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Karim Rahal :

La Fondation « Djanatu el Arif », qui active pour la promotion de concepts agro-ecologique, prépare du 18 au 19 octobre 2013 à Mostaganem une rencontre pour sensibiliser les citoyens aux produits bio et de terroir algérien. Karim Rahal, organisateur de la manifestation, estime dans l'entretien qui suit, que cet évènement est l'une des occasions pour renouer avec les traditions agricoles de notre pays.   Quels sont les objectifs que vous voulez atteindre à travers l'organisation du salon sur l'agriculture bio ? Le constat est simple, l'Algérien du monde urbain, et même maintenant en milieu rural, se nourrit de plus en plus mal. Aujourd'hui, tout est fabriqué dans des serres, avec de larges quantités d'engrais chimiques et de produits phytosanitaires. Les aliments sont « dopés ». En Algérie par contre, les aliments produits localement ont gardé leur qualité d'antan, ils regorgent de soleil et l'utilisation d'engrais chimiques était jusque là limitée. Malheureusement, le « progrès » de l'agro-chimie est entrain de nous rattraper. L'Algérie a tendance à produire peut-être plus en quantité, mais au détriment de la qualité. Et cela se voit maintenant dans de nombreux produits agricoles, qui n'ont plus la même saveur. Prenez la fraise, la tomate produite hors-saison sous serre. Ce sont des fruits et légumes dopés par des fertilisants chimiques (tels que le NPK) et autres pesticides de synthèse. Par cet événement, nous voulions donc attirer l'attention du grand public sur cette question de la qualité des produits agricoles, qui est liée également à une autre problématique autrement plus cruciale qui est la sécurité alimentaire en Algérie. Quelle sécurité quand l'Algérie importe quasiment 100 % de ses semences ? Savons-nous quelle est la part d'OGM importée ? Le consommateur se soucie-t-il de la provenance de ce qu'il mange ? Est-il réellement informé ? Les Algériens, et en particulier les jeunes, préfèrent consommer les produits d'importation, souvent moins chers mais de piètre qualité. La publicité à la télévision, l'emballage, l'apparence du produit attire plus que le contenu, et les gens ne se posent pas la question. Il suffit qu'il soit mentionné made in « étranger », pour acheter aveuglément, alors que, souvent, le produit agricole algérien est d'un bien meilleur rapport qualité/prix. S'il y a une prise de conscience pour les produits locaux, il devient évident que nos producteurs auront de meilleurs débouchés ; cela donnera de l'emploi et revalorisera la notion du travail agricole chez nos jeunes.  Quel est le programme que vous tracé pour les deux jours de la rencontre ? Une grande Kheyma présentera les produits de terroir qui ont nourri nos grands-parents, et qui ont fait qu'ils vivaient en harmonie avec leur milieu naturel. Il est prévu d'exposer tout ce patrimoine qui se perd, d'une agriculture paysanne qui travaillait manuellement, avec la faucille, la fourche, la femme qui fabriquait sa tchicha en fredonnant des airs de campagne. En consommant ces produits bio de terroir, l'Algérien renouera avec cette nourriture qui a formé des générations d'hommes et de femmes forts, résistants, en bonne santé, en harmonie avec leur milieu. Il y a des gens qui ne s'y trompent pas, leur alimentation est essentiellement celle du terroir : galettes, djeben et miel, lait de vache, couscous d'orge arrosé de légumes. C'est sûr que de tels repas coûteront un peu plus chers que ce que nous achetons quotidiennement, mais à bien y réfléchir, la santé n'a pas de prix. Il y aura aussi des conférences sur l'agro-écologie, avec une présentation du parcours de Pierre Rabhi. C'est un agriculteur à la base, parmi les premiers militants de l'agro-écologie en France. D'origine de Kenadsa (wilaya de Bechar), parti très jeune en France, il s'est par la suite beaucoup investi dans des projets de développement en Afrique de l'Ouest, au point où il est devenu expert à l'ONU dans la lutte contre la désertification.   Quel message voulez-vous transmettre ? La terre est comme d'un organisme vivant. Ce sont les dix premiers centimètres de couche arable qui sont porteurs d'une intense activité microbienne, de par la microfaune et microflore qui organise la vie du sol, et qui constitue un organisme à part entière. Un organisme en pleine santé, qui respire, recycle les déchets, se défend contre les maladies. Malheureusement, les excès de l'agro-chimie négligent cette vie du sol, et c'est pourquoi dans les terres où la production est intensive, la vie du sol diminue, ses capacités de défense s'amenuisent jusqu'à devenir stérile. Petit à petit, la terre se fatigue, devient malade, les plantes qui y poussent également, jusqu'aux animaux et les Humains qui perdent peu à peu la santé. Tout est lié, la santé de la terre, de la plante, de l'animal et de l'Homme. C'est pourquoi l'agro-écologie est basée fondamentalement sur l'humus, qui est un fertilisant naturel obtenu par décomposition de déchets organiques. Le deuxième jour de l'événement, nous prévoyons d'organiser un atelier pratique de fabrication du compost. Il y a beaucoup de choses à faire dans ce domaine.   Existe-t-il des produits spécifiquement bio en Algérie ? Nous savons que le contexte de notre agriculture se prête facilement à la conversion en agriculture biologique, bien que nous ne remplissions pas tout à fait les conditions des cahiers de charges. L'agriculture biologique, même si elle ne concerne pas directement le consommateur algérien, reste une forme d'agriculture durable. Elle peut nous inspirer des méthodes de production agro-écologistes et nous éviter les erreurs des pays industrialisés, qui ont hypothéqué la vitalité de leurs sols et qui nécessitent aujourd'hui plus d'engrais chimiques, de pesticides et autres fongicides, pour obtenir au final des produits « dopés » sans aucun goût. Dans ce contexte, les produits de terroir sont à revaloriser. Il est certain qu'une fois labellisés, ils connaîteront du succès.

El Watan

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