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Somalie: un jihadiste américain tué

Un jihadiste américain combattant depuis 2006 en Somalie, dont la tête était mise à prix par Washington, a été tué jeudi dans un affrontement avec des islamistes shebab, ex-compagnons d'armes avec lesquels il s'était brouillé, ont affirmé des témoins.

Omar Shafik Hammami, plus connu sous le nom d'Abou Mansour al-Amriki (Mansour l'Américain), était l'un des combattants islamistes étrangers de Somalie les plus connus. Le département d'Etat américain offrait 5 millions de dollars pour sa capture.

Le combattant de 29 ans, dont la mort avait déjà été annoncée puis démentie plusieurs fois, s'était surtout fait connaître comme propagandiste de la cause shebab via des morceaux de rap, des vidéos et une utilisation intensive des médias sociaux.

Il s'était cependant brouillé fin 2012 avec le chef suprême des insurgés islamistes, Ahmed Abdi Godane, et son sort suscitait depuis régulièrement des questions. Son compte Twitter, d'habitude très actif, était resté silencieux depuis mai jusqu'au 5 septembre. Dans un message posté après une interview à Voice of America, il avait alors revendiqué être "toujours un terroriste".

Selon un témoin, il y a eu jeudi "une fusillade entre Amriki et ses hommes et d'autres combattants". "Les informations mentionnent Amriki parmi les morts", a précisé la source, Moalim Ali, un habitant de la localité de Bardhere (sud) près de laquelle s'est déroulé l'affrontement.

"Amriki et deux autres combattants, dont un étranger, ont été tués près de Bardhere", a confirmé un autre habitant de la région, Mohamed Wardhere.

Des informations contradictoires circulaient sur la nationalité des deux autres étrangers tués: égyptienne selon certaines sources, britannique ou pakistanaise selon d'autres.

Luttes internes

Les éléments biographiques disponibles sur Hammami, difficiles à vérifier, proviennent d'un texte publié sur internet lui étant directement attribué.

Le document, titré "L'Histoire d'un jihadiste américain", relate son engagement aux côtés des shebab. Mais il y raconte aussi combien sa famille ou les plats chinois à emporter de son Alabama natal lui manquent, parle de son enfance entre une mère baptiste originaire d'Irlande et un père musulman d'origine syrienne.

Au côté des shebab depuis 2006, Hammami s'occupait surtout du recrutement, via son rap appelant à la lutte et diffusé en anglais sur internet.

Mais depuis plusieurs mois, rien n'allait plus entre le jihadiste américain et les insurgés.

Hammami accusait Godane d'avoir trahi l'ex-chef présumé d'Al-Qaïda en Afrique de l'Est, le Comorien Fazul Abdullah Muhammad, tué à Mogadiscio en 2011, et disait faire lui-même l'objet de menaces. Les insurgés avaient rétorqué qu'il cherchait à "semer la discorde" au sein du mouvement rallié à Al-Qaïda.

Doublement traqué par les Américains et les shebab, Hammami avait néanmoins continué à alimenter la Toile de messages ironiques pendant quelque temps. En mars, il avait raillé la prime offerte par Washington pour sa capture, demandant combien il pourrait obtenir pour sa seule "jambe gauche".

La mort annoncée de Hammami allonge une liste désormais conséquente de figures des shebab victimes des luttes internes, et de la purge menée par Godane.

S'il est confirmé, son décès signifiera que "l'alliance anti-Godane (au sein du mouvement) est presque neutralisée", estime Abdi Aynte, responsable du groupe de réflexion somalien Heritage Institute For Policy Studies.

En juin, les hommes de Godane avaient abattu deux co-fondateurs des shebab, dont un autre jihadiste recherché par les Etats-Unis, Ibrahim Haji Jama Mead (al-Afghani/l'Afghan). Dans la foulée, Cheikh Hassan Dahir Aweys, figure historique des islamistes en Somalie et ex-leader du mouvement, avait été arrêté alors qu'il tentait de négocier son retour à Mogadiscio.

Les dissensions au sein des shebab, entre partisans d'un jihad mondial réunis autour de Godane et défenseurs d'un agenda plus nationaliste, ont affaibli un mouvement déjà mis à mal par une série de revers militaires. Chassés de Mogadiscio il y a deux ans, les insurgés ont depuis perdu tous leurs bastions dans les centre et sud somaliens.

Malgré tout, avec quelque 5.000 hommes, ils restent pour les experts le principal obstacle au retour de la paix.

Le pays est en état de guerre civile depuis la chute du président Siad Barre en 1991, en proie à des milices, groupes criminels, insurgés et autres seigneurs de guerre qui luttent pour le contrôle de plus ou moins grandes portions de territoire.

AFP

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