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Ce Syrien qui aimait l’Algérie

A l'issue d'une interminable agonie, le docteur Brahim Makhous a livré sa dernière bataille contre la maladie et a rendu, mardi, son dernier souffle. Alité depuis de longs mois, fatigué, diminué, il ne s'exprimait qu'à travers ses yeux clairs brillants et interrogateurs. Le praticien émérite avait 85 ans. Sa vie n'a pas été un long fleuve tranquille, tant l'homme, militant progressiste, a bataillé sur plusieurs fronts. Il était un amoureux de l'Algérie, pays qui l'avait accueilli alors qu'il était traqué chez lui, en Syrie. Progressiste et nationaliste arabe, Makhous s'était  élevé contre le régime de Hafez Al Assad, ce qui lui valut moult déboires. Il a échappé à plusieurs tentatives d'assassinat et faillit même passer de vie à trépas, sans  l'intervention du président Boumediène, qui mit en garde les dirigeants syriens contre toute velléité touchant Makhous. En 1971, le docteur vint s'installer en Algérie et y exerça son métier de chirurgien à l'hôpital Mustapha jusqu'à sa retraite, à la fin des années 1980. Son passage dans cet établissement hospitalier a été marqué par «ses compétences, son dévouement et sa proximité avec les malades qui l'aimaient bien...». Lorsque nous lui avons rendu visite chez lui, sur les hauteurs d'Alger,  il y a quelques mois, le docteur était déjà très vulnérable et dépendant. Il put, difficilement certes, nous donner un aperçu sur son riche parcours militant, mais dont il ne tire aucune gloire. Car Makhous est resté l'homme simple et résolu qui s'est engagé pendant la lutte de libération aux côtés de ses frères algériens. jeune  médecin, il avait mis ses compétences au service de l'ALN, qu'il avait rejoint en 1957 en Tunisie. Il exercera sous la houlette des docteurs Tedjini et Bechir Mentouri, que Brahim Makhous considère comme le père de la médecine algérienne et il s'enorgueillit d'avoir travaillé avec lui de longues années durant après l'indépendance. Parmi les amis de Makhous, le regretté Abdelhamid Mehri qui considérait Brahim comme «un authentique révolutionnaire, presque un idéaliste, toujours du côté des humbles, qui a aidé à l'émergence de la médecine algérienne naissante après l'indépendance». Le parcours du «toubib» est aussi mis en exergue par Ali Kafi, alors colonel pendant la guerre, ayant bien connu les volontaires syriens qui ont travaillé sous son autorité à la frontière algéro-tunisienne. Il rapporte dans ses mémoires : «Les volontaires syriens étaient les seuls parmi les sympathisants arabes à s'impliquer directement dans la lutte que nous menions. Dans le lot  de ces médecins révolutionnaires, trois d'entre eux occupèrent à la fin des années cinquante d'importantes fonctions. Ainsi, El Atassi deviendra président de la République syrienne,Youcef Zaïne chef de gouvernement, et Brahim Makhous ministre des Affaires étrangères». Ces dernières semaines, Makhous était visiblement affecté par la situation qui prévaut dans son pays. «Le régime pourri et corrompu doit cesser ses crimes. Mais d'un autre côté, il ne faut pas que le changement soit dicté de l'étranger. Je suis contre toute intervention internationale.» Le docteur n'a que du mépris pour les dictateurs qui ne l'ont guère ménagé, mais ne dit-on pas qu'un peu de mépris épargne beaucoup de haine.«Repose en paix Brahim !»

El Watan

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