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Afrique du Sud: l'ANC recule sur son projet de loi restrictif sur les médias


Le président sud-africain Jacob Zuma à un meeting de l'ANC le 15 mai 2011 à Soweto AFP/Archives Stephane de Sakutin

Le Congrès national africain (ANC), au pouvoir en Afrique du Sud, a accepté vendredi de revoir son projet controversé de loi sur les médias, qui aurait donné au gouvernement de vastes pouvoirs lui permettant de garder secrètes de nombreuses informations.

Le projet de loi sur la protection de l'information, présenté au Parlement l'année dernière, proposait de permettre à tout organisme gouvernemental de protéger ses informations, et imposait une peine de prison pouvant aller jusqu'à 25 ans en cas de fuite.

Le texte a en conséquence été surnommé "loi de protection de l'information contre le journalisme d'investigation" par les opposants, qui ont accusé l'ANC de chercher à museler les critiques et les médias, rappelant volontiers qu'on en reviendrait aux méthodes utilisées du temps de l'apartheid.

Mais le rapporteur (ANC) du projet de loi a déclaré vendredi que le parti allait revoir sa copie: il devrait supprimer les peines d'emprisonnement obligatoires et limiter la possibilité de protéger des informations aux seuls organismes traitant directement des affaires de sécurité.

"Nous croyons, et c'est une proposition formelle de l'ANC, que le champ d'application de la loi doit être considérablement réduit", a indiqué le député Landers Luwellyn au comité chargé d'étudier le projet de loi.

"Nous sommes préoccupés par les éventuels abus rendus possibles par les dispositions de la présente loi pour cacher des activités de corruption", a-t-il ajouté.

Le projet de loi commençait à ternir l'image de l'ANC, le parti qui a mené le pays à la démocratie. Des personnalités telles que le prix Nobel de la paix Desmond Tutu s'en étaient émues.

L'opposition parlementaire a favorablement accueilli le changement de position de l'ANC, mais a estimé que le parti dominant n'allait pas assez loin.

"La définition de la sécurité nationale, qui constitue la base de toute classification, doit encore être résolue. Les services de renseignement, plus que tout autre organe de l'Etat, ne doivent pas être autorisés à classer les informations sans contrôle public", a ainsi déclaré Dene Smuts député de l'Alliance démocratique, la principale formation d'opposition.

Les relations entre l'ANC et les médias ont été particulièrement tendues ces derniers mois.

Des leaders du parti ont ainsi indiqué à plusieurs reprises que les médias, plus que l'opposition, étaient leur principal adversaire, et le directeur de la communication du gouvernement Jimmy Manyi a récemment annoncé que ses 100 millions d'euros de dépenses publicitaires annuelles n'iraient qu'à des publications qui "aident le gouvernement à faire passer son message".

L'ANC entend aussi créer un "tribunal des médias" --dont les membres seraient nommés par les autorités--, qui aurait pour vocation d'entendre les plaintes contre la presse et de sanctionner toute couverture jugée mauvaise.