pas résolu, il allait droit dans le mur. Curieusement, il persiste. Et continue de croire que ce sont les autres qui ne les comprennent pas. On a jeté beaucoup d'argent par la fenêtre alors que des problèmes sociaux évidents tels la vie chère, les conditions de vie et d'étude des étudiants attendaient toujours. On a préféré chasser des étudiants à coups de lacrymogènes pendant qu'on a payé des perdiems à des gens qui ont produit un travail qui se révèle inutile aujourd'hui.

Au regard de cette persistance dans une démarche guère démocratique en vue de mettre en place le Sénat, le Blaiso national devrait se rendre compte que soit l'institution n'est pas indispensable, donc n'intéresse pas l'ensemble de l'opinion, soit elle est mal ficelée et mal montée. Curieusement, il semble faire une confiance aveugle à son gouvernement qui, lui également, n'essaie même pas de remettre en cause ses faux-pas de départ. Ailleurs, des ministres directement concernés par ce dossier auraient simplement rendu, eux-mêmes, le tablier pour insuffisance ou impossibilité de résultats. Mais ici au Faso, on va au gouvernement pour le président qui appelle ou ne rappelle pas. Ceci explique pourquoi ils manquent autant d'objectivité. Visiblement, c'est le président qui voulait son Sénat, et on a tout fait pour le maintenir dans l'illusion qu'il pouvait l'obtenir aussi facilement.

F. Quophy

JJ

Le Faso

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