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Des Egyptiens réagissent au discours d'Hosni Moubarak, place Tahrir, au Caire, le 10 février 2011. REUTERS/Suhaib Salem
Des Egyptiens réagissent au discours d'Hosni Moubarak, place Tahrir, au Caire, le 10 février 2011. REUTERS/Suhaib Salem

Moubarak risque d’embraser l’Egypte

Lors de son discours du 10 février, le président Moubarak a affirmé qu’il allait se maintenir au pouvoir jusqu’à l’élection présidentielle de septembre prochain. Une attitude qui risque d’accroître la colère.

Il ne démissionnera pas et il ne se sauvera pas comme Ben Ali. En prononçant un discours enregistré à l’avance et visiblement réduit au montage, le président Hosni Moubarak a donc pris le risque de provoquer son peuple, et de mettre son pays à feu et à sang.

Il faut dire que nombre d’Egyptiens s’attendaient à ce que le raïs annonce au moins son retrait de la vie politique et sa décision de transmettre toutes ses prérogatives à son Vice-président Omar Suleiman. Il n’en a rien été.

Certes, le président égyptien a promis quelques réformes constitutionnelles, notamment pour limiter le nombre de mandats présidentiels à l’avenir. De même s’est-il engagé à ce que soient menées jusqu’au bout des enquêtes sur les attaques et les violences mortelles commises contre celles et ceux qui manifestaient contre lui. Pour le reste, le propos a joué sur l’intérêt national et la fibre patriotique, en rejetant toute ingérence étrangère.

Moubarak s’est aussi posé en grand-père, ayant lui aussi connu la fougue de la jeunesse, et conscient de l’impatience des manifestants. Mais sur l’essentiel il n’a rien cédé, même si de nombreux commentateurs égyptiens estimaient la veille [le 9 février] que son discours était vraisemblablement celui «de l’adieu».

«Il a reconnu qu’une révolution était en cours et qu’elle était fondée. Il a réitéré sa promesse de ne pas se représenter à l’élection présidentielle de septembre prochain», relevait un politologue interrogé par Al Jazeera. Mais pour ce dernier, le raïs n’a pas été suffisamment clair sur ses intentions réelles. 

«Le problème, c’est qu’il n’a pas dit qu’il se retirait de la scène politique. Mieux, il a laissé planer l’ambiguïté en affirmant qu’il ne partirait pas à l’étranger. L’allusion à Ben Ali est évidente [le président tunisien a pris la fuite le 14 janvier], mais la paix civile aurait mérité qu’il soit plus clair dans son propos.»

Même son de cloche sur la chaîne Al-Arabiya, où le discours de Moubarak a été disséqué par un linguiste qui a mis en exergue la confusion délibérée entre le président et l’homme.

Il reste maintenant à savoir quelle sera la réaction des manifestants. Dès la fin du discours, la place Al-Tahrir a été traversée par un grondement de colère et les «Arhal!» («dégage») ont repris de plus belle.

Dans les heures qui viennent, il n’est pas exclu que les manifestations reprennent de plus belle et que la situation se dégrade —d’autant que le Vice-président Omar Suleiman a appelé les Egyptiens à «rentrer chez eux et à ne plus écouter les télévisions étrangères qui sèment la discorde».

Que fera alors l’armée, dont un communiqué diffusé avant le discours a mis en garde contre les débordements? Il n’est pas sûr que la jeunesse qui a pris la rue d’assaut le 25 janvier dernier se contente des concessions de Moubarak —ni qu’elle écoute Suleiman— mais la fatigue de la population pourrait l’obliger à ronger son frein et à parier sur les négociations entamées entre une partie de l’opposition et le pouvoir.

«Le système Moubarak ne veut rien lâcher. Nous non plus, on ne cèdera rien» jurait un jeune, interviewé par la chaîne Al-Hura. La crise égyptienne est loin d’être terminée.

 Akram Belkaïd

Akram Belkaïd

Akram Belkaïd, journaliste indépendant, travaille avec Le Quotidien d'Oran, Afrique Magazine, Géo et Le Monde Diplomatique. Prépare un ouvrage sur le pétrole de l'Alberta (Carnets Nord). Dernier livre paru, Etre arabe aujourd'hui (Ed Carnets Nord), 2011.

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