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Le président la LADDH, Noureddine Benissad, s'exprime, pour la première fois, sur la situation organique de l'association. Il qualifie la réaction de ses adversaires «d'agitation médiatique». Tout en se disant prêt à expliquer les dessous de cette «agitation» au président d'honneur de la ligue, Me Ali Yahia Abdennour. Noureddine Benissad annonce l'organisation d'un conseil national/congrès, avant la fin du mois de septembre. Il revient également, ici, sur la situation des droits de l'homme en Algérie, la loi sur les associations et la lutte contre la corruption... - La LADDH vit, depuis quelques semaines, une situation organique particulière qui a conduit à une intervention directe de son président d'honneur, Me Ali Yahia Abdennour. Pouvez-vous nous expliquer ce qui s'est passé au juste ?   Plutôt que d'être de l'ordre de l'organique, le cas relève de l'agitation médiatique initiée et entretenue, pour l'essentiel, par un petit groupe affilié à une organisation syndicale. Ce que vous qualifiez de situation organique particulière ne reflète guère la réalité, car la quasi-majorité des bureaux et des membres du conseil national se consacre, quotidiennement, à ses activités de défense et de la promotion des droits de l'homme. Me Ali Yahia Abdennour est notre président d'honneur. Il reste pour nous une référence et un symbole en matière de lutte pour les droits de l'homme. Ses charges quotidiennes ainsi que les nôtres nous ont, peut-être, empêché de l'informer en continu et dans le détail de la vie interne de la LADDH, de ses difficultés, de ses avancées et de la vraie consistance de certaines personnes qui font de l'intrigue, de l'anathème et de la calomnie un métier. Avec un certain nombre de militants de bonne volonté, nous nous proposons de lever, de vive voix, incessamment les ambiguïtés et malentendus auprès de lui.   - Des membres du comité directeur de la ligue annoncent la préparation du congrès qui devrait avoir lieu, selon un communiqué de Keddour Chouicha, dans moins de deux mois. Comment allez-vous gérer cette situation ?   Les statuts de la ligue sont clairs. La convocation du congrès est une prérogative de son président légitimement élu, ou une initiative des deux tiers des membres de son conseil national, instance souveraine entre deux congrès. Procéder autrement relèverait de la culture du putsch et du clonage, dont le pouvoir a toujours estampillé la vie institutionnelle et politique algérienne, en particulier ces derniers temps. Le communiqué signé par ce monsieur, par ailleurs coordinateur d'une organisation syndicale, le CNES, expert auprès d'une autre organisation syndicale, membre du comité directeur de la LADDH et en même temps président du bureau de la LADDH, cumulant ainsi ces charges en violation des statuts de la LADDH est truffé de contrevérités faisant état de la participation de quelques bureaux de wilaya qui ont démenti leur participation à cette réunion anti-statutaire et nous allons les rendre publics pour étayer ces contrevérités. En outre, la quasi-totalité des présents sont membres de cette organisation syndicale qui, d'ailleurs, abrite leurs réunions.   - Les membres en question exigent toujours un bilan de l'ancienne direction conduite par Me Mustafa Bouchachi...   S'il s'agit d'un bilan financier de mon prédécesseur, les membres du Conseil national pourront vous attester que Me Mustapha Bouchachi l'a présenté devant eux lors de la session qui a précédé son départ, début 2012. J'ai moi-même, lors du dernier conseil national de mai 2013, présenté un bilan financier de ma gestion depuis un an. S'il s'agit d'une passation de consignes comme le disent nos détracteurs, il faut savoir que celle-ci n'est pas une obligation légale comme le montre toute lecture élémentaire de la loi sur les associations, l'actuelle et la précédente. En outre, cette procédure n'est prévue ni par les statuts ni par le règlement intérieur de la ligue. Même si à titre personnel je suis acquis à toute procédure qui renforcerait la rationalité de notre gestion, je me dois de vous souligner que cet usage protocolaire n'est pas dans les traditions de la LADDH. Nos détracteurs eux-mêmes n'ont jamais emprunté ce protocole dans les bureaux de wilaya qu'ils dirigent et n'ont jamais rendu la ligue destinataire de leurs bilans financiers, car s'agissant des cotisations des militants ou d'autres sources de financement.   - Alors à quoi obéit ce déballage médiatique ?   Bilan financier ou passation de consignes, ceux qui jouent les trublions contre la LADDH ont posé le problème à l'intérieur des instances du conseil national et du comité directeur, sans rallier quiconque à leur point de vue, car la ligue ne reçoit ni financement ni aide de l'intérieur ou de l'extérieur et nous travaillons sur des projets avec nos partenaires à qui on fait des rapports moraux et financiers au centime près. Nous ne recevons même pas les cotisations des différents bureaux. C'est suite à leur échec devant nos instances légitimes qu'ils ont opté pour la calomnie et l'anathème médiatique. Cela s'appelle un travail fractionnel, d'autant plus grave qu'il fragilise -- intentionnellement ou objectivement -- une organisation des droits de l'homme, au moment où les citoyens et le pays en ont un cruel besoin. Ils ont même parlé de financements et d'aide de l'étranger. C'est un appel à la dissolution de la LADDH qui est lancé au pouvoir. En fait, la LADDH fait face à une OPA initiée par un petit groupe composé de membres d'une organisation syndicale qui a choisi des thématiques infamantes, via les médias, pour délégitimer la LADDH et ses animateurs. En matière de transparence politique et financière, ce groupe est mal placé pour donner des leçons, sachant la confusion -- pour ne pas dire plus -- dans laquelle il tient sa propre enseigne syndicale. Ils devraient plutôt demander les bilans moral et financier de leur organisation syndicale. Pour l'essentiel, ceux qui ont opté pour la déstabilisation de la ligue sont une bande de quatre personnes, dont j'ai moi- même promu certains au comité directeur lors de ma désignation à la tête de la ligue. Les allégations ne s'arrêtent pas au bilan financier de l'ancien président. On dit de moi également que je me suis mué en vrai dictateur, après m'être arrogé des pouvoirs exorbitants, nommant et dégommant qui je veux. Rien de plus faux. Les statuts qui régissent la ligue me donnant la prérogative de désigner ou de changer les membres du comité directeur ont été votés lors du dernier congrès de 2006, donc bien avant que je ne sois président. Je défie quiconque parmi nos détracteurs de démontrer le contraire. D'ailleurs, toute cette agitation a commencé depuis que j'ai voulu opérer des changements au niveau du comité directeur, à commencer par celui qui s'est autoproclamé coordinateur. Les statuts sont peut-être mauvais, mais je ne peux pas les changer de mon propre chef. Cela relève des prérogatives du congrès. Il y a un véritable plan pour faire taire et affaiblir la ligue dans sa lutte pour la défense et la promotion des droits de l'homme dans notre pays. Les militants sauront et veilleront à ce que la ligue soit indépendante de toute entité quelle qu'elle soit.   - La ligue est contrainte de se conformer avec la nouvelle loi sur les associations que vous avez dénoncée. Quelles sont  les mesures prises dans ce sens ?   C'est une obligation légale imposée, hélas, au monde des ONG, par une loi liberticide visant à éliminer toute autonomie de la société civile. Campé dans le refus de l'avènement d'une vraie citoyenneté, le pouvoir entend exercer un contrôle politique et idéologique permanent sur le monde associatif. Sous prétexte de leur nature injuste, d'aucuns, extrémistes ou fossoyeurs missionnés, nous avaient suggéré de refuser de nous prêter aux obligations légales de cette loi scélérate, quitte à faire disparaître ou entrer dans la clandestinité notre ligue et ses militants. Nous avons choisi de ne pas jeter dans l'illégalité les militants des droits de l'homme et leur organisation. Les militants de la ligue, dans leur majorité, ne verseront ni dans l'agitation ni dans la violence, et ceux qui veulent l'instrumentaliser dans cette démarche et dans des agendas politiciens et des échéances électorales s'inscrivent en marge de la ligue. Nous avions demandé une autorisation d'assemblée générale de conformité en juin dernier, sans l'obtenir. En tout état de cause, la LADDH tiendra son conseil national-congrès avant la fin de ce mois de septembre, dans le respect de ses instances légitimes et de ses statuts. Mon mandat se terminera à cette échéance et il appartiendra aux militants de choisir en toute liberté leurs représentants.   - Des associations à Oran viennent d'être suspendues en vertu de cette même nouvelle loi sur les associations. Ce texte devient-il un nouveau mécanisme juridique contre le mouvement associatif en Algérie ?   C'est une première démonstration, grandeur nature, des prérogatives abusives déléguées à l'administration contre le mouvement associatif, par la dernière loi scélérate y afférente. L'Algérie est le seul pays dont le citoyen peut se voir accuser d'ingérence dans les affaires de l'Etat lorsqu'il exprime son opinion sur la mauvaise gouvernance qui règne. L'histoire retiendra que c'est le wali d'Oran qui, le premier, a recouru à cette disposition aussi absurde qu'injuste. Nous avons activement suivi cette épreuve imposée aux militants de la citoyenneté. A travers ses membres, la LADDH a été présente sur le terrain aux côtés des deux associations et des citoyens qui se sont mobilisés. Nous avons également, à travers un communiqué national, marqué notre condamnation de l'arbitraire de l'acte de suspension prononcé par l'administration wilayale. Le tribunal administratif vient d'annuler, à juste titre, cette suspension pour l'ARC.  Rendons hommage, une fois n'est pas coutume, aux magistrats qui ont fait barrage à l'excès de pouvoir de l'administration, même s'ils s'en sont tenus à ne sanctionner l'abus que pour vice de procédure en matière de délais légaux de la suspension. Espérons que la wilaya ne reviendra pas à la charge à délai échu, ou que les juges rejetteront ce grief  ignoble d'ingérence du citoyen dans les affaires de son Etat. L'article 40 est une vraie épée de Damoclès contre les ONG. Dans tous les cas, la mobilisation et la solidarité du mouvement associatif et des citoyens restent  la meilleure défense face au déni de citoyenneté. Je salue au passage la mobilisation citoyenne à Oran.   - Quelle est votre évaluation de la situation des droits de l'homme en Algérie en 2013 ?   Ce n'est pas l'époque du parti unique, ni de la décennie noire ou rouge, mais la problématique des droits humains est loin d'être intégrée ni du point de vue législatif ni de celui de la culture, encore moins  de celui des pratiques officielles de l'autorité publique. L'absence de l'Etat de droit est le plus grand handicap pour la consécration, la défense et la promotion des droits de l'Homme. L'Algérie connaît même une véritable régression sur certaines libertés publiques, notamment celles de réunion et de manifestation. La question de l'égalité entre les hommes et les femmes, en droits, demeure toujours posée malgré le fait que l'égalité soit consacrée par la Constitution et les conventions internationales relatives aux droits de l'homme ratifiées par notre pays. Les dernières lois sur l'information, les associations et les partis consacrent cette grave volte-face de l'autoritarisme. Le verrouillage de la vie publique et des libertés individuelles revient en force. Pris de panique face aux bouleversements que connaît la région Afrique du Nord-Moyen Orient, le régime s'entête à récupérer le moindre espace de liberté concédé par le passé, vouant la société civile, les partis politiques et les syndicats à l'allégeance ou à la disparition par inanition. Au plan des droits de l'individu, les libertés de conscience et de culte, consacrées par la Constitution, sont loin d'être respectées sur le terrain. Le droit de grève est souvent malmené. Au plan social et économique, les droits au travail et à la santé sont bafoués, malgré un faste jamais égalé du pays. Le droit au logement demeure une chimère pour les plus démunis.   - Les scandales de corruption se multiplient et dans lesquels de hauts responsables sont impliqués. Selon vous, la justice algérienne pourra-t-elle aller au bout de son action pour inculper ses anciens grands responsables politiques ?   La corruption est un fléau qui porte gravement atteinte aux droits des citoyens et des générations futures de tirer profit des ressources de leur pays. C'est un danger pour l'équilibre du tissu social. On ne peut pas faire jouer à la justice son rôle de régulateur social dans un système politique autoritaire. La place de la justice et son rôle de régulateur de ces fléaux n'ont de sens et de performance que dans un Etat de droit et un système démocratique, avec une séparation et un équilibre des pouvoirs exécutif, législatif et judiciaire, et voire même le quatrième pouvoir, une presse libre. Couplée à cela, une profonde réforme de la justice, notamment du code pénal et de procédure pénale et renforcer les droits de la défense. Tout cela reste à construire, notamment l'Etat de droit, et en attendant on peut toujours rêver. Ce que l'homme n'accepte pas, c'est la justice à deux vitesses, une justice pour les puissants et une autre pour les faibles. Et pour reprendre Jean de la Fontaine dans ses fables (Les animaux malades de la peste), «selon que vous soyez riches ou pauvres, les jugements seront noirs ou blancs ».   - Y a-t-il une volonté politique de lutter contre la corruption en Algérie   Il faut bien entendu une lutte institutionnelle à l'égard de la corruption, mais ce n'est pas suffisant. La société civile a un rôle à jouer (associations, médias, universitaires, etc.), en termes de pédagogie, de sensibilisation et de formation contre ce fléau. La Convention internationale sur la lutte contre la corruption, que l'Algérie a pourtant ratifiée, donne à la société civile une place quasiment institutionnelle. La réforme de l'Etat pour que l'administration soit au service du citoyen et non l'inverse et que la nomination et la promotion aux postes de responsabilité dans l'Etat et le secteur public se fassent sur des critères transparents et précis et non sur d'autres considérations subjectives. Les pays dont l'expérience en la matière est intéressante ont adopté des législations courageuses, notamment une loi sur l'accès à l'information grâce à laquelle toute citoyenne ou citoyen peut consulter, auprès d'une administration quelle qu'elle soit, une entreprise ou toute entité, les marchés publics, les contrats, passer au peigne fin les déclarations de patrimoine de leurs élus locaux ou nationaux,  etc. Faire jouer au Parlement, à la justice, à la société civile leur vrai rôle suppose des réformes en ce sens, mais tous ces préalables n'existent pas, ils ne sont pas à l'ordre du jour. La volonté politique ne peut se concevoir que dans un système politique démocratique. Il est temps pour l'Algérie de passer d'un système autoritaire à un système plus démocratique.                        

El Watan

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