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I see a bladdy moon rising, by Axel Bührmann via Flickr CC
I see a bladdy moon rising, by Axel Bührmann via Flickr CC

Les nouveaux bobos de Johannesburg

La capitale économique de l’Afrique du Sud est considérée comme l’une des villes plus dangereuses du monde. Pourtant, de jeunes blancs font le pari de revenir y vivre.

Le 9 février 2011, au cinéma d’art et d’essai du Bioscope, on diffusait le documentaire Surviving Joburg (Survivre à Johannesburg), sous-titré «The number one pre-requisite for thriving…is surviving!» (Si vous voulez y prospérer, il faut d'abord que vous y surviviez)

Le centre-ville réinvesti par la jeunesse

On ne vit à pas à Johannesburg, c’est vrai. On apprend à survivre. Du crime, certes, mais surtout de l’ennui. Michael Balkind (ou Mic de son nom de scène) organise des soirées tendances aux quatre coins de la ville, et a fondé le site web populaire JHB Live.

Il affirme que pour la majorité de ses habitants, «Joburg peut être la ville la plus ennuyeuse au monde.» Mais grâce à son site Internet, 40.000 Joburgeois s’informent de la vie nocturne de la ville, des expos et des «endroits sympas pour fêter la St Valentin». Mais l’endroit que Mic préfère, c’est sans aucun doute le centre-ville. Il essaye de le faire vibrer grâce à ses soirées et rave parties.

Abandonné par les Blancs à la fin de l’apartheid, le central business district (CBD) est un amas d’immeubles abandonnés dans le centre-ville de Johannesburg (et considéré comme particulièrement dangereux la nuit). Aujourd'hui, les migrants venus de tout le pays et de tout le continent squattent désormais les anciennes usines, bâtiments de style victorien ou grandes tours de vingt étages. Personne ne les voulait. Même pour 1 rand (0,1 euro). Le crime, la pauvreté rampante, le manque de service sont autant d’obstacles qui rebutent les investisseurs. Mais un nouveau courant se développe.

Une jeunesse «qui veut vivre, créative, et qui n’a pas succombé au lavage de cerveau de l’apartheid», comme l’explique Michael. Selon lui, le crime n’existe pas dans le centre: «C’est de la propagande lancée par les banlieues riches pour décourager les jeunes de sortir de leur ghetto!», lance-t-il mi-amusé, mi-sérieux. A 17 ans, en 1994, il allait déjà dans le quartier de Yeoville, l’un des plus pauvres et plus dangereux du centre de Johannesbourg. Il était le seul blanc. Aujourd’hui, la jeunesse blanche réinvestit peu à peu les lieux.

Dans les vraies soirées tendance, on dance sur de l’électro et sur Ray Charles. La boîte de nuit Kitchener est en plein centre, mais sur le dancefloor recouvert de moquette, il n’y a que des blancs. On se croirait à Londres, ou dans la chambre à coucher de sa grand-mère, avec tout ces portraits des ancêtres de la famille accrochés aux murs. Des trentenaires portent de fausses perruques afros, avec un peigne dans les cheveux, façon Black Panthers américains. C’est «trendy», paraît-il.

Renouveau social et culturel

Cette jeunesse bourgeoise n’en peut plus de vivre enfermée derrière les murs et les fils électriques de leurs grandes maisons. D’ailleurs, chez Michael, la porte de la rue reste toujours ouverte. «Les Blancs ont souffert de la propagande de l’apartheid aussi. On nous a appris à avoir peur.» Aller «clubber» dans le centre-ville, laisser sa porte ouverte et défier sa peur, c’est presque un acte militant à Johannesbourg.

Un vrai mouvement social est en train de voir le jour dans la capitale économique sud-africaine. De nombreux lofts et galeries d’art ont ouvert depuis quelques années dans les recoins les plus insoupçonnés du centre. Jonathan Lieberman a racheté sept bâtiments dans une zone industrielle désaffectée pour en faire un «hub culturel et artistique».

Son partenaire en affairse et architecte, Enrico Daffonchio, a transformé une ancienne usine d’équipement sportif dans le style Bauhaus pour en faire un complexe immobilier. Main Street Life, ce sont 200 lofts à louer ou à vendre, alors qu’il n’y a ni supermarché aux alentours, ni aucun service. Et ça marche. Sur le toit, les locataires font leur gym et s’entraînent sur un ring de boxe.

Le marché bio du dimanche attire une centaine de personnes en quête de nouvelles tendances. Les galeries d’art rassemblent les plus grands photographes et designers du pays.

Un pays encore cloisonné

Mais finalement, si les blancs reviennent dans le centre, c’est souvent pour rester entre eux. Main Street Life est une oasis au milieu d’un désert urbain, où le prix de la salade bio est trois fois plus élevé qu’ailleurs. Assis sur la terrasse en sirotant son jus de pomme, on regarde passer les «waste pickers» qui fouillent les poubelles pour faire le tri du plastique et du verre.

Dans le bâtiment d’en face, des squatters ont étendu leur linge entre deux vitres brisées. L’Afrique du Sud est encore très cloisonnée: les riches vivent entre riches, et les pauvres parmi les pauvres. Les deux mondes s’entrechoquent rarement. A Main Street Life, on comprend qu’il n’y a pas que la peur qui a fait fuir les riches dans des ghettos. Il y a aussi la gêne face à ces écarts de richesse.

Sophie Bouillon

Sophie Bouillon

Sophie Bouillon. Journaliste française installée à Johannesburg. Prix Albert Londres 2009, pour son reportage "Bienvenue chez Mugabe".

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