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Les All Blacks (Nouvelle-Zélande) contre les Springboks (Afrique du Sud), le 20 août 2011. REUTERS/Rogan Ward
Les All Blacks (Nouvelle-Zélande) contre les Springboks (Afrique du Sud), le 20 août 2011. REUTERS/Rogan Ward

Où en est le rugby africain?

L'Afrique francophone ne dispose pas d'infrastructures favorisant la pratique de ce sport «de blanc». Mais elle organise pourtant des compétitions nationales.

Mise à jour du 23 octobre 2011: La finale de la Coupe du monde de rugby se déroule ce dimanche 23 octobre à Auckland en Nouvelle-Zélande. L'équipe de France affronte la sélection néo-zélandalaise, les All Blacks, grand favori de la compétition. Les Bleus quant à eux, disputent leur troisième finale de Coupe du monde, après avoir perdu celle de 1987 et 1999.

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Le rugby est l’un des rares sports collectifs qui peine à se développer en Afrique. Et pourtant, depuis que le continent participe aux compétitions mondiales toutes catégories confondues, c’est le seul sport par équipe à lui avoir donné des titres de champion du monde.

L’Afrique du Sud post-apartheid a en effet organisé et remporté sa première Coupe du monde de rugby en 1995 avec son équipe nationale, les Springboks.

Cette mémorable victoire en présence de l’ex-président Nelson Mandela habillé aux couleurs de la nation arc-en-ciel n’a cependant pas contribué à rendre populaire la pratique de ce sport en Afrique.

Une question de moyens

Jusqu’à présent considéré par beaucoup d’Africains comme un sport de blancs, le rugby ne connaît pas encore l’engouement d’autres disciplines, à l’instar du football, ni même du volley-ball ou du basket-ball. Pas surprenant donc qu’il n’attire pas grand monde.

Dans l’inconscient collectif des Africains, le ballon ovale est un jeu violent qui nécessite pour ceux qui le pratiquent des moyens de faire face aux blessures qui en découlent, en terme de soins. Cette réalité est le principal facteur qui continue à dissuader dans de nombreux pays africains ceux qui pourraient s’y adonner et progressivement susciter l’intérêt des spectateurs.

Pour Bernard Coussi, un supporter des Écureuils du Bénin, la sélection nationale de football du pays:

«Quand on voit comment nos jeunes joueurs sont traités dans leurs clubs chaque fois qu’ils ont des blessures, je crois que les parents vont réfléchir à deux fois avant de laisser leurs enfants pratiquer un sport tel que le rugby, qui est un sport de contact très physique.

Cela dit, tout dépend des infrastructures et de l’encadrement qu’on met en place pour faire connaître et développer cette activité dans nos pays africains. Le rugby peut bien être un nouveau débouché international pour nos sportifs du continent, si nos autorités en charge du sport s’y mettent avec conviction, méthode et détermination».

En vérité, aucun effort n’a été entrepris pour essayer de populariser et de développer le rugby en Afrique. Hormis dans quelques pays, anglophones pour la plupart, il n’existe pas d’infrastructures adéquates. Les quelques pratiquants s’exercent souvent sur des terrains de football qui ne sont pas adaptés à ce sport et sont entraînés par d’anciens pratiquants ou des passionnés. Malheureusement, il y a déjà peu de stades en Afrique qui disposent de gazon et qui soient accessibles pour favoriser un entraînement régulier.

Dans ces conditions, le ballon ovale reste la chasse gardée de seulement quelques pays du continent, qui en ont les moyens et la passion. Quand on sait que le jeu impose des regroupements au sol, des aplatissements au sol pour les essais, des plaquages; l’exercice paraît plus risqué même sur un terrain sablonneux, a fortiori latéritique ou caillouteux comme on peut en rencontrer souvent en Afrique.

Les Margouillats percuteurs du Bénin

Il existe tout de même un championnat continental de rugby avec des équipes nationales: la Coupe d’Afrique de rugby. Organisée par la Confédération africaine de rugby (CAR), cette compétition à 15 regroupe les meilleures équipes nationales. Il s’agit des équipes de Namibie, du Maroc, de Madagascar, de Tunisie et d’Afrique du Sud. La sélection sud-africaine est l’une des meilleures au monde et figurait au deuxième rang en 2009.

Plusieurs autres pays africains disposent aujourd’hui d’équipes nationales de rugby. Celle du Bénin par exemple, les Margouillats percuteurs, avait été créée par un expatrié français. Le 9 juillet 2008, elle a mis en place une fédération béninoise de rugby qui organise chaque année le CAR Castel Beer Trophy (Trophée Castel bière de la Confédération africaine de rugby).

Même si les Margouillats percuteurs du Bénin ne sont pas encore assez percutants pour atteindre une phase finale de la Coupe du monde, le fait d’avoir déjà une sélection nationale est un pas vers la vulgarisation et le développement de cette discipline.

«Le football qui est le sport roi ne nous a pas jusqu’à ce jour rapporté un trophée comme la pétanque. Si en développant le rugby, on peut y arriver un jour, alors pourquoi pas. Il ne faut sous-estimer aucune discipline, parce qu’on ne sait pas dans laquelle notre pays pourrait exceller un jour», estime Amadou Kangol, un joueur de pétanque et supporter inconditionnel de l’équipe nationale du Bénin, qui ne cesse de briller ces dernières années.

Créée en janvier 1986 à Tunis, la CAR qui compte 29 pays membres organise tous les ans depuis 2000 une compétition continentale dénommée CAR Development Trophy (Trophée de développement de la CAR). Mais la tâche qui reste à accomplir par cette institution pour porter le ballon ovale au même niveau d’enthousiasme que suscitent les autres sports en Afrique est immense. Un travail presque titanesque, pour lequel il faut un programme mûrement réfléchi, du temps et des moyens.

En attendant, les Africains qui se passionnent de rugby ne se gênent pas pour vibrer et soutenir à défaut de leur équipe nationale, les deux seules équipes africaines qui participent à la Coupe du monde 2011, en l’occurrence l’Afrique du Sud et la Namibie. Et c’est déjà une bonne chose pour l’avenir.

Marcus Boni Teiga

 

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Marcus Boni Teiga

Ancien directeur de l'hebdomadaire Le Bénin Aujourd'hui, Marcus Boni Teiga a été grand reporter à La Gazette du Golfe à Cotonou et travaille actuellement en freelance. Il a publié de nombreux ouvrages. Il est co-auteur du blog Echos du Bénin sur Slate Afrique.

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