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Algérie: Bouteflika veut peser sur son éventuelle succession

En procédant à un important remaniement ministériel et en réduisant l'influence des services secrets, réels détenteurs du pouvoir en Algérie, le président Abdelaziz Bouteflika montre qu'il entend peser de tout son poids sur son éventuelle succession en 2014.

Ce remaniement annoncé mercredi, le premier de cette ampleur depuis son arrivée au pouvoir en 1999, est intervenu après des changements opérés au sein du Département de renseignements et de sécurité (DRS), les puissants services secrets, auxquels la presse prête le pouvoir de donner le feu vert à toute nomination.

"Bouteflika est revenu en force malgré sa maladie en imposant à la tête du Front de libération nationale (FLN) un homme proche de son clan, des changements au sein du DRS et enfin ce remaniement ministériel", a déclaré à l'AFP le politologue Nacer Djabi.

Amar Saïdani, un homme du sérail, a été élu le 29 août à la tête du FLN, offrant aux partisans de M. Bouteflika l'opportunité de garder la mainmise sur le parti majoritaire à l'approche de la présidentielle.

La fonction était restée vacante depuis en raison d'une rivalité, aggravée par la maladie du chef de l'État, entre deux tendances se disputant le contrôle du parti en prévision de la présidentielle.

Peu avant le remaniement, la presse avait annoncé d'importantes décisions du chef de l'État destinées à réduire l'influence du DRS, dirigé depuis 1990 par l'inamovible général Mohamed Mediene.

M. Bouteflika a placé trois services névralgiques de l'armée, jusqu'à présent chapeautées par le DRS, sous l'autorité directe du chef d'état-major le général Ahmed Gaïd Salah, promu vice-ministre de la Défense, selon des journaux.

Il s'agit de la direction de la communication de l'armée, de la direction centrale de la sécurité de l'armée, et du service central de la police judiciaire de l'armée.

Cette dernière a été à l'origine d'enquêtes pour corruption qui ont éclaboussé notamment le groupe pétrolier Sonatrach et l'ex-ministre de l'Énergie Chakib Khelil, un proche de M. Bouteflika installé à l'étranger, contre lequel Alger a émis un mandat d'arrêt international.

Treize ministres limogés

Lors de ce remaniement, treize ministres ont été limogés soit plus du tiers d'une équipe qui comprenait à l'origine une trentaine de titulaires.

Deux ministres détenant des portefeuilles majeurs ont été congédiés, celui de l'Intérieur Dahou Ould Kablia, remplacé par le président du Conseil constitutionnel Tayeb Bélaïz, un proche du chef de l'État, et celui de la Justice Mohamed Charfi auquel succède Tayeb Louh, considéré également comme un homme de confiance du président.

"Il a confié les deux postes-clés du gouvernement, l'Intérieur et la Justice, à ses hommes de confiance originaires comme lui de Tlemcen (ouest). Ce qui va contribuer à trancher sur de nombreuses questions à l'avenir", ces deux départements ayant un rôle majeur dans la préparation et l'organisation de scrutins en Algérie, a précisé M. Djabi.

Les ennuis de santé de M. Bouteflika ont fragilisé l'hypothèse d'un quatrième mandat, voulu par ses partisans mais sur lequel le président ne s'est pas encore prononcé.

"Il est peu probable que Bouteflika se représente en 2014 pour des raisons purement médicales", a estimé M. Djabi.

Les initiatives de M. Bouteflika traduisent sa volonté de peser sur le choix de son successeur en 2014, ont estimé de leur côté plusieurs journaux.

"Avec les changements au FLN et les ajustements opérés au sein de l'armée, Bouteflika met en place un dispositif lui permettant d'avoir le contrôle sur la prochaine présidentielle", a écrit le quotidien francophone El Watan.

Pour Liberté, il s'agit "d'un coup de force d'un président qui, malade et en fin de règne, ne compte pas s'en aller avant d'avoir préparé le terrain à un successeur qu'il aura lui-même désigné".

"Il est clair qu'avec ce remaniement et les décisions qui l'ont précédé, le premier magistrat du pays a décidé à quelque six mois de la présidentielle de concentrer tous les pouvoirs de décision entre ses mains (...)", observe de son côté le quotidien arabophone Echorouk. 

M. Bouteflika, rentré le 16 juillet à Alger après 80 jours d'hospitalisation en France pour un AVC, s'est toujours montré très pointilleux de son indépendance envers la direction militaire en lançant notamment "je ne suis pas un trois-quarts de Président", en 1999 à l'adresse de ses détracteurs.

 

AFP

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