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Églises de réveil, en finir avec les prophètes de malheur

 

Ces lieux de (faux) culte représentent une menace depuis longtemps. Et le Cameroun s'en aperçoit seulement maintenant.

Les églises de réveil. À Lagos comme à Yaoundé, c'est pareil. / Reuters

Il ne se passe pas une semaine depuis le mois d'août, où l'on n'apprend pas la fermeture d'une église dite de réveil au Cameroun. Ce sont d'obscurs endroits où de malheureuses personnes, fragilisées par toutes sortes de souffrances, viennent se faire raconter des balivernes par de tristes personnages qui se prennent tous pour des prophètes.

Une cinquantaine (sur un nombre total difficile à savoir) ont été fermées dans les deux grandes métropoles de Yaoundé et Douala et dans quelques villes de l'ouest du pays comme à Bafoussam et Bamenda.

Le motif de cette opération coup de poing, les dérives des églises néo-pentecôtistes qui ont essaimé dans le pays, comme dans de nombreux autres pays africains, lorsque la crise économique a commencé à faire des ravages au tout début des années 90. Divers témoignages évoquent des cas de viol, séquestration, escroquerie en tout genre, tentative de déstructuration des familles, harcèlement.

Pis encore, il aura fallu attendre la mort d'une fillette de 9 ans, en août dernier à Bamenda, dans le nord-ouest anglophone, lors d'une prétendue séance d'exorcisme, pour que le gouvernement décide de mettre un terme à la récréation qui durait depuis une vingtaine d'années.

Si le gouvernement camerounais promet un «assainissement» face aux «dérives graves à répétition» de ces Églises de réveil, il faut dire que la terminologie utilisée est faible. Parce qu'il ne s'agit pas de simples «dérives» même «graves»: c'est un vrai scandale humanitaire qui se déroule depuis deux décennies sous l'½il indifférent (et donc, dans un sens, complice) des autorités. Ce qui se passe depuis l'arrivée de ces assemblées pentecôtistes est un festival du n'importe-quoi : «semaines du miracle», «journée de la guérison», «prières du succès»… Mais, bien sûr! Et la vie éternelle aussi, non?

Selon des chiffres du ministère camerounais de l'Administration territoriale, 48 organisations religieuses sont autorisées au Cameroun, alors que pour la seule capitale, Yaoundé, l'on dénombrerait pas moins de 500 églises clandestines. Comment se fait-il donc que le gouvernement dispose de ces chiffres et que rien n'ait été fait jusqu'ici?

Pourtant, tout le monde sait que ce que prêchent les «prophètes» de ces Églises, ce n'est pas la parole de l'espoir, mais bien un discours de délinquants. Ce qu'annoncent ces faux pasteurs, ce n'est pas la bonne parole mais plutôt le mensonge.

En somme, ce sont des prophètes de malheur qui n'ont pour seul objectif que d'exploiter la misère d'une population, où une personne sur quatre vit en dessous du seuil de pauvreté. Ces mouvements sont dangereux, car imaginez-vous qu'ils interdisent aux fidèles de se rendre à l'hôpital en cas de maladie. Quelle idée!

Ces assemblées sont une menace pour la sécurité même du pays parce qu'elles sont l'expression d'un fondamentalisme qui ne dit pas son nom. Il était temps de mettre fin à cette mauvaise blague, qui a, hélas, duré trop longtemps. Allez, la messe est dite!

Raoul Mbog

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