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Crise politique en Tunisie : Pourquoi en sommes-nous arrivés l

Selma Mabrouk ,élue à l’assemblée constituante ( ANC ) groupe Al-Massar analyse le samedi 7 septembre sur son profil Facebook les causes de la grave crise politique qui secoue la Tunisie .Elle écrit :
Quarante deuxième jour du sit-in Errahil.
Quarante quatre jours depuis l'assassinat du député de l'opposition Mohamed Brahmi.
Quarante quatre jours depuis que cinquante six députés ont gelé leurs activités au sein de l'assemblée nationale constituante.
Quarante quatre jours que la volonté de dissoudre le gouvernement et l'assemblée se fait entendre dans toutes les régions de la Tunisie, prenant toutes les formes de protestations pacifiques, sit-in sur la place du Bardo et dans tous les gouvernorats, manifestations Erhal, clonage du fameux « Dégage » envers les détenteurs illégitimes de postes clés, nommés à tour de bras depuis les élections du 23 octobre 2011, grèves de la faim en dénonciation des abus de pouvoirs muselant insidieusement la si précieuse liberté d'expression et d'information.

Pourquoi en sommes-nous arrivés là ?
Quels sont nos projets pour l'avenir de la Tunisie, à cours et moyen terme du moins ?

Le bilan des deux années précédentes que je vais essayer de tracer ici concernera essentiellement la problématique de la rupture de confiance entre partenaires politiques, ingrédient nécessaire dans une période réputée fragile, celle qui suit une révolution ou un changement brutal de gouvernance. Les bilans économique et sécuritaire, détaillés dans diverses publications et dont les symptômes de la défaillance sont ressentis par tous, sont une des conséquences du dérapage incontrôlable de ceux qui ont bénéficié pour une large part de la confiance des tunisiens et des tunisiennes lors des élections du 23 octobre 2011.

La coalition gouvernementale établie entre Ennahdha, Ettakatol et le CPR avait pour but d' « intégrer » dans le paysage de transition démocratique, un partenaire politique dont l'historique encombrant représentait un handicap majeur et dont la toute fraîche reconnaissance en tant que parti politique « classique » engendrait beaucoup de scepticisme dans la société civile tunisienne.

Cette coalition a été d'emblée, complètement déséquilibrée, non pas par le poids électoral respectif des 3 composantes, mais par le partage consenti des portefeuilles ministériels puis par la vacuité des « prises de positions » des deux partenaires sensés jouer le rôle de « tuteur » démocrate, donnant en fin de compte l'image d'un bloc unique maniant à souhait la science du « double langage ».

Et la dérive, débutée insidieusement dès les premiers jours de l'assemblée nationale constituante, a fini par prendre sa vitesse de croisière bien avant le premier anniversaire des élections.
Le texte de l'organisation provisoire des pouvoirs publics, voté dès les premières semaines, a octroyé à la majorité parlementaire basée sur l'alliance des 3 partis, un pouvoir sans limites, renforcé par des prérogatives quasi exclusives sur l'appareil exécutif dans les mains du chef du gouvernement.

Qu'a fait la majorité avec tout ce potentiel ? Qu'en a été la gouvernance de la coalition ? De quelles influences a-t-elle marqué les travaux de la constituante ?

Concernant le gouvernement, l'hégémonie d'Ennahdha n'a pas tardé à se montrer. Les partisans du parti Ennahdha, par milliers, ont été nommés dans tous les rouages de l'état et des institutions publiques touchant tous les secteurs. En dehors d'un problème d'incompétence avérée dans plusieurs cas qui a perturbé de façon significative le fonctionnement de l'administration, ces nominations abusives ont crée un réseau d'influence parallèle dans des secteurs vitaux tel que la sécurité nationale et la justice.
Sur un autre plan, les médias ont fait l'objet d'un harcèlement méthodique. Les nominations partisanes ont jusque là réussi à museler la plupart des chaînes de télévisions et de radios nationales. En ce qui concerne le secteur privé, le paysage audio-visuel souffre pour une grande part d'une allégeance au pouvoir en place, qu'elle soit déclarée ou pas. Les quelques réfractaires sont devenus les hôtes réguliers des tribunaux et des prisons.

L'opposition a essayé pendant cette période de deux ans, d'exercer un contrôle dans le cadre que lui permet l'OPP et le règlement intérieur de l'assemblée. Tous les efforts convenus se sont soldés par un échec total. Les interventions en plénières, les convocations des membres du gouvernement, les projets de lois ou les amendements proposés, les boycott de séances plénières, les pétitions et les propositions de motions de censures, les plaintes auprès du tribunal administratif etc... n'ont eu en définitive, aucun résultat probant car nous avions en face de nous un partenaire qui ne croit pas aux mécanismes démocratiques et au droits de l'opposition parlementaire. L'autisme de la troïka s'est doublé lors des derniers évènements par de la supercherie (exclusion du parlement dans les procédures d'accord avec le FMI) allant jusqu'à la falsification de documents officiels (projet de la constitution) et aux multiples « coups de force » pour nous imposer cette « dictature interne ».

Dans ce climat délétère des derniers mois, nous étions conscients de l'objectif majeur de la Troïka : Gagner du temps grâce à l'assemblée nationale constituante pour peaufiner son encrage dans tous les rouages de l'état, assurant ainsi le terreaux idéal pour les élections prochaines.

Nous sommes donc arrivés aujourd'hui à émettre un diagnostic précis des divers débordements qui s'assemblent maintenant comme un puzzle dont il ne manque plus que quelques pièces pour verrouiller définitivement toute issue à la transition de la Tunisie vers un statut de pays démocrate offrant les garanties nécessaires au développement, tant sur le plan humain que technologique.

Il s'agit donc d'une situation de chaos, où aucune institution de l'état n'est épargnée, où la terreur engendrée par les actes terroristes et les assassinats devient un outil pour asseoir son hégémonie, où les tribunaux servent d'annexes au pouvoir en place pour museler les voix libres et où la faillite économique semble être inéluctable.

Nous demandons une reprise en main urgente du processus de transition par l'instauration d'un gouvernement de salut national formé de personnalités indépendantes et compétentes qui devra s'atteler à réinstaller un climat de confiance avant les élections prochaines. Il devra réviser les nominations abusives, assurer la sécurité nationale en écartant les réseaux parallèles dans la police et en appliquant la loi vis à vis des milices type Ligue de la Protection de la Révolution et des groupes terroristes comme Anssar Ecchariaâ, contrôler les financements occultes des partis et associations et mettre un terme à la contrebande, réguler les mosquées devenues des arsenaux et des lieux de détournements de la jeunesse vers l'utopie du Jihad.
L'écartement de la Troïka pourra aussi enlever le carcan étouffant l'appareil judiciaire et les médias. Toutes ces procédures pourrons redonner aux tunisiens et aux tunisiennes ainsi qu'à nos partenaires étrangers un regain de confiance et de sérénité et pourront ainsi influer de façon positive sur l'économie en attendant les véritables réformes indispensables.

Pour ce qui est de l'assemblée nationale constituante, nous demandons la suspension de l'organisation des pouvoirs publics transitoires et son remplacement par un nouveau texte permettant la mise en place du gouvernement de salut national et la réduction des prérogatives de l'assemblée au seul vote de la constitution en une seule lecture et celui de la loi électorale. Nous proposons la mise en place d'un comité d'experts en droits constitutionnel qui se chargera de rédiger la constitution en se basant sur les travaux déjà accomplis au sein de l'assemblée et sur les résultats des différents débats nationaux sur le sujet. Ce comité se chargera aussi de préparer un projet de loi électorale.
Ces deux textes seraient soumis au vote dans le cadre d'une seule séance plénière, sans débats préalables. Par la suite, l'assemblée votera la fin de son mandat.

Toutes ces procédures peuvent se réaliser en l'espace de 4 semaines tout au plus et rejoindre ainsi la proposition des 4 organismes nationaux médiateurs, autrement dit, l'UGTT, l'UTICA, La LTDH et le conseil des avocats.
Pour qu'elle devienne réalité dans la sérénité, il suffisait qu'il y ait consensus entre tous les partenaires. Malheureusement, la proposition finale de la Troïka, après plus d'un mois de négociations harassantes, est une fin de non recevoir. En effet, leur agenda comporte un non sens, qui est la démission du gouvernement actuel après la fin des travaux de l'assemblée sans aucune modification de ses prérogatives, et la promesse d'échéances trompeuses. Il s'agit tout simplement pour eux de reprendre le cours des choses au point où elles étaient le 25 juillet 2013, en balayant d'un revers de la main les centaines de milliers de citoyens protestataires venus soutenir le sit-in Errahil et les députés retirés de l'ANC.

Le président de l'assemblée nationale, après un bref moment de lucidité, s'est de nouveau aligné sur le « parti-pilote » Ennahdha, en appelant ses ouailles à réintégrer le « giron familial ».

Nous savons que notre cause est juste et que la sauvegarde de notre chère Tunisie devra passer par un remodelage du gouvernement et de l'assemblée pour pouvoir espérer combattre le terrorisme, redonner de la vigueur à notre économie et accéder à des élections transparentes et régulières.

Nous refusons la prise en otage de notre cher pays et des générations futures par ceux qui pensent, si facilement, remettre en place une dictature pour servir leurs traitres desseins !

Selma Mabrouk
Députée Al Massar, en retrait de l’ANC
7 Septembre 2013

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