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Déclaration de l'Opposition politique sur les manoeuvres du Pouvoir pour installer le sénat

En même temps que tous les burkinabè, l'Opposition politique a pris connaissance, par la presse, de la suite donnée par le Président du Faso au « rapport d'étape circonstancié sur l'opérationnalisation du Sénat » qu'il a demandé au Comité de Suivi et d'Evaluation des réformes politiques. Le Chef de l'Etat, considérant que ce rapport aurait permis « d'aboutir à de nouvelles propositions adoptées par consensus », a invité son Gouvernement à « élargir les concertations à toutes les composantes sociales et politiques pour bien asseoir la pertinence du Sénat ».

Mais de quel « consensus » s'agit-il ? De celui des 30 membres du Comité de suivi et d'évaluation des réformes politiques ! Ayant déjà pris part au CCRP créé par le Président en 2011, ils y avaient déjà tous donné leur accord pour la mise en place du Sénat. Le Gouvernement avait ensuite royalement négligé de les consulter sur la composition et les modalités de mise en ½uvre du Sénat lorsqu'il a élaboré sa loi organique sur le Sénat.

L'Opposition politique n'a pas pris part au CCRP, qui n'est qu'un comité créé par le chef de l'Etat, sans aucune légitimité constitutionnelle. Ce comité ne résulte même pas d'un consensus de la classe politique ou de la société civile. L'Opposition politique n'est donc nullement concernée par les propositions issues des conciliabules du Comité de suivi et d''évaluation qui en est une sous-commission. Du reste, logiquement, le comité de suivi n'a pas jugé utile de recueillir l'opinion de l'Opposition politique : cette opinion, depuis le début, importait peu au CCRP comme à ses commanditaires.

Mais le chef de l'Etat lui-même est obligé de reconnaitre ouvertement que la pertinence du Sénat pose problème : Sa « pertinence », c'est-à-dire son principe, donc son utilité, après son « opérationnalisation », c'est-à-dire sa mise en ½uvre ! C'est pourquoi il demande au Gouvernement « d'élargir les concertations à toutes les composantes sociales pour bien asseoir cette pertinence ».

La question de la pertinence du Sénat est justement la ligne de démarcation qui divise notre peuple aujourd'hui. Pour l'Opposition politique comme pour une grande majorité des Burkinabè, cette pertinence est loin d'être prouvée, bien au contraire. C'est pourquoi, depuis le début, l'Opposition s'oppose au principe même du Sénat. C'est pourquoi aussi il lui parait superfétatoire de commenter l'intérêt de tel ou tel réaménagement, modification ou autre relecture d'un Sénat inutile et non pertinent.

Depuis que l'Opposition politique a rejeté le Sénat, le Gouvernement dans son ensemble, aux frais du contribuable, a déjà sillonné le pays, organisé plusieurs concertations, rencontré « toutes les couches sociales », soit pour restituer les travaux du CCRP annonçant la création du Sénat, soit pour expliquer le bienfondé du Sénat, soit même pour essayer de démobiliser les citoyens à la veille des marches de l'Opposition contre le Sénat. Ses membres se répandaient ensuite en déclarations contraires à la vérité, proclamant que les Burkinabè adhéraient au projet de Sénat !

Quels pourraient bien être les formes nouvelles de concertations et les « composantes sociales » auxquelles que le gouvernement pourrait aujourd'hui s'adresser pour « assoir » ou convaincre de la pertinence du Sénat ? Quels « nouveaux » arguments pourrait-il trouver pour convaincre aujourd'hui les burkinabè de la pertinence du Sénat ? Quels Burkinabè n'avait-il pas déjà concertés bien qu'il ait sillonné le pays à la rencontre des différentes couches sociales en juin dernier ? De telles concertations vont-elles vraiment amener les mêmes burkinabè à changer d'avis et à trouver que le Sénat est subitement devenu pertinent ? Tout cela ne serait-il pas une nouvelle perte de temps, alors qu'il est clair pour la grande majorité des Burkinabé, même pour ceux qui font semblant d'approuver le Sénat, que cette institution, inscrite dans la Constitution par la seule vertu d'une majorité parlementaire mécanique et disciplinée, n'apportera que des problèmes supplémentaires à notre peuple ? Pourquoi diable persister à défendre l'indéfendable ?

Soucieuse de l'intérêt général et de la préservation de la paix sociale, attachée au respect des principes républicains, l'Opposition politique qui n'est jamais concertée par le pouvoir, n'a jamais refusé en principe de prendre part à une concertation, dès lors que les règles en sont clairement établies, et qu'elle vise réellement à promouvoir et non pas à brader les intérêts de notre peuple.

Sur la question du Sénat, la position de l'Opposition politique est claire et inébranlable : dans la phase actuelle de l'évolution de notre pays, un Sénat n'est ni pertinent, ni opportun. Avec cette conviction, il est de son devoir de continuer à sensibiliser les burkinabè sur la non pertinence actuelle du Sénat et d'expliquer, arguments à l'appui, la justesse de sa position à tous nos compatriotes.

En le faisant, elle joue son rôle naturel dans un système qui se veut démocratique. Tout en critiquant et en s'opposant, elle propose ses solutions. Le faire, ce n'est ni « menacer la paix sociale », ni « mener le pays à l'aventure », ni « mettre la patrie à feu et à sang » ! Ce n'est pas l'Opposition politique qui menace la paix sociale, mais plutôt l'instauration en force du Sénat ! La paix sociale n'était pas troublée quand on ne parlait pas de Sénat ! Lorsqu'une idée divise dangereusement un peuple, il faut s'abstenir de l'imposer ou de la mettre en application, même si on la croit lumineuse !

L'Opposition politique invite donc le Chef de l'Etat, à tirer les enseignements qui découlent de son propre constat traduit par ses communiqués du 12 août et du 06 septembre 2013, à savoir la non pertinence du Sénat, dont le projet menace la paix sociale. Il devrait logiquement et clairement, le plus tôt possible, mettre un terme à tout le processus de mise en place, et trouver la formule qui permette à l'Assemblée Nationale, d'exercer avec plénitude, les attributions de la représentation parlementaire nationale.

L'Opposition politique demande surtout au pouvoir, de prendre la juste mesure de la déchirure de notre société autour de cette question. En fait, contrairement aux apparences, le débat qui a cours a dépassé la question même du Sénat. Comme c'est souvent le cas dans l'histoire des peuples, le Sénat n'est que le révélateur d'un malaise très profond dans notre pays, et dont la solution ne réside ni dans des replâtrages, ni dans des arrangements ni dans des marchandages entre politiciens.

L'Opposition politique a noté avec grand intérêt, que lors du dernier conseil des ministres, le gouvernement s'est enfin engagé à prendre des mesures en vue de revaloriser les salaires des travailleurs, d'apporter quelques soutiens à certains groupes vulnérables, de créer des emplois, de baisser les coûts des produits de grande consommation, de résoudre les problèmes essentiels des étudiants, etc.

Ces annonces ne sont évidemment pas étrangères aux luttes actuelles initiées par l'Opposition politique et auxquelles participent de larges franges des couches sociales jusqu'ici abandonnées à leur sort misérable. Car comme les burkinabè le savent, la lutte que mène l'Opposition politique ne se limite pas à la seule question du Sénat. Elle s'étend à la question de l'article 37, à la vie chère, et de manière générale aux questions liées aux conditions de vie et de travail des burkinabè, y compris aux conditions de vie et d'études de nos étudiants, toutes questions dont le Gouvernement ne semblait nullement se préoccuper.

L'Opposition politique suivra donc avec la plus grande attention et vigilance, la matérialisation des annonces du Gouvernement, qui a cependant habitué notre peuple à des promesses sans lendemain. Elle jugera le Gouvernement selon la qualité des solutions qu'il apportera ainsi à quelques uns des maux majeurs de notre pays. Sur ces questions, elle partage de nombreux points de vue développés par les organisations de la société civile, organisations avec lesquelles, du reste, elle entend travailler à la constitution d'une plate forme commune de lutte.

L'Opposition politique n'est ni va-t-en guerre, ni irresponsable, ni apatride. Elle est fortement attachée à la patrie, à la paix, à la stabilité et au progrès de notre pays. Mais elle est aussi fermement attachée à la vérité, à la justice et à l'égalité. C'est fort de cela, que, lorsqu'une mesure ou une décision ne va pas dans le sens de l'intérêt général, elle considère de son devoir de les dénoncer, d'en montrer l'injustice et les dangers, d'organiser contre elles la résistance citoyenne, dans le cadre des lois et règlements de la République.

C'est ce qu'elle fait depuis le début. Et ce qu'elle continuera de faire notamment sur le dossier du Sénat. Constamment soucieuse de défendre les intérêts de notre peuple, fidèle à ses convictions, respectueuse de ses principes, et constante dans sa démarche, elle ne se laissera ni divertir, ni intimider.

L'Opposition politique invite donc les burkinabè à rester constants sur leurs justes positions, vigilants et mobilisés, et à l'écoute des initiatives qu'elle pourrait prendre dans le cadre de l'expression républicaine de notre refus collectif du Sénat et de la politique du Gouvernement.

Ouagadougou le 11 septembre 2013

Pour l'Opposition politique
Le Chef de file de l'Opposition politique

Zéphyrin DIABRE
Président de l'UPC

Le Faso

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