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Mamadou Gningue, président de la Conférence des établissements privés d'enseignement supérieur

Lors de son passage à l'émission éducative de Rewmi Fm, «L'encre et la plume, Grand format», le président de la Conférence des établissements privés d'enseignement supérieur du Sénégal (Ceps), Mamadou Gningue, a révélé qu'il n'y a pas suffisamment d'écoles privées au Sénégal. Contrairement à ce que d'aucuns croient. Il est bien placé pour le constater, puisqu'il est directeur général d'une école privée de formation.

Comment analysez-vous la prolifération des établissements privés d'enseignement supérieur au Sénégal ?

Cette question nous revient très souvent. Je n'aime pas trop le mot prolifération, parce qu'il a une connotation péjorative. De nos jours, tous les acteurs sont conscients que le développement ne peut se faire sans l'enseignement supérieur. On bâtit le développement d'un pays sur le socle d'une population jeune et bien formée. Je dois dire qu'il n'y a pas suffisamment d'écoles privées au Sénégal. Il n'y a que cent mille à cent dix mille étudiants au Sénégal, alors qu'on devrait compter deux cent dix mille étudiants, pour être dans les minima du développement. Et si on rapporte ça aux 60% de jeunes qui composent notre population, le Sénégal devrait compter à peu près cinq cent mille à un million d'étudiants. Imaginez, si on doit prendre en charge cette population-là, combien d'écoles et combien de structures il faudrait ?

Il se pose dès lors davantage un problème de qualité que de nombre ?

La régulation revient à l'Etat. Si une école n'est pas bien ou légale, nous serons tout heureux que l'Etat aille la fermer. Même s'il est en train de faire quelque chose à ce niveau, avec la création de l'Autorité nationale d'assurance qualité.

Où en êtes-vous avec l'unification des programmes des instituts privés d'enseignement supérieur pour la promotion de la qualité ?

Je ne dirai pas unification, mais harmonisation de nos programmes. Une enquête a été commanditée par l'Etat du Sénégal, avant la création de l'Autorité nationale d'assurance qualité. Elle a été menée par le professeur Babacar Gueye, actuel directeur administratif et juridique au niveau de la direction générale de l'enseignement supérieur. Elle a pour objectif d'étudier l'état de la qualité de l'enseignement supérieur au Sénégal. Au sortir de cette enquête, que les gens n'aiment pas trop publier, il a été mentionné que la qualité est beaucoup plus avancée dans les établissements privés de l'enseignement supérieur. Mais, le public a des problèmes que certains ne veulent trop faire sortir. Et comme je l'ai dit tantôt, c'est à l'Etat d'enlever du système éducatif ceux qui ne veulent pas faire de la qualité. Il faut que les gens sachent que dans la plupart de nos instituts privés, on applique des normes académiques qui avoisinent celles des universités du Nord. La preuve, dans nos établissements, vous ne verrez jamais des étudiants qui sont empilés dans les amphis de mille places. Ce sont des classes qui varient de vingt-cinq à cent étudiants au maximum. Les programmes débutent et se terminent à temps, des évaluations sont faites et les diplômés sont insérés. Le taux d'insertion dont on parle, se trouve seulement dans le privé. Donc, il demeure nécessaire que le public tire profit du privé et vice versa.

Justement, comment se passe votre collaboration avec l'Etat, pour l'orientation dans le privé des nouveaux bacheliers ?

Qu'il soit dans un institut de formation privé ou public, un enfant du Sénégal reste toujours un enfant du Sénégal. Donc, l'Etat doit veiller et participer à ce que cet enfant ait la meilleure formation. Sous cet angle, il a décidé de prendre en charge l'enseignement supérieur privé, mais de qualité. C'est ainsi qu'au moment d'orienter les nouveaux bacheliers dans les établissements privés, l'Etat a choisi, pour donner un signal fort à tous les acteurs de ce secteur, les établissements dont les filières sont accréditées par le Cames (Conseil africain et malgache pour l'enseignement supérieur). Et quand l'Etat a fait le tour, sur les centaines d'établissements recensés, il n'y avait, à cette date, que 14 avec la reconnaissance. Sur ce nombre, 11 ont accepté d'offrir des places aux bacheliers. Depuis le mois d'avril, les près de sept mille étudiants des instituts privés ont déjà bouclé entièrement le premier cycle. Ils sont très satisfaits des contenus et de l'aspect professionnalisation dont le secteur privé a besoin.

«Un étudiant dans le public coûte deux fois plus cher qu'un étudiant dans le privé. A l'Ucad, un étudiant ne coûte pas moins d'un million, et c'est plus cher à Gaston Berger de Saint-Louis. Pour les nouveaux bacheliers, l'Etat ne nous paye même pas six cent mille francs Cfa par étudiant.»

L'Etat paie plus ou moins cher que si ces bacheliers étaient dans le public ?

Un étudiant dans le public coûte deux fois plus cher qu'un étudiant dans le privé. Entre 2011 et 2013, l'Etat a dépensé cent milliards pour accompagner moins de 80 mille étudiants au Sénégal. Rapportez ça au nombre d'étudiants, car à Dakar un étudiant ne coûte pas moins d'un million ou un million deux cent mille, et c'est plus cher à l'université Gaston Berger de Saint-Louis. Dans nos établissements, l'Etat ne nous paye même pas six cent mille francs Cfa par étudiant. Donc, en nous envoyant les étudiants, non seulement, on leur donne un enseignement de qualité et un avenir beaucoup plus certain, mais en plus, on fait économiser à l'Etat du Sénégal quasiment le même montant qu'il nous attribue. J'invite mes collègues qui ont accepté d'accueillir ces nouveaux bacheliers à redoubler d'effort pour que cette opération, qui est un test, soit une réussite, pour l'intérêt de l'enseignement supérieur du Sénégal.

Le secrétaire général du Cames, le professeur Bertrand Bartchi, était au Sénégal du 11 au 14 août dernier. Il avait déclaré durant son séjour que les instituts privés sont incontournables pour le Cames.

Comment avez-vous accueilli cette reconnaissance ?

Je dois d'abord remercier le professeur Bertrand Bartchi, qui est un imminent universitaire. Et qui dirige le Cames, à la suite de notre collègue Moustapha Sall, qui a été à sa tête pendant plusieurs années et que nous félicitons. Le professeur Bartchi a initié des réformes très importantes, avec un nouveau plan stratégique dans lequel l'enseignement supérieur privé occupe une place importante. Il a donc franchi le pas qu'il fallait car, il est venu nous rendre visite pour savoir ce qu'on fait. Je pense que pour travailler avec quelqu'un, il faut d'abord le connaitre. Et je crois qu'il est satisfait, parce quand il est venu, on lui a exposé toutes nos doléances. Il nous a expliqué sa vision et nous avons décidé de faire le voyage retour pour discuter avec lui et mieux comprendre son plan stratégique, pour nous conformer aux normes que le Cames veut mettre en place. Nous allons cependant lui demander d'intégrer les atouts et les qualités du privé, en matière de professionnalisation, ainsi que les formateurs issus du monde professionnel qui ne sont pas nécessairement des professeurs titulaires, mais qui ont, quand même, des compétences avérées. Ne pas être un professeur titulaire ne veut rien dire. Une personne qui crée une entreprise, la pérennise, définit des actions, emploie des centaines de milliers de personnes, mérite qu'on l'écoute et qu'on lui donne le rang qu'il faut.

Quels sont vos défis de l'heure, en tant que président du Ceps ?

Nous avons comme objectif de réguler et restructurer l'enseignement supérieur privé. D'abord, pour être en phase avec le Cames, notre Conférence a entrepris beaucoup de formation pour nos collègues. Nous les accompagnons dans la maitrise de leurs contenus. Et nous sommes également en train d'inviter nos pairs à aller davantage présenter leurs filières au Cames. Sans oublier que nous comptons accompagner le Cames dans son plan stratégique, en termes de moyens humains, financiers et matériels, dans la limite de nos possibilités.

Propos recueillis par
Fanta Counta THIAM




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