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Situation nationale : Le pouvoir a-t-il pris la bonne mesure de la crise ?

Dans le sillage des luttes pour et contre le Sénat, un certain nombre de préoccupations des Burkinabè quelque peu en sourdines ont refait surface. Ce sont notamment la vie chère, le chômage des jeunes, les problèmes universitaires. Et c'est justement à ces questions-là que le Président du Faso et son gouvernement Tiao III ont choisi, à leur rentrée du 4 septembre, de donner la priorité.

Sur ce sujet, le compte rendu du premier conseil des ministres marquant cette reprise officielle des activités gouvernementales est sans équivoque : « Le Conseil a adopté cinq (05) rapports. Le premier rapport est relatif au renforcement des mesures sociales, à la création d'emplois et à l'amélioration des conditions de vie des populations pour faire face à la conjoncture. Au terme de ses échanges, le Conseil a instruit les départements en charge, de proposer des mesures sur :
- la revalorisation de la rémunération des travailleurs,
- la consolidation des filets sociaux en faveur des groupes vulnérables,
- la création d'emplois et de revenus en faveur des jeunes,
- le renforcement des capacités de financement des fonds nationaux,
- la baisse des coûts des produits de grande consommation,
- la préparation de la rentrée académique et la résolution des problèmes essentiels des étudiants et des universités ».

Prise à contre-pied de l'opposition ?

Le pouvoir a ainsi décidé de prioriser ces questions, alors que l'opposition et une bonne partie des Burkinabè l'attendaient sur le dossier Sénat, surtout que le président Blaise Compaoré dispose depuis le 30 août 2013 des conclusions du Comité de suivi des mesures consensuelles du Conseil consultatifs sur les réformes politiques (CCRP).

Le gouvernement n'a encore rien décidé comme mesures concrètes, mais l'on peut déjà se demander si le pouvoir a vraiment pris la bonne mesure de la crise que traverse le pays ; parce que pour annoncer des mesures pour résoudre une situation comme celle du Burkina, il faut, au moins, déjà avoir fait un diagnostic ?

En tous les cas, une chose est sûre, cette option du pouvoir n'est pas anodine. Elle participe de sa stratégie de reprendre la main face à ce que certains ont qualifié de « montée en puissance » de l'opposition. Avec ces mesures d'apaisement social, le pouvoir va tenter, à sa façon, d'effriter les rangs de l'opposition. Il est indéniable que le grand succès de la lutte anti-Senat est dû aussi au fait que les meneurs ont su lui greffer, c'est de bonne guerre. Maintenant si le gouvernement parvenait effectivement à satisfaire, à donner à tous ces alliés circonstanciels leur part du Sénat, pardon, leur part du gâteau national, seront-ils toujours prêts à tenir leurs rangs au sein de l'opposition contre la mise en place du Sénat ?

L'étape politique

Le volet social étant un premier pas dans sa stratégie de reconquête des c½urs des Burkinabè, le pouvoir va ensuite passer à une autre étape : le volet politique. A ce niveau, l'on peut dire que le terrain est déjà balisé par le travail des membres du Comité de suivi du CCRP qui ne sont pas allés jusqu'à préconiser la suppression pure et simple du projet Sénat. Pour le pouvoir, l'essentiel est sauf. Pouvaient-ils en être autrement, vu que ce sont les mêmes membres du Comité qui avaient recommandé en 2011 la mise en place de l'institution ?

En clair, il s'agira pour le pouvoir d'accepter les conclusions du Comité du CCRP et de les mettre en ½uvre. Pendant que les gens cherchent à savoir le contenu du rapport du Comité, le Président du Faso et ses collaborateurs sont déjà en train de travailler à sa mise en ½uvre. Il semble évident que le pouvoir ne fera rien pour récuser les recommandations du Comité. A le faisant, le camp présidentiel montrera son attachement à la cohésion nationale, comme cela est ressorti dans le communiqué de la Présidence du Faso convoquant la réunion du Comité de suivi du CCRP.

Si le pouvoir accepte sans condition les mesures du comité, il aura fait quand même un pas vers l'apaisement sur le front politique. Il ne restera plus qu'à l'opposition d'en faire autant en acceptant la mise en place du Sénat dans sa nouvelle configuration, surtout si l'opposition ne veut pas donner l'impression de faire dans le jusqu'au-boutisme. Evidemment, l'opposition a toujours la possibilité de s'opposer au Sénat. Si l'opposition opte pour cela, il va lui falloir, peut-être, rebâtir rapidement une stratégie de mobilisation des Burkinabè. Car les piliers de son dispositif actuel pourraient bien ne pas tenir longtemps face aux offensives que le pouvoir s'apprête à lancer pour reprendre le dessus. Reste maintenant à savoir si ces offensives feront mouche à tous les coups. Wait and see.

Grégoire B. BAZIE

Lefaso.net

Le Faso

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