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Route Kayes-Kéniéba : COMME SI LE TEMPS S’ETAIT ARRETE

En cette période d'hivernage, le voyage en autobus sur cet axe routier prend l'allure d'un chemin de croix

 

On l'appelle « la route de l'or ». Sans doute parce qu'elle traverse une zone qui abrite plusieurs mines d'or. Mais voyager sur la route qui relie Kayes à Kéniéba n'a rien d'une escapade dorée. Bien au contraire, le voyage est un vrai calvaire.

Située à 250 kilomètres de Kayes, la ville de Kéniéba est le chef-lieu du cercle du même nom dont le sous-sol est considéré comme le plus riche du pays. En plus de l'or, il recèle des substances minérales comme le fer, le diamant, le calcaire, l'uranium.

C'est dans le cercle de Kéniéba que se trouvent les quatre mines les plus importantes du pays : Sadiola, Yatela, Loulo et Tabakoto. Si ces mines d'or contribuent pour beaucoup au développement socio-économique du pays,  leur impact n'est pas toujours perceptible dans la zone. La route qui relie Kayes à Kéniéba en est un exemple édifiant. Il y a 4 ans, cet axe avait déjà eu les honneurs de ces colonnes. Depuis, rien ne semble avoir bougé. Le calvaire des usagers de la route continue.

En période d'hivernage comme c'est le cas actuellement, l'état de la voie s'empire. Aujourd'hui, la chaussée est impraticable. Le voyageur désireux de rallier la commune rurale de Sitakily doit s'attendre à toutes sortes de problèmes. La route est boueuse, les rivières jaillissent de partout. Les compagnies de transport en commun ont abandonné le tronçon Tabakoto-Sitakily. Une seule compagnie accepte de desservir la localité.

Sur la route Kayes-Kéniéba, il arrive souvent que les chauffeurs demandent aux passagers de descendre du véhicule pour pouvoir traverser certaines  zones marécageuses.  En effet, pour ne pas prendre de risques, ils préfèrent s'alléger pour franchir ces zones. Les passagers sont alors obligés d'emprunter des motos  taxi pour rallier le point où leur véhicule les attend.

Aujourd'hui, le pont principal situé sur le tronçon Sitakily Tabakoto, est hors d'usage. Pour passer, les cars sont obligés d'emprunter une déviation qui traverse le domaine d'une compagnie minière. Pour parer à toute éventualité, la compagnie organise des escortes pour accompagner les autobus de l'entrée à la sortie de son site.

Parfois, la compagnie peut mettre deux heures pour dépêcher une escorte à la rencontre des cars. L'attente énerve alors les transporteurs aussi impatients que leurs passagers.

Nous sommes justement dans un autobus à l'entrée du domaine de la compagnie. Notre véhicule attend l'escorte. Les passagers sont sur les nerfs. « Je me demande ce que le maire fait avec nos impôts et taxes. J'espère que  les choses vont changer avec le nouveau pouvoir»,  lance un homme.  « Le problème de route se pose dans la zone depuis fort longtemps. Les autorités, à commencer par le maire, le savent bien. Comment un cercle aussi riche en ressources naturelles peut-il manquer d'infrastructures  de base comme les routes ?», s'indigne un autre.

Il faut dire que l'enclavement de la zone a toujours été décrié et considéré comme un frein à son développement. Il y a une vingtaine d'années, les passagers pouvaient passer jusqu'à une semaine sur la route pour rallier Kayes à Kéniéba. A partir du mois d'août, période des fortes pluies, certains transporteurs arrêtaient leurs activités. Les véhicules tombaient fréquemment en panne (crevaison et autres problèmes techniques). Mais les chauffeurs craignaient surtout l'embourbement.

 

UNE SEMAINE DE VOYAGE. « Une année, durant les vacances, j'ai pris le train à Bamako pour aller à Kayes. Deux jours après avoir établi ma réquisition au Transit, j'ai quitté  Kayes à destination de Kéniéba. Notre calvaire a commencé à une quarantaine de kilomètres de Kayes. Notre camion (Ndlr : le moyen de transport le plus prisé à l'époque) est tombé en panne à plusieurs reprises. Nous avons passé trois nuits à Kata, un petit village situé entre Kayes et Dialafara (cercle de Kéniéba). Nous sommes finalement arrivés une semaine plus tard»,  se souvient S. S. qui était étudiant dans les années 1980.

L'homme n'est pas près d'oublier les jours de calvaire que lui et les autres passagers ont vécu entre Kayes et Kéniéba. En plus des pannes techniques, le véhicule s'embourbait régulièrement. Les apprentis aidés par les passagers poussaient le camion pour le sortir des bourbiers.

Notre interlocuteur confie qu'à l'époque, les transporteurs  assuraient les trois repas journaliers pour l'ensemble des passagers. « On leur était au moins reconnaissant pour cela. Des jours, ils abattaient même un mouton ou une chèvre. Les épreuves de la route créaient un grand esprit de solidarité », assure-t-il.

Retour à 2013. Nous sommes toujours dans l'attente de l'escorte de la compagnie minière. « Je me souviens d'avoir passé des jours sur cette route. Si ce n'était pas par nécessité, je ne voyagerais pas en cette période de l'année»,  se lamente M. S., un autre passager.

B. K. est  vendeur de billets dans une compagnie de la place. Il témoigne : « Je travaille ici depuis plusieurs années. Cette situation ne date pas d'aujourd'hui. Dès que l'hivernage s'installe, les soucis commencent. Les routes ne sont pas du tout praticables. Nous sommes la seule compagnie qui accepte de faire le voyage au péril de notre vie. Nos cars sont contraints de passer par la cour d'une compagnie pour pouvoir poursuivre leur chemin. C'est anormal». 

C'est à Tabakoto que s'arrête le trajet de notre car. « Nous nous arrêtons ici. Nous ne pouvons pas faire un kilomètre de plus. Dites à votre maire d'aménager la route comme ça nous ferons tout le trajet prochainement », lance le chauffeur aux passagers. Ceux-ci vont devoir se débrouiller pour arriver à destination.

En novembre 2011, un forum sur le développement du cercle de Kéniéba s'était tenu à Sitakily. Les participants de cette rencontre avaient demandé aux élus, notamment aux députés, de s'investir auprès du gouvernement pour la réhabilitation de la route Kayes-Kéniéba. Depuis, rien. Il faut reconnaître que quelques mois plus tard, notre pays entrait dans la crise la plus profonde de son histoire.

Aminata Dindi SISSOKO

 

L'essor

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