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Le sac plastique, que faire contre ce fléau environnemental ? (Partie 3 )

Le sac plastique représente un problème pour lequel nul n'a encore trouvé de solution miracle. L'idéal, bien sûr, ne serait autre que son éradication totale de la surface de cette terre. Mais alors que, sur ce sujet, le continent africain est qualifié du « plus répressif » - avec pas moins d'une douzaine de pays ayant déjà légiféré en faveur de son interdiction ou taxation -, il reste pourtant parmi ceux qui souffrent encore le plus de ce fléau. C'est que malgré les mesures gouvernementales prises à leur encontre, les emballages en plastique, et autres déchets d'ailleurs, continuent d'y prospérer et surtout d'y finir leur vie, à l'abandon, en pleine nature : en effet, le « fléau du sachet noir » n'est autre que la représentation la plus visuelle du non-traitement des déchets en Afrique. Aussi, puisque l'on ne peut ainsi dissocier le problème du sac plastique de celui de la gestion des déchets, Lefaso.net s'est-il entretenu avec le Docteur en Géographie Issa Sory...

Sur le papier, par rapport à d'autres capitales de la sous-région, la filière de gestion des déchets de Ouagadougou est bien structurée, affirme le Dr. Issa Sory, qui a traité le sujet en long et en large dans la thèse qu'il a soutenue en ce début d'année à l'université française Panthéon-Sorbonne. Celle que l'on a voulu surnommer « Ouaga la belle », pour justement promouvoir sa volonté d'assainissement, dispose d'une filière de gestion des déchets organisée autour d'acteurs « que l'on peut effectivement bien différencier », souligne le post-doctorant de l'Institut Supérieur des Sciences de la Population (ISSP). Ces acteurs sont les « pré-collecteurs », soit des groupements d'intérêt économique (GIE) ou des petites et moyennes entreprises (PME), et les « collecteurs », représentés par les autorités municipales chargées de construire les infrastructures de collecte. Toutefois, « contrairement à ce que les autorités municipales essaient de montrer, ce n'est pas évident que notre capitale soit aussi propre que cela, comparée à d'autres », affirme-t-il.

Si la direction de la propreté de la Mairie de Ouagadougou prétendra que 76% à 80% des déchets de la capitale sont ainsi collectés chaque année, le Dr. Issa Sory assure que ces chiffres sont à revoir nettement à la baisse. D'une part parce qu'ils reposent sur le postulat que la ville de Ouagadougou produit 0,21 tonne de déchets par personne chaque année - un montant rapporté dans une étude réalisée par l'Université de Ouagadougou... en 1997. Et d'autre part : « Ce taux ne prend pas en compte la quantité des déchets existants dans la ville par rapport aux déchets enfouis. On prend généralement les déchets collectés dans la ville au cours d'une année et on les rapporte aux déchets produits dans l'année... Or avant cette année-là, les déchets existaient déjà », précise en effet Issa Sory. Et de soutenir : « J'ai d'ailleurs fait le calcul dans ma thèse, on traîne plutôt autour de 49% à 50% des déchets collectés et déversés hors de la ville ».

3 milliards investis dans une filière aujourd'hui mal organisée

Pourtant, en 2005, la ville de Ouagadougou avait bénéficié de l'aide de la Banque Mondiale pour la mise en place d'un Schéma directeur de gestion des déchets : « Il y a eu 3 milliards de francs CFA qui ont été investis pour la construction de centres de traitement et de valorisation des déchets », rappelle en effet le géographe. Si bien que l'on dénombre aujourd'hui 35 centres de collecte, répartis sur tout le territoire urbain - « hormis les zones non-loties » précise Issa Sory, ce qui crée de fait des inégalités socio-environnementales - en plus du centre de traitement et de valorisation des déchets situé pour sa part à Polesgo. « D'autres capitales de la sous-région n'ont pas bénéficié de ces ressources-là » tient-il à souligner par ailleurs, prenant l'exemple des capitales malienne et ivoirienne, « où l'on n'a pas de centre de traitement et de valorisation des déchets ». Et de déplorer que dans la capitale burkinabè, « des ressources ont été investies, mais les acteurs tels qu'organisés actuellement ne permettent pas de pouvoir évacuer les déchets hors de la ville ». Là où ça bloque ? « C'est plus au niveau de la pré-collecte, la première étape de la gestion des déchets. C'est là où il y a véritablement eu ce que l'on peut appeler la privatisation ».

Issa Sory précise en effet, qu'avant le projet de décentralisation, « des bacs à ordures étaient déposés un peu partout dans la ville. C'était un service public : la population avait le droit de venir déposer les déchets, et la municipalité venait juste pour enlever les bacs à ordures ». Or avec la construction des centres de collecte, la population n'a désormais plus le droit d'y déposer elle-même ses déchets... Dorénavant, « il faut payer une redevance pour que les déchets soient enlevés. Et c'est encore à cette étape-là que des acteurs informels viennent remettre en cause tout le Schéma directeur de gestion des déchets, en faisant ce qu'ils appellent le 'déménagement', soit prendre les déchets et les déposer sur les espaces vacants pour aller plus vite ». Car avec la privatisation, les acteurs de la filière des déchets pensent dorénavant plus en termes de rentabilité que d'assainissement... Puisque le pré-collecteur est payé par les ménages, « qu'il dépose les déchets sur un espace vacant ou autre, il va récupérer son argent, c'est tout ce qui l'intéresse », explique en effet Issa Sory : « Cette pratique-là, le 'déménagement', se fait un peu partout. Et c'est ce qui est, en partie, à l'origine de la prolifération des décharges dites sauvages dans la ville ».

Pas de recyclage possible sans une meilleure organisation de la filière

Si bien qu'« aujourd'hui, on parle de problème de sachet plastique parce que la question de la gestion des déchets reste un problème intact, un problème récurrent [...] Le sachet plastique, comme bien d'autres déchets, se retrouve dans la nature parce que la filière de gestion des déchets est mal organisée », martèle ainsi le Docteur en Géographie, qui a en outre bien du mal à entrevoir une résolution prochaine de ce problème. « Parler de tri serait vraiment prêcher... Parce qu'il y a eu un projet il n'y a pas longtemps, en 2009/2010, de l'Union Européenne pour les questions de tri et autres, et les résultats ne sont pas aussi tangibles que cela », affirme-t-il même. Car selon lui, c'est seulement une fois que l'on aura résolu le problème d'organisation de la filière de gestion des déchets que l'on pourra arriver à trouver des solutions pour le recyclage de ces sachets plastique.

D'ailleurs, « il y a des mesures, ou du moins des formes de recyclage, de récupération des sachets plastique qui sont louables à Ouagadougou, qui permettent de faire des sacs et beaucoup d'autres articles qui sont très bien au niveau de l'utilisation », souligne-t-il. Avant d'ironiser : « Il y a des associations de recyclage des sachets plastique qui manquent souvent de matière première pour faire leur activité... alors qu'il y a au même moment des sachets plastique qui dérangent à un point que l'on se voit obligé de prendre des mesures pour interdire leur production ou leur commercialisation ». Quant à ces mesures justement, proposées par le ministère burkinabè de l'Environnement et du Développement Durable (MEDD) le mois dernier, le Dr. Issa Sory reste sceptique : « Telles que présentées et défendues aujourd'hui, j'ai l'impression que l'application de ces mesures ne va pas déroger aux règles habituelles de l'application de certaines normes au Burkina Faso... ».

Une interdiction ne peut se faire sans alternative

Le problème étant, principalement selon lui, qu'une telle mesure d'interdiction ne peut être appliquée sans accompagnement : « Si on veut appliquer la mesure de façon brute, sans une période de latence très longue, il sera difficile d'atteindre les objectifs voulus », estime-t-il en effet. « Il faut la sensibilisation, et il faut en même temps l'accompagner de mesures alternatives pour résoudre le problème », préconise-t-il en outre, « parce que si depuis longtemps, sachant l'impact environnemental de ces produits, le sachet plastique prolifère toujours dans nos villes, il faut chercher à voir quel rôle social il joue dans nos sociétés. Et pouvoir trouver des produits adaptés, capables de le remplacer ».

Soit, pour résumer : une interdiction possible des sachets et autres emballages en plastique, tant qu'elle serait accompagnée d'une campagne de sensibilisation et de mesures alternatives prévoyant leur bon remplacement - le sac plastique étant aujourd'hui, il faut bien l'admettre, ancré « dans les habitudes des Burkinabè », remarque le Dr. Issa Sory. Des mesures qui, par ailleurs, ne devraient idéalement pas empêcher de travailler à une meilleure organisation de la filière de gestion des déchets en général. Du moins si l'on souhaite que la capitale burkinabè puisse un jour réellement mériter son surnom de « Ouaga la belle »...

[A suivre : Ce qu'en pensent les Burkinabè]

Lire aussi : Le sac plastique, que faire contre ce fléau environnemental ? Partie 1 : Tour d'horizon.

Le sac plastique, que faire contre ce fléau environnemental ? Partie 2 : Interdire le sac (et autre emballage) plastique au Burkina Faso est-il la meilleure solution ?

Jessica Rat

Lefaso.net

Le Faso

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